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« Je ne serai vice-président pour personne ». Tels sont les propos de Me Mountaga Tall publiés par nos confrères de L’Indépendant. Contrairement à Me Tapo qui s’est juste contenté d’annoncer sa candidature, Me Tall, lui, place la barre très haut dans la mesure où il s’inscrit dans une logique du quitte ou double. Cette position pour le moins radicale de Me Tall trahit quelque peu la fébrilité d’un homme qui sait qu’il n’a pas les moyens d’obtenir ce qu’il cherche.

C’est pour cela qu’il verse dans la surenchère pour ne pas dire le chantage. Il est vrai que c’est son droit d’être candidat, mais le démocrate et le républicain qu’il est supposé être sait qu’en démocratie et en République, on ne peut prétendre qu’à ce qu’on mérite. Et Me Tall sait très bien, malgré la belle littérature qu’il développe sur sa stature, son expérience, sa personne, qu’il ne peut pas être président de l’Assemblée nationale avec 7 députés. Mieux, en faisant le forcing tel que je l’ai compris à travers ses propos, il pourrait gêner ses soutiens.

A commencer par le président de la République qui semble se soucier de son sort. Parce qu’ATT a beau l’aimer, il ne prendrait certainement pas le risque de mécontenter le plus grand nombre en « imposant » quelqu’un qui n’a que 7 députés sur 147. Le président de la République sait les risques qu’il prendrait de voir ses opposants grossir. Mais Me Tall est coutumier des extrémismes.

En 2002, dans l’euphorie de la victoire d’Espoir-2002, il était parmi ceux qui estimaient que le fait majoritaire devait jouer à fond. Concrètement, il souhaitait que la formation du gouvernement revienne à Espoir-2002 avec lui comme Premier ministre, bien entendu. Mais il s’était trouvé des âmes plus raisonnables pour lui expliquer le B.A-.ba du fonctionnement d’un Etat en ce sens qu’on ne peut rien imposer à un président de la République surtout pas un Premier ministre.

La candidature de Me Tall est l’exemple le plus achevé de la mutinerie politique qui a saisi l’ADP. En effet, depuis que la Cour constitutionnelle a rendu son verdict, les soubresauts avaient commencé à se faire sentir au sein des amis d’ATT qui totalisent la majorité écrasante au sein de l’Assemblée nationale. Beaucoup de prétendants avaient mis en avant leur carte, mais avec finesse.

Il y en a qui se sont repliés devant l’évidence, c’est-à-dire que la course au perchoir n’est pas un jeu du hasard et qu’il ne servait à rien de casser la machine à cause d’un ego surdimensionné. C’est le cas du président de l’URD, Younoussi Touré, qui avait fait une sortie au bazooka sur RFI où il n’excluait pas une confrontation avec l’Adéma pour le perchoir mais qui, depuis, a mis ses ambitions en sourdine pour se mettre dans le cadre d’une négociation intelligente.

Seuls pour le moment les deux avocats, Me Tapo et Me Tall, sont décidés à tenter l’aventure. Et tous les deux ont décidé de monter à l’abordage à la tronçonneuse. La semaine dernière nous évoquions le cas de Me Tapo qui avait perdu jusqu’à ses références républicaines dans le développement de son plaidoyer. Et son confrère et collègue Me Tall ne fait pas mieux. La mutinerie qu’ils animent pourrait avoir des conséquences qui dépassent leur propre personne et leur propre camp.

Mais les politiciens ne sont pas les seuls à vouloir animer l’actualité. Il y a les rebelles qui se sont signalés à l’arme lourde. En deux temps trois mouvements, Bahanga et ses hommes ont cueilli des militaires à Ménaka avant d’attaquer une colonne de véhicules militaires dans la zone de Kidal entre Abeïbara et Tinzawatène. Les opérations leur ont permis d’avoir de vraies prises de guerre : des véhicules emportés, des armes, des otages, de l’argent et des vivres.

Mais cela pourrait être dérisoire à côté du coup d’éclat et de la publicité qu’ils se sont offert presque à l’œil. Le Nord, que les autorités et les responsables de l’Alliance du 23-Mai devenus des élus s’échinaient à présenter aux Maliens comme calme se réveille subitement ramenant au-devant de la scène toutes les frustrations contenues et les interrogations réprimées. Les autorités essayent de communiquer du mieux qu’elles peuvent, mais sans pouvoir ôter aux Maliens les doutes qui les assaillent.

Certains de nos compatriotes se demandent si les Accords signés à Alger sont conséquents et opérationnels et si ceux qu’on avait tôt fait de présenter comme des va-t-en-guerre n’avaient pas raison quand ils appelaient à plus de fermeté dans le cadre de la loi. Dans les différentes réactions officielles, ceux qui ont fomenté les attaques de dimanche et lundi sont présentés comme des bandits armés. Tant mieux si ce sont des bandits.

Mais le fait qu’ils soient armés leur confère une puissance qu’il ne faudrait pas négliger. Car ce n’est pas n’importe quel bandit qui peut s’attaquer à des militaires armés pour les défaire de leurs armes et de leurs bagages, pour en faire des otages. L’Alliance du 23-Mai pour le changement et la démocratie jure que cela ne remet pas en cause les engagements pris à travers les Accords d’Alger. Soit. Mais le fait est qu’en dehors des discours rassurants hors de saison, leur zone est constamment troublée par des gens qu’ils connaissent bien.

Loin de moi l’idée de remettre en cause leur sincérité, mais je crois qu’ils ont des problèmes qui les dépassent. Pour preuve, Fagaga, cantonné, n’en continue pas moins à chaque fois qu’il en a l’occasion d’exprimer ses appréhensions et qu’il attend la suite des événements. Si l’application des accords pose problème, il n’y a pas de honte à le reconnaître et en informer les Maliens. Sinon on continuera à sacrifier inutilement nos militaires et à exposer davantage nos frères du Nord à la suspicion, voire à la vindicte.

El hadj TBM

31 août 2007.