Partager

Au moment de la campagne électorale pour la présidentielle, des esprits s’étaient mis à persifler à propos de l’ADP. Ce sigle a été décliné sous différentes définitions. Mais celle qui a recueilli l’unanimité est incontestablement l’Alliance pour la distribution des postes. Je m’en suis personnellement délecté. Et je pense que ce qui s’est passé au moment des élections mais surtout ce qui se déroule sous nos yeux actuellement confirme le fait que les hommes et les femmes venus d’horizons divers et souvent opposés pour soutenir ATT ne tiennent compte que de leurs propres intérêts.

Je n’insisterai pas sur le fait qu’au moment des législatives, on les a retrouvés sur toutes sortes de listes électorales s’étripant joyeusement dans la seule perspective d’arriver à l’hémicycle ; et dans certains cas, il y en a qui sont passés outre les dispositions de l’ADP faisant interdiction de s’allier avec ceux du camp d’en face. En attendant de faire l’évaluation critique des élections, ils ont la tête à deux priorités pour le moment. Comment bien figurer dans le bureau de l’Assemblée nationale et comment grappiller quelques strapontins dans le futur gouvernement. Les deux exercices ont comme dénominateur commun : la distribution des postes.

Pour l’Assemblée nationale, sauf à faire comme celui qui a ouvert la boîte de Pandore avec tous les malheurs engendrés, les choses sont à mon avis très claires et très simples. Il est vrai que l’ADP avec les 43 partis qui le composent a enlevé la majorité des sièges. Hormis le fait qu’il y a des partis qui n’ont eu aucun élu, au sein de l’ADP il y en a qui sont plus majoritaires que d’autres. Même si le consensus est mort, pour reprendre un acteur politique de la place, c’est sur la base du consensus que l’ADP procédera à la distribution des postes au niveau du bureau de l’Assemblée nationale.

Et à mon avis, un bon consensus est celui qui tiendra compte des rapports de forces à l’interne. Or, pour le moment, n’en déplaise à ceux qui tirent des plans sur la comète, l’Adéma et l’URD sont majoritaires dans la majorité. Mieux ou pire (c’est selon), à eux deux, ces partis ont la majorité absolue. Même si les députés sont ceux qu’ils sont, mal élus et changeants au gré des tentations et des espèces sonnantes et trébuchantes, le fait est que les deux frères ennemis alignent 85 députés. Que les minorités au sein de l’ADP nourrissent l’ambition de figurer dans le bureau de l’Assemblée nationale, cela est légitime. Mais qu’elles agissent ou qu’elles s’agitent à renverser l’ordre démocratique des choses pourrait signer la mort d’un regroupement déjà éprouvé par de sérieuses difficultés de croissance.

Et puis l’Assemblée nationale a beau ressembler à un marché qui donne lieu à toutes sortes de marchandages, elle obéit à des règles et en l’espèce, dispose d’un règlement intérieur qui réserve à chacun sa juste part. Les minorités agissantes sont menées par des hommes et des femmes qui mettent en avant d’autres critères souvent situés aux antipodes de la représentativité. Ils font dire qu’ils sont des figures emblématiques, qu’ils disposent d’une incontestable expérience et surtout qu’ils ont l’oreille du président de la République (pour mieux la couper peut-être). Mais cela ne peut les soustraire en aucune façon aux règles. Même s’ils laissent sous-entendre que ne pas les prendre serait une incommensurable perte pour l’Assemblée nationale.

Pareil pour le gouvernement où là également, l’Alliance pour la distribution des postes joue gros. Sauf qu’à la différence de l’Assemblée nationale où l’ADP peut discuter et procéder à un partage, le gouvernement est du ressort du président de la République. Je ne résiste pas à la tentation de dire que le pauvre ATT doit être bien « emmerdé » par la composition de la prochaine équipe gouvernementale.

Il doit tenir compte de ses propres intérêts, des intérêts de ses amis, des intérêts de ses opposants, des intérêts de la société civile plus politique que les partis politiques, des intérêts de Maliens. J’avoue que cela fait beaucoup et il doit se livrer à une sorte de jeu d’équilibrisme qui consistera à contenter tout le monde sans fâcher personne. Je lui souhaite bien du plaisir.

Au moment où les acteurs politiques jouent leur cirque, les Maliens observent un silence qui est tellement assourdissant qu’il doit être perçu comme un avertissement. Les acteurs politiques qui s’agitent ne sont qu’une infime minorité, presque une secte avec ses initiations et ses rites, profitant indûment des avantages de la démocratie. La majorité silencieuse les regarde sinon avec dédain du moins avec défiance. La preuve, elle a refusé de voter pour eux ; la preuve, elle a refusé de manifester sa joie ; la preuve, elle vaque à ses occupations comme si les élections n’étaient qu’une grande farce dont les parenthèses ont été refermées pour s’occuper des choses sérieuses. Or celles-ci ne manquent pas.

Il n’y a qu’à voir cette rocambolesque histoire de pain. Les boulangers et le gouvernement s’entendent sur le dos du consommateur pour mieux le rouler dans la farine et n’en faire qu’une bouchée. Parce que nous sommes bien en face d’une tromperie sur la marchandise. Et personne ne dit rien. Que les associations de consommateurs se taisent comme à leur habitude, cela peut se comprendre, mais qu’on n’entende aucun représentant du peuple semble bien être la preuve que le peuple est bien seul, abandonné qu’il est depuis fort longtemps. Parce que le gouvernement se sent tellement faible pour tenir la dragée haute aux boulangers, qu’il joue à « l’enfarineur » pour mieux livrer le consommateur.

Tout porte à croire que cette nouvelle stratégie pourrait resservir dans les jours à venir. Nous sommes à quelques jours de ramadan, je serai bien curieux de voir comment le gouvernement fera face aux augmentations traditionnelles liées à ce mois. Conseillera-t-il comme il l’a fait pour le pain de diminuer le poids des marchandises pour mieux les fourguer ? Face à la rentrée des classes, conseillera-t-il de soulager les cahiers de quelques pages ?

La politique de l’autruche n’a jamais payé parce qu’on remet à demain les problèmes qu’on veut fuir aujourd’hui. Or une accumulation de problèmes avec en toile de fond une grande frustration sociale n’est jamais souhaitable pour la stabilité sociale. La grande majorité souffre et elle gémit sans que personne ne lui prête attention. Le jour où elle décidera vraiment de se faire entendre, cela pourrait faire beaucoup de bruit.

El hadj TBM

24 août 2007.