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Il aura attendu de terminer sa campagne pour se déclarer candidat. Il s’agit du président sortant qui a choisi la ville de Nioro pour annoncer qu’il sera résolument candidat à l’élection présidentielle du mois d’avril prochain. Ce faisant, il met un terme à un vrai faux suspense et allonge la liste de tous ceux qui veulent diriger le pays à partir des hauteurs de Koulouba.

La déclaration de candidature n’a surpris personne, hormis peut-être le président sortant qui devait avoir d’autres plans ou qui a vu ses plans bousculés. Sinon s’il s’était vraiment préparé à annoncer son intention de vouloir se succéder à lui-même, je ne vois pas ce que cette histoire d’adresser une lettre à tous les Maliens vient faire dedans. Ce qui me conforte dans mon sentiment que le sortant était quelque peu perturbé.

Même en France où Mitterrand avait envoyé ses propositions aux Français, ce n’est pas tout le monde qui sait lire même si chacun les a effectivement reçues. Ne parlons pas de notre pays où rares sont les Maliens qui savent lire sauf si les résultats dont il dispose indique qu’il y a eu des bonds prodigieux. Sans compter que je ne vois aucun service performant pour distribuer la fameuse lettre, que j’attends de voir par ailleurs, à tous les Maliens.

Maintenant que le président sortant est dans l’arène comme les autres, je pense qu’il mesurera la complexité des interpellations qui l’attendent. La première interpellation concerne son bilan. Il se pourrait qu’il se trouve des candidats pour lui rappeler qu’il n’a rien inventé. Ce n’est pas pour rien qu’IBK parlait d’avoir fait adopter en tant que Premier ministre le Programme sectoriel des transports en 1994 qui comporte les grandes actions, les moyens de financement et les sources de financement.

Et c’est vrai qu’en jetant un coup sur le fameux PST, on se rend compte que Soumeylou a raison de dire que 80 % des réalisations solides et durables de 2002 à 2007 sont issues des politiques menées de 1992 à 2002. C’est là qu’on peut comprendre la gêne de la direction de l’Adéma à parler de son bilan. Parce que parler de bilan, dans le domaine du transport par exemple, reviendrait à retirer au « bâtisseur ATT », 80 % de ce qui fait sa fierté ; parler de bilan dans ce domaine, reviendrait à montrer celui qui a « tenu ses promesses » non comme quelqu’un qui récolte ce qu’il a semé mais comme un vulgaire maraudeur.

Je pense qu’il faudra donc qu’il se prépare parce que ceux qui estiment que le bilan de l’Adéma doit être connu et qui sont dans la course se feront certainement un devoir de sortir ces informations avec la certitude que personne ne pourra les démentir.

ATT est perçu par une partie de ceux qui lui contestent la place qu’il occupe d’avoir rabaissé la fonction présidentielle à des niveaux presque abyssaux. Quand IBK déclare dans une interview que « ATT n’est pas un chef d’Etat mais un chef de chantier », l’allusion est très claire. Personne ne peut dénier à un président sa mission de construction du pays, mais de là à ce qu’il ne fasse que cela, il y a forcément de quoi s’inquiéter.
Parce que la fonction présidentielle est une fonction de prospection et de conception, non d’exécution. Or les Maliens ont pu voir leur président faire la concurrence au Premier ministre et aux membres du gouvernement.

On l’a vu jalouser le maire de quartier pour une inauguration et vouloir être de toutes les coupures de ruban. Mêmes ceux qu’on mobilise pour l’accueillir se demandent souvent à haute voix pourquoi toute cette débauche d’énergie. L’une des conséquences de toute cette débauche où l’on voit notre président courir dans tous les sens, c’est qu’on le sent physiquement à bout et nerveusement éprouvé. On le sent tendu comme un fil de rasoir. Sans compter qu’il a le regard dans le vide, les traits tirés, le teint hâlé avec cet air de se demander « qu’est-ce que je suis venu faire dans cette galère ».

Parmi ses adversaires, il trouvera ceux qui placeront le combat sur le terrain moral, tel Tiébilé Dramé du Parena. A chacune de ses sorties, il ne manque pas d’interpeller le président sortant sur la misère morale dans laquelle il a plongé le pays, sur la corruption qui ne s’est jamais aussi bien portée que sous celui qui fut révélé pour la première avec l’ère du kokadjè, sur la privatisation de l’Etat pour son seul bénéfice et celui de ses proches. ATT sait donc ce qui l’attend. Sans être dans une fosse aux lions, il aura affaire à des adversaires qui ne lâcheront rien.

La candidature d’ATT apportera au moins un peu de clarification dans la situation bizarre que le pays a connue ces derniers mois. La campagne avant terme qui battait son plein va connaître certainement un peu de répit. On a pu voir tous ceux qui ont supplié ATT pour qu’il se présente, on a pu voir ceux qui ont mis la main à la poche pour parer à l’impécuniosité du président ATT, on a pu voir toutes les dérives dans les camps militaires, etc. Il faut souhaiter maintenant que tout cela rentre dans l’ordre et que le Mali démocratique propose de vrais choix au peuple.

El hadj TBM

30 mars 2007.