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Depuis mercredi se tient dans notre pays une rencontre sur les possibilités de création d’emplois à partir de la micro finance. La cérémonie d’ouverture a été présidée par le président de la République en personne, ce qui traduit bien les espoirs que porte ce secteur financier. Je saisis donc cette occasion pour rappeler que c’est l’inventeur de la micro finance qui a bénéficié cette année du prix Nobel de la paix.

Muhammad Yunus, puisque c’est de lui qu’il s’agit, citoyen du Bangladesh, pays pauvre parmi les plus pauvres était convaincu qu’il y avait moyen de réduire la pauvreté et de rendre aux pauvres leur dignité. L’anecdote voudrait qu’avant même de créer la Grammen Bank pour la mettre à la portée de tous ceux qui n’avaient pas accès aux banques, Yunus ait remis la totalité de ses économies (27 dollars) à une femme complètement essorée par un usurier qui lui pompait tout ce qu’elle gagnait.

La Grammen Bank a fait des petits et des clones tant au Bangladesh que dans le reste du monde pour le grand bonheur des femmes, des jeunes et de tous les démunis qui n’avaient aucune garantie à offrir pour prétendre à des prêts des banques traditionnelles. Comme il se plaît à le dire, la micro finance célèbre la libération du crédit de l’esclavage de la garantie.

Je disais qu’il y a eu des clones de la Grammen Bank un peu partout dans le monde sur la base du même principe : aider les pauvres. Chez nous, nous possédons aussi nos banques des pauvres avec des slogans fort sympathiques du genre « Nous ne prêtons pas aux riches ».

Elles aident comme elles peuvent. Mais je ne suis pas sûr qu’à la date d’aujourd’hui, elles ont la côte auprès de leurs usagers. Pis, je crains même qu’elles n’aient complètement dévié de leurs cibles et de leurs missions. Les caisses qu’on a aujourd’hui sont toutes gangrenées par la corruption et le favoritisme.

Le chef ne prête qu’à son proche entourage (les conjoints et les enfants), à ses parents et à ses amis qui sont presque des frères. Après le premier cercle, il tend la main à ceux avec qui il peut mener des affaires. Généralement, ce sont des gens que le système bancaire traditionnel a vomis soit pour insolvabilité, soit pour faillite.

Ce sont eux qui sont prioritaires, qui ont droit aux gros montants, qui profitent des passe-droits, qui jouissent d’une épaisse impunité quand les plus humbles sont envoyés en prison sans ménagement, qui bloquent aujourd’hui le système parce que mauvais payeurs.

Aujourd’hui, certaines caisses sont tout simplement en faillite, usent parfois de subterfuges pour ne pas payer les clients. Je crois qu’une reprise en main s’impose dans le secteur. Sinon nous risquons de voir nos banques des pauvres appauvrir davantage les pauvres.

Tout comme une reprise en main de l’école s’impose. Avant même que de commencer, l’école est paralysée par une grève dans presque tous les cycles. Ce furent d’abord les contractuels qui ont embrayé dès l’entame de l’année scolaire sur les problèmes multiformes qu’ils vivent. Après une première marche avortée sur la Primature, ils ont remis le couvert le mardi dernier en marchant sur la Primature avant de terminer par un débrayage général.

A leur suite, les enseignants permanents ont eux aussi débrayé. Du coup, on se retrouve avec des écoles sans professeurs, avec souvent des élèves que la situation ne dérange pas outre mesure. Surtout, qu’il ne coûte rien de rappeler que d’habitude, les élèves ont toujours pris prétexte des fêtes pour se donner des jours de repos.

Ce qui se passe dans l’espace scolaire porte un coup sérieux au dialogue social bâti autour de la fameuse notion d’école apaisée et performante. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle est effectivement apaisée. Tellement apaisée que l’espace scolaire ressemble à un vaste cimetière. Il n’y a aucun signe de vie.

Pour ce qui est de la performance, tous les Maliens attendent de voir. La question que je me pose concerne le degré de sincérité et de représentativité de ceux qui signent pompeusement des pactes qui, dans la pratique, n’engagent que les signataires. Hélas !


El hadj TBM

20 octobre 2006.