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L’UNTM l’a toujours dit : le gouvernement ne comprend que le langage de la force. C’est pour cela que la centrale syndicale n’a pas lésiné sur les surenchères ces derniers temps afin d’établir un rapport de forces qui lui serait favorable. Visiblement, la stratégie s’est avérée payante parce qu’il a suffi que Siaka Diakité menace de déposer un préavis de grève de 72 h, pour que le gouvernement accède aux revendications.

C’est que le gouvernement se rappelle des dégâts causés par la grève de 48 h des 26 et 27 juin dernier. Et comme tout le monde le sait, les syndicalistes en premiers en tout cas dans le cas qui nous concerne, qu’il n’est pas séant de parler de corde dans la maison d’un pendu, ils ont appuyé là où cela fait mal avec l’assurance que les mauvais souvenirs aideront.

Le résultat est garanti dans la mesure où le gouvernement qui jurait par Dieu qu’il ne pouvait satisfaire les revendications syndicales a signé un protocole d’accord – des deux mains à ce qu’on dit – pour accorder une augmentation de 10 % des salaires (5 en 2008 et 5 en 2009), une baisse de l’ITS, des mesures concernant la baisse des prix des denrées alimentaires, de l’eau et de l’électricité, etc.

Sans le crier sur le toit, l’UNTM vient d’obtenir une authentique victoire. Quant au gouvernement, il sauve momentanément les meubles. Naturellement prudent, j’attends de voir l’application de l’accord. Parce qu’une chose est de signer et une autre est de pouvoir respecter ses engagements. J’attends de voir parce que le pays est très mal en point malgré quelques signes qui pourraient être trompeurs.

Mais d’un autre côté, je me dis qu’il n’y a pas le feu. Parce qu’un pays, qui peut voir une distraction de centaines de milliards de fonds publics par le fait de délinquants financiers et autres bandits en col blanc, devrait trouver de la ressource pour faire face à ses promesses. Normalement. Mais je crois que c’est déjà bien qu’on ait pu épargner au pays une paralysie dont personne n’a besoin. Surtout pas le pays qui est déjà paralysé depuis fort longtemps pour différentes raisons.

Le gouvernement se démène comme il peut avec tous ceux qui estiment que c’est le moment où jamais. On a vu les enseignants qui récoltent les fruits de leur patience. En avril, il ne s’était trouvé personne pour les écouter vraiment. Ils ont rué dans les brancards, menacé, mais personne n’avait voulu leur prêter une oreille attentive. Alors, ils ont décidé d’attendre les examens pour prendre leur revanche. Ils ont tout bonnement bloqué les notes. Et bingo ! Ils ont eux aussi eu satisfaction. Comme quoi la vengeance est un plat qui se mange froid.

Pour autant le Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga et son équipe ne sont pas au bout de leurs peines. Ils doivent surveiller de très près le front alimentaire comme du lait sur le feu. Je sais qu’ils s’informent et ils ont dû apprendre qu’au Niger, au Burkina, en Guinée, les populations battent le pavé contre la cherté de la vie. Ils ont pu empêcher la semaine dernière que les populations de la Commune VI marchent. Mais cela peut durer pour combien de temps encore ?

Pour éviter de se voir déborder, le gouvernement devrait apporter un peu de rigueur dans le suivi des mesures qu’il a prises pour faciliter l’approvisionnement et enrayer la hausse des prix. Surtout quand on sait que des exonérations ont été accordées à des opérateurs économiques, les mêmes qu’il y a deux ans, pour soulager les consommateurs. Comme moi, le gouvernement sait que ce ne sont pas des enfants de chœur et surtout pas des samaritains (ils l’ont dit eux-mêmes).

Pour se faire du blé, ils n’hésiteront à agrandir leurs marges bénéficiaires en vendant les céréales au prix qui leur convient. Or le gouvernement se doit de leur expliquer que les milliards d’exonérations auxquels renonce l’Etat n’appartiennent ni à ATT ni au Premier ministre, mais que c’est l’argent du contribuable. Si en plus de bénéficier de cadeaux en or massif ils envisagent d’étrangler les populations pour mieux en tirer profit, il y a forcément des coups de pied qui se perdent.

Je ne finirai pas sans un mot sur le second tour des élections législatives de dimanche prochain. Moi je crains parce que la Cour constitutionnelle a donné une sorte de feu vert pour les fraudes de toutes natures. Déjà après la présidentielle, l’auguste Cour avait donné une sorte de feu orange avec les résultats qu’on sait lors du 1er tour des législatives. Avec le feu vert accordé, tout peut arriver.

Les candidats étant tous dans la situation de tout perdre, personne n’acceptera de se laisser voler sans tenter quelque chose pour se prémunir. Soit en volant plus que son adversaire soit en prenant des mesures coercitives face à la complicité de l’administration qui voit et laisse faire quand elle-même ne participe pas au vol.

C’est que certains hommes politiques appellent la mascarade. Je crois sincèrement que l’un des reculs les plus dommageables pour notre démocratie, c’est le retour des agents de l’administration dans le processus électoral.

Aujourd’hui, pour gagner, mieux vaut être copain avec le gouverneur, le préfet et le sous-préfet que de perdre son temps à mobiliser les militants. Et après il se trouve des gens pour s’étonner que les Maliens boudent les urnes. A mon avis, là également, il y a beaucoup de coups de pieds qui se perdent.

El hadj TBM

20 juillet 2007.