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Sous l’inquisition, ceux qui étaient considérés « hérétiques » devaient soit se renier publiquement selon un rituel, qui est resté gravé dans les esprits bien de siècles après, soit choisir de griller sur un bûcher. Parfois même, l’un n’empêchait pas l’autre. J’ai comme l’impression qu’à l’Adéma, certains responsables ont beaucoup lu et certainement beaucoup retenu de cette funeste période. Je ne peux pas m’expliquer autrement la cabale montée contre Soumeylou Boubèye Maïga et certains responsables de l’Adéma que le CE vient de suspendre en attendant de soumettre leur exclusion pure et simple du parti à l’appréciation de la conférence nationale de janvier prochain. Les motifs retenus sont tous risibles les uns que les autres.

C’est vrai que le ridicule ne tue plus, mais il ne faudrait pas pousser le bouchon trop loin non plus. En vrac, le CE reproche aux suspendus d’avoir organisé un meeting, d’y avoir participé physiquement ; meeting au cours duquel des injures ont été proférées contre les partis politiques et le gouvernement dont l’action est soutenue par le parti des suspendus ; d’avoir lancé Convergence 2007 qui constitue un courant au sein du parti avec ses activités et ses responsables ; de ramer contre l’orientation du parti qui a choisi de soutenir ATT etc. Rien que du très lourd comme on peut le constater.

Mais Soumeylou et les autres responsables pourraient s’estimer heureux parce qu’ils ont échappé au pire. En effet, au cours de la réunion, certains parmi ceux qui se sont érigés en censeurs d’un jour ont souhaité que les coupables soient traînés devant eux afin qu’ils puissent sinon expier leur crime, s’expliquer et entendre par eux-mêmes ce qu’on leur reproche et peut-être au passage d’essuyer quelques éclaboussures de salive d’indignation.

C’est tout simplement navrant pour un parti qui s’est bâti fondamentalement pour défendre avec l’intransigeance requise la liberté d’opinion qui se trouve expressément garantie par ses statuts. Mais cela ne surprend pas grand monde quand on connaît la nature réelle d’une frange assez importante des dirigeants actuels de l’Adéma.

Pour eux, la liberté d’opinion n’est limitée qu’à leur seul bénéfice et ne peut qu’être mal utilisée que quand ceux qui osent en user sans leur autorisation, s’écartent d’une certaine pensée unique dont ils sont les dépositaires. Ainsi eux peuvent se répandre dans les journaux et les meetings, prendre un réel plaisir à s’écouter et à insulter qui ils veulent. Eux n’ont besoin d’aucun mandat, sûrs que rien ni personne ne peut les interpeller. Ce qui ne les empêche quand même pas d’avoir le front de juger qu’il faut être un indiscipliné pour oser penser différemment d’eux.

Le secrétaire général de l’Adéma, Marimantia Diarra vient de déclarer dans une interview à propos de la suspension que « si vous ne cognez pas les morts, les vivants ne vous craindront pas » et qu’en frappant SBM qui est le premier vice-président du parti, c’est un avertissement pour les autres militants. On imagine l’ambiance dans le parti que certains voudraient régenter comme une caserne.

Je peux leur garantir qu’ils ne perdent rien pour attendre. Parce que les militants de l’Adéma ne sont pas des dupes. Ils savent qui violent les textes, qui tentent de les infantiliser et à quelle fin. Je ne perdrai pas mon temps, en tout cas pas aujourd’hui, à montrer en quoi les censeurs du jour sont disqualifiés. Par contre je peux me permettre de relever deux ou trois petites choses qui attestent de leur mauvaise foi manifeste.

Primo, au cours du meeting, il n’y a pas eu la moindre injure, pas la plus petite des injures parce que justement ceux et celles qui étaient au Palais ce jour-là savent, ils l’ont dit et répété, que l’injure est l’arme des faibles. Ils peuvent visionner les cassettes, écouter les témoins, ils ne trouveront rien ni personne pour les conforter dans leur opinion fondée sur du faux.

Par contre, les intervenants ont parlé librement et parfois sur un ton un peu vif du consensus actuel qui inhibe les Maliens et qui a un effet plus que castrateur sur une partie des hommes politiques de notre pays.
Ils ont parlé de la cherté de la vie, des prix des céréales qui sont à un niveau très élevé, du chômage des jeunes, du licenciement et de la compression des travailleurs, de la difficulté à manger à sa faim, de la course effrénée vers les postes, de la résignation et du fatalisme qui peu à peu gagnent les Maliens, du livre « ATT-cratie : la promotion d’un homme et de son clan » etc.

Secundo, ils savent très bien que Convergence 2007 ne saurait en aucun cas être un courant au sein de l’Adéma parce qu’il dépasse ce parti. Je sais que malgré leur mauvaise foi, ils n’iront pas jusqu’à assimiler un Tiéman Coulibaly de l’UDD à un militant de l’Adéma.

Tertio, je persiste et signe, en fonction des recommandations de la dernière conférence nationale de l’Adéma, ce parti n’a pas de candidat encore moins qu’il soit investi. Pour le moment. Enfin, je sais qu’ils sont tellement aveuglés qu’il leur arrive de mal lire les textes de leur parti mais la conférence nationale ne peut exclure qu’une catégorie de militants (les élus nationaux) et ne peut pas relire les textes.

Pour terminer tout à fait sur ce point, je pense qu’il leur faudrait une imprimerie pour les sanctions à l’encontre des militants de l’Adéma parce qu’ils sont tellement nombreux qu’un simple ordinateur et une petite imprimante ne suffiraient pas.

L’URD qui vient de tenir sa conférence nationale sanctionnée d’un soutien à la candidature éventuelle de ATT a pu faire l’économie du psychodrame qui secoue l’Adéma. Mais le problème est le même sous ce ciel apparemment serein. Ils sont nombreux les militants qui avalent péniblement ce qu’ils qualifient de couleuvre et qui ont du mal à faire leur deuil d’une non participation de leur parti à l’élection présidentielle.

Moi je comprends parfaitement leur incompréhension. Quand ceux qui animent aujourd’hui l’URD ont claqué la porte de l’Adéma après les élections générales de 2002, c’était pour deux raisons fondamentales. Au motif qu’ils feront la politique autrement, il s’agissait pour eux de montrer leur mécontentement suite à la défaite de Soumaïla Cissé à la présidentielle du fait, selon eux, de la trahison de son propre camp et surtout de mettre à la disposition de leur champion une machine à gagner et on allait voir ce qu’on allait voir en 2007.

Et puis…on a effectivement vu. Rien que du très banal. Avec toutefois des secousses de moindre intensité en fonction des tiraillements internes sur la seule ligne de conduite qui a prévalu dans ce parti comme dans tous les autres : la proximité avec le Président de la République. Pour ce qui est de faire la politique autrement, les Maliens sont priés de ne pas être trop impatients.

Mais j’avoue que je crains que les militants du parti de la main tendue acceptent qu’une question aussi importante puisse être traitée par-dessus la jambe et restent les bras croisés. Comme si de rien n’était. On leur avait dit de sortir de la Ruche pour monter sur la colline. Ils sont effectivement sortis de la Ruche ; mais pour ce qui est de monter sur la colline, on leur demande d’attendre encore le temps de tirer des plans sur la comète. Je ne serais pas surpris de voir certains militants rendre leur tablier et poursuivre leur chemin avec des gens plus déterminés.

Au niveau du RPM on semble avoir dépassé le stade des angoisses existentielles et des questions superfétatoires. Par rapport à 2007, les Tisserands sont tendus comme un seul homme vers l’objectif de se battre à la loyale et surtout de gagner. Après quelques tours de chauffe, le RPM semble passer à la vitesse supérieure en organisant demain après-midi un meeting au Stade Modibo Kéita. Sans être dans le secret des dieux, je peux imaginer les thèmes qui seront abordés.

Les Tisserands ne manqueront certainement pas l’occasion de rappeler leur conviction d’avoir été privés de leur victoire en 2002. Ils rappelleront leur soutien à ATT pour lui ouvrir le chemin qui l’a conduit à Koulouba. Ils diront leur contribution dans la stabilité du pays depuis 2002. On me dira que tout cela est du passé et que le passé est mort. Mais c’est oublier qu’au RPM, on sait que « la résurrection des morts sert à magnifier les nouvelles luttes et à exagérer dans l’imagination des vivants la tâche à accomplir ».

Je suis presque sûr qu’ils parleront du livre « ATT-cratie : la promotion d’un homme et de son clan ». Et personne ne pourrait leur en tenir rigueur. Pour la simple raison que le RPM et son président ont été les premiers accusés d’avoir commandité, écrit et imprimé le livre en question pour salir le Président ATT et déstabiliser son régime et le pays. Je ne suis pas sûr que demain sera la rupture, mais demain sera un autre jour dans la « glaciation » des rapports entre le pouvoir et ce parti. Et peut-être sans rompre, le RPM prendra encore ses distances. Mais attendons de voir ce que le meeting d’information de demain donnera.

Je terminerai par les dégâts collatéraux nés de la publication du livre « ATT-cratie ». Dans leur désarroi, certains zélateurs mal inspirés ont tenté et tentent encore avec l’énergie du désespoir de faire croire aux Maliens que le livre en question est un tract. Ils savent bien que c’est faux parce qu’un tract par définition n’est pas à vendre. Or ce petit livre a été vendu comme du petit pain ou même comme du pain béni et même ses photocopies continuent à s’arracher malgré le prix relativement élevé.

Mais comme c’est plus commode pour eux de dire que c’est un tract, ils essayent de se convaincre que c’est un tract. Et pour répondre au « tract », ils font des tracts, de vrais tracts cette fois-ci où ils s’en prennent à tout le monde ou disons à tous ceux à qui ils prêtent des ambitions présidentielles. Ils vont jusqu’à alimenter un site pour donner à leur forfait plus d’épaisseur à défaut de crédibilité.

On y apprend qu’untel couche avec unetelle, qu’untel lève le coude assez fréquemment, qu’untel trompe ses femmes etc. Comme on le voit, rien que de très bons arguments pour élever le débat et raffermir la démocratie et surtout pour l’affront fait à ATT. Ce genre de dérives n’est pas tolérable parce que la vie privée des citoyens est sacrée, c’est un sanctuaire inviolable.

Ils savent qu’au Mali tout se sait parce que tout le monde connaît tout le monde. Et il serait dommageable pour notre pays qu’on se tente les uns les autres. Sinon chacun entend des choses, chacun sait des choses, chacun peut faire de vrais tracts pour dire qu’un tel responsable a beaucoup d’enfants naturels, que la femme d’un tel autre responsable a des liaisons suspectes et dangereuses avec les lesbiennes, que tel autre responsable adore les petites filles dont certaines sentent encore le lait.

Donc sachons raison garder. Personne ne peut se laisser aller à quelque faiblesse pour flétrir ses dérives, d’où qu’elles viennent.

Elhadji TBM

08 décembre 2006.