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Rares sont les Maliens qui n’ont pas exprimé un peu de surprise en apprenant qu’ils sont en vacances (je dois dire que c’est une surprise renouvelée à chaque départ de vacances gouvernementales).

Parce qu’à mon entendement, et je sais que je ne suis pas le seul, les vacances, ça se mérite ; elles surviennent après des mois de labeur et de sueur.

Pourrait-on dire, objectivement, sur la base de ce que je viens d’énoncer que nos ministres méritent des vacances ? Nos ministres ont certes sué, beaucoup sué même, mais ont-ils vraiment travaillé ?

Ils ont fait du tapage, beaucoup de tapage même ; ils ont fait du tape-à-l’œil et joué au m’as-tu-vu mais pour quel résultat ? Je suis tenté de dire d’eux qu’ils font plus les bravaches qu’autre chose. Pour cela, je me contenterai de deux ou trois exemples.

Le premier exemple concerne la situation que nous imposent quelques déserteurs de notre armée nationale dans la zone de Kidal. Loin de moi l’idée de remuer le couteau dans la plaie.

Mais s’il est une affaire mal emmanchée et mal négociée, c’est bien celle-là. Présentée au départ comme une insignifiante indiscipline militaire qui sera traitée comme telle et qui ne mérite pas que les esprits s’échauffent, on se retrouve à l’arrivée avec une affaire d’Etat où l’on tente vainement de convaincre les Maliens qu’en fait c’était une situation de guerre qu’il fallait désamorcer.

Pour cela, rien ne fut épargné aux Maliens en termes de propagande (hélas, ça continue toujours !). L’idée consiste à mettre dans la tête des Maliens qui ne mesurent pas le bonheur qu’on leur offre sur un plateau que « les guerres qu’on gagne sont les guerres qu’on évite », que « la paix n’a pas de prix », etc.

Qu’on évite de faire la guerre, d’accord ; que la paix n’ait pas de prix, re-d’accord ; mais est-ce une raison suffisante pour s’enflammer et vouer aux gémonies tous ceux qui ont le tort de penser autrement et qui déclarent qu’on aurait pu mener cette affaire autrement que par des oukases ? Je pense que c’est justement parce que la paix n’a pas de prix qu’il faut se garder de la brader.

Donc sur ce terrain, hormis l’activisme du ministre Kafougouna Koné chargé de régler la question parce que, ultime explication, c’était une question de maintien de l’ordre (on ne rit pas s’il vous plait), donc de son ressort, on n’a senti aucun autre ministre. Ni le Premier, ni le dernier. Ceux qu’on a pu voir, c’était plus pour meubler le décor parce qu’ils ne connaissaient ni les tenants ni les aboutissants de ce qui, pour beaucoup de Maliens, constitue une abdication en rase campagne.

Non seulement ils ne savaient pas, mais gare à celui qui se plaindrait à haute voix. C’est donc par ces temps de tempêtes que les ministres sont partis en vacances au moment où le sort de notre pays demeure plus que jamais incertain dans sa partie septentrionale. Ils sont revenus trouver que rien n’a évolué dans le bon sens par rapport à ce dossier.

Au contraire, il y a une sorte de ni paix ni guerre propice à l’enlisement (on a des militaires parqués à Kidal dont le moral oscille entre les fluctuations de leur prime globale d’alimentation et qui coûtent en terme d’entretien). Un enlisement que les déserteurs mettent à profit pour mieux s’organiser.

Conscients qu’ils sont les acteurs d’un véritable marché de dupes, ils n’ont non seulement pas encore regagné les rangs, mais renforcent leur position sous la forme d’une deuxième armée de fait dans notre pays. Personne ne sait comment la situation va évoluer.

Le deuxième exemple concerne l’école. Les élèves et leurs professeurs s’apprêtent à reprendre. Si au niveau du secondaire et du fondamental, on constate moins de remous, c’est loin d’être le cas du supérieur.

En effet, au niveau du fondamental et du secondaire, les problèmes sont récurrents : pléthore dans les classes malgré les efforts et les engagements, insuffisance de l’encadrement, indiscipline généralisée, fuites lors des différents examens avec un taux de réussite qui frise le ridicule, etc.

Au niveau du supérieur, c’est une autre paire de manches. Il y a des établissements où il est arrivé qu’on ne sache même pas dans quelle année scolaire on se trouve. Le chevauchement des années étant devenu une première. Il y a des établissements où les étudiants ont bouclé l’année scolaire sans toucher un kopeck au titre des bourses.

Il y a des établissements où c’est des fenêtres que certains étudiants suivent les cours.Je ne parle même pas de la pléthore dans les classes et du manque de l’outil didactique. Sans oublier les bras de fer engagés avec certains syndicats qui attendent de connaître leur dénouement. Une année après la signature du partenariat pour une école apaisée et performante, je crois qu’au regard des objectifs, on est loin du compte.

Le dernier exemple que je prends concerne toutes ces sociétés vendues mais qui continuent à poser problème. Qu’il s’agisse de Transrail ou de Huicoma, les questionnements restent intacts.

Dans le premier cas (je signale en passant que jusqu’à présent les députés ruminent parce que la privatisation a été opérée sans leur accord préalable), les syndicats et les repreneurs sont à couteaux tirés. Il ne passe pratiquement pas un jour sans que les travailleurs ne dénoncent le non respect des engagements pris.

Dans le second cas, de toute évidence, il semble qu’il y ait eu tromperie sur la marchandise. A tel point que le repreneur se trouve coincé entre l’Etat, qu’il soupçonne d’avoir maquillé les chiffres, et les travailleurs, qui l’accusent de vouloir se débarrasser d’eux.

Dans les deux cas, l’Etat est obligé de jouer les pompiers pour éteindre des feux dont il n’ignore pas le départ. Dans les deux cas, l’UNTM, qui se garde d’utiliser les gros mots, attend qu’on lui fasse les comptes des sociétés privatisées.

Je terminerai par le sport, plus précisément le football. Ce week-end marquera le retour des Aigles sur la scène internationale. Je suis frappé par la lucidité de l’entraîneur qui ne manque aucune occasion de rappeler aux uns et aux autres que c’est sur le terrain que se bâtit la notoriété de grande équipe.

Tout en fixant ses objectifs (prendre six points contre la Sierra Leone), Jodar essaye d’inculquer la culture de la victoire chez ses poulains. Espérons qu’il soit entendu par ceux-là mêmes qui se voyaient, et nous avec eux, à la Coupe du monde et qui se sont retrouvés devant le petit écran. Comme nous.

El hadj TBM

1 septembre 2006.