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Au sommet de l’Union africaine qui se tiendra au Ghana à partir de ce week-end, notre président ATT pourrait bien ravir la vedette à tous ses pairs. Avec le palmarès qu’il traîne, même Kadhafi et son idée des Etats-Unis d’Afrique devrait se tenir à carreau. Je ne suis pas sûr mais mon petit doigt me dit que ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre un président africain, par ces temps de démocratie, qui a à son actif l’embastillement de cinq journalistes plus un enseignant pour une histoire de conte (zana comme on dit en bamanan).

Je ne cherche pas à remuer le couteau dans la plaie, mais le général s’est fait prendre comme un bleu dans ce coup-là. Pour une histoire complètement imaginaire, se déroulant dans un pays totalement inconnu, il s’est trouvé de bonnes âmes pour non seulement créer un lien mais pour le convaincre que c’est lui qui est visé. C’est triste qu’on en soit arrivé à cette extrémité mais la vérité est que l’intolérance nourrit l’intolérance.

La vérité est qu’il se trouve des gens au pouvoir dont la seule pratique est d’humilier tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux. Tout comme ils ont tenté d’humilier les opposants lors de l’élection présidentielle en leur attribuant des scores modiques, ils tentent aujourd’hui d’humilier la presse en emprisonnant à la pelle les journalistes. Ils ont lâché le morceau mais ont gardé l’appétit intact pour croquer des journalistes. D’où ces condamnations avec sursis afin de maintenir une sorte d’épée de Damoclès sur leur tête.

Ce que je ne pardonne pas aux zélateurs du régime, c’est d’avoir terni l’image de notre pays. Tout l’édifice démocratique que les Maliens ont laborieusement construit ces quinze dernières années, ils l’ont foutu par terre en une seule matinée. En fait c’est le vernis qui est tombé. Il a suffi d’un rien pour que les Maliens les voient sous leur véritable nature. Là où j’ai rigolé, c’est quand j’ai vu que c’est son fils Birama Konaré (fils d’Alpha) qui lui fait la leçon.

Mais ce n’est pour cela qu’ATT pourrait ravir la vedette à ses pairs. Il y a un autre sujet aussi préoccupant. Le dernier rapport du Vérificateur général n’est pas à son avantage. En 4 ans, 102 milliards de nos fonds ont disparu. Si on y ajoute les rapports des autres structures de contrôle, on ne serait pas loin de deux fois 100 milliards. Le rapport ne tient pas compte de 2007 où, comme on peut l’imaginer, pour les raisons de soutien à ATT, tout a été fait.

Ses pairs pourraient se demander comment il a pu permettre de telles dérives dans un pays pauvre. Il a beau dire que c’est toujours bon de savoir, mais nous savons que c’est juste pour se soulager la conscience. La presse qu’on a embastillée n’a eu de cesse de dénoncer, preuve à l’appui, toutes les dérives, les petites magouilles et la grande corruption. Mais personne n’a prêté attention, y compris le procureur qui peut s’auto-saisir. Comme il est difficile d’accabler les pauvres en les accusant d’être des voleurs, ATT n’aura pas à chercher loin. Autour de lui, c’est sûr qu’il verra ceux que le Vérificateur a épinglés. C’est bien de demander à la justice de prendre le relais. Mais tout le monde sait comment ça fonctionne.

Ce n’est également pas pour la corruption que notre président pourrait ravir la vedette à ses pairs. Il y a la crise du courant électrique et la hausse des prix des produits de première nécessité. Pour un pays qui ne rate jamais une occasion pour parler d’excédents céréaliers, il est incompréhensible que le prix du riz soit inabordable. Pour un pays qui dispose de l’un des meilleurs cheptels en Afrique, c’est inadmissible que la viande devienne comme un médicament.

Pour un pays qui a les pieds dans l’eau, il est inconcevable qu’y compris dans la capitale on manque d’eau dans les robinets. Lors de son discours d’investiture ATT a promis le changement. Pour le moment, nous le remarquons avec lui : la situation a changé mais en plus mal. Convenez qu’avec ce palmarès, rien ne peut lui résister.

El hadj TBM

29 juin 2007.