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Il aura fallu la discrète mais salutaire intervention du président ATT pour ramener un peu de calme au sein de l’hémicycle et éteindre les foyers d’incendie. Je sais qu’à l’époque déjà, certains observateurs et quelques journalistes s’étaient enflammés en parlant de la volonté, jamais prouvée d’ailleurs, de certains partis politiques de mettre IBK et son parti dans l’opposition.

Je me fais un plaisir de rappeler les propos tenus alors par les deux principaux protagonistes, à savoir Me Tall et IBK. C’est-à-dire les mêmes qui sont au-devant de la scène parlementaire depuis quelques jours à cause d’une affaire identique de bureau et de volonté de créer une opposition ou disons une majorité présidentielle.

Me Tall, qui peut être lucide quand il veut, affirmait dans une interview publiée les 29 et 30 octobre 2003 dans l’Indépendant (bien avant la mise en place du bureau) que le statut de l’opposition est clair : « un parti de l’opposition est un parti qui décide, qui proclame qu’il ne soutient pas l’action du gouvernement ». Dans la même interview, Me Tall se demandait « comment on peut imaginer que d’autres partis disent à la place des partis concernés que désormais, ils ne soutiendront plus l’action du gouvernement et qu’ils seront dans l’opposition ».

Par rapport à la composition du bureau, il avait sorti sa calculatrice pour justifier le dispatching des postes. « Les groupes parlementaires ayant moins de dix députés ont un membre au sein du bureau. Ceux qui ont entre dix et vingt députés en ont deux. Ceux qui ont plus de vingt devraient avoir un bonus. L’ARD avec 35 députés, a eu 3 postes. Le groupe RPM-MPR-RDT-PIDS a eu droit à 5 membres dans le bureau. Si vous calculez bien, en plus des vingt, l’ARD a 15 députés donc un membre. En plus des vingt, le groupe conduit par le RPM a 30 députés, donc 2 membres au bureau… ».

Au détour d’une question, Me Tall a déclaré qu’une « majorité présidentielle à l’Assemblée nationale n’a pas de sens ».

Comme je l’ai dit, ces déclarations datent d’octobre 2003. Le 27 octobre 2003, soit deux jours avant Me Tall, le même journal rapporte les propos tenus par IBK face aux journalistes qu’il recevait le 25 octobre.

« Quoi qu’il en soit, je reste président et je m’assume jusqu’au bout. Je n’irai pas non plus dans l’opposition, pas par crainte d’adversité, mais par principe et par honnêteté. La qualité de mes relations avec le chef de l’Etat ne peut nullement m’amener à m’opposer. Je ne doute pas de la sincérité d’ATT, je lui fais confiance. Histoire de 2007, je ne m’y engage pas. Arrêtons la campagne permanente, incessante ».

Ce rappel pourrait paraître long mais je crois que c’est utile. Parce que comme je l’ai dit, les protagonistes n’avaient pas eu le temps d’user des couteaux qu’ils avaient tirés. ATT, sentant qu’ils risquaient de s’étriper, a calmé le jeu en refroidissant les ardeurs des uns et la fougue des autres.

Par un concours de circonstance, qui ne doit rien au hasard, l’histoire nous repasse les mêmes acteurs lors du renouvellement du bureau. Sauf que certains acteurs semblent atteints d’amnésie ou d’oubli.

En effet, quand on lit Me Tall, on a du mal à penser que c’est le même qu’on a entendu ces derniers jours. D’abord, pour le nouveau Me Tall, ce n’est plus un non sens et une hérésie que de monter une majorité présidentielle à l’Assemblée nationale. Cela vaut tous les bouleversements.

Pour preuve, c’est lui et Assarid de l’Adéma qui avaient entrepris les députés pour leur expliquer leur volonté de monter une majorité présidentielle à l’Assemblée nationale.

Au point de pousser le RPM dans l’opposition malgré lui. Ensuite, Me Tall semble avoir perdu ses notions les plus élémentaires d’arithmétique parce que tous les calculs savants et méticuleux qu’il tenait pour expliquer la clé de répartition 2003 ne valent rien aujourd’hui.

Avec « 20 députés plus 30 », on peut avoir désormais deux postes au sein du bureau, moins que ceux qui ont 20 députés plus 15 ou au même titre que ceux qui ont moins de dix députés.

Qu’est-ce qui a pu se passer entre 2003 et 2005 ? Rien de fondamentalement nouveau sur l’échiquier hormis l’apparition ou disons la métamorphose de certains hommes politiques.

L’approche des élections générales et la fin du mandat en cours d’ATT n’étant plus qu’une question de mois, certains hommes politiques maliens ont muté. Ayant accepté de vivre sous l’éteignoir, tout est bon à prendre pour eux. C’est ainsi qu’à défaut de jouer les gourous pour ATT, ils se contentent d’être des mandarins, ce qui va au-delà du simple lot de consolation.

Au nombre de ceux-ci bien entendu le Cnid de Me Tall. Je ne pense pas remuer le couteau dans une quelconque plaie en rappelant qu’il était parmi les farouches opposants à tout soutien à ATT entre les deux tours en 2002, afin, disait-il, de contrecarrer les plans d’Alpha, parce que convaincu que l’ancien président, comme un roi, avait décidé de faire d’ATT son dauphin et de lui passer les rênes du pouvoir. Il n’est pas le seul.

Il y a tous ceux qui semblent avoir fait une croix sur eux-mêmes parce qu’ils se sont rendus compte qu’il est infiniment plus rentable de renoncer à exister par eux-mêmes en s’alignant et en tentant de devancer les désirs du chef que de continuer sur la voie qu’ils empruntaient.

On ne les entend plus crier au scandale parce que le kilo de riz a atteint 150 F CFA ; on ne les entend plus brailler en disant que nous vivons dans une démocratie du goudron et du béton faisant allusion aux routes et aux constructions.

Pourquoi ne parlent-t-ils plus ? Parce qu’ils sont aux affaires sans avoir fourni le moindre effort. Comme quoi, consommer un mandat qu’on ne mérite et jouer les mandarins leur va bien.

Entre-temps, IBK, qui avait déclaré en 2003 ne pas inscrire ses actions dans une opposition contre ATT, se retrouve contraint et forcé à être un opposant parlementaire.

Contrairement aux années précédentes où il a personnellement mouillé le maillot afin de colmater les brèches, je doute fort que cette année ATT puisse entreprendre quoi que ce soit parce que le vin semble tiré.

Mais comme je l’ai dit la semaine dernière, je pense que le RPM, pour être devenu une menace permanente pour ses amis, paye pour ses tentatives éventrées.

Et je crois que ce n’est pas Me Tall qui viendra les plaindre en disant que le règlement intérieur de l’Assemblée nationale a été violé.

TBM

28 octobre 2005.