Partager

Après un intenable suspense, la Cour constitutionnelle a rendu son arrêt le samedi dernier, confirmant la victoire du président Amadou Toumani Touré. Mais si contrairement à 2002, il y a moins de polémique concernant l’arrêt rendu, il n’en demeure pas moins que les Maliens ont un jugement définitif par rapport aux membres de la Cour constitutionnelle.

Toutes tendances confondues, les Maliens sont unanimes à reconnaître que la Cour n’est pas impartiale et qu’elle rend ses verdicts en fonction de ceux qui sont au pouvoir. Au besoin en ignorant la loi ou en la piétinant. Ce qui n’est pas sans nous rappeler la fable de la Fontaine : « selon que vous soyez riches ou pauvres, les jugements de la cour vous rendront noirs ou blancs ».

En bâclant le travail pour lequel les Maliens les payent, les membres de la Cour ne rendent service à personne. A commencer par eux-mêmes qui ont enterré la petite parcelle d’estime et de crédibilité que les Maliens leur accordaient encore. Parce que pour ce qui est des élections du 29 avril, même ceux qui n’ont pas voté pensaient que les « sages » allaient redresser le tort fait à notre démocratie.

Mais au lieu de cela, ils ont préféré faire les suivistes en s’alignant derrière les avocats du président sortant quand il leur était loisible de s’appuyer sur les observations de leurs délégués ; ceux-ci sont tous d’accord qu’il n’y a pas eu d’élections au sens que lui donnent la loi et la pratique. Ensuite, ils ne rendent pas service à notre jeune démocratie qui, malgré quelques ratés, est citée en exemple. Or maintenant, la Cour autorise toutes les violations et tous les actes attentatoires que même leurs auteurs savent condamnables et blâmables.

Désormais on peut faire tout ce qu’on veut ; on peut même voter avant le jour du scrutin. Qui dit mieux ? La Cour ne rend pas service à ATT. Celui-ci n’avait pas besoin d’un mauvais arrêt, en plus de toute la pagaille qui a présidé à son élection, pour être confirmé comme président. Je suis tenté de dire que l’Histoire les jugera mais je suis presque sûr que les membres de la Cour se moquent de l’Histoire et s’en foutent éperdument.

Maintenant, il faut se tourner vers l’avenir. Pour le président ATT, c’est dès aujourd’hui qu’il faut s’y atteler. Parce qu’il sait que les doléances de ses opposants du FDR ne sont pas infondées. Comme la Cour a manqué de sagesse et de sagacité, il lui revient de colmater ce qui peut l’être dans les brefs délais. Il s’agit notamment du fichier électoral.

Les arguments de la campagne sont à ranger dans les placards et il ne nous avance en rien de savoir que le fichier a été fait du temps d’IBK ou d’Alpha. Le fait est qu’il n’est pas bon ne serait-ce que parce qu’il comporte énormément de doublons. Il peut réunir toute la classe politique pour procéder au nettoyage du fichier. Ce n’est pas sorcier et cela ne prendra pas du temps. Il peut décider de la confection de nouvelles cartes électorales. Cela demande de l’argent mais surtout de la bonne volonté. Il peut exiger de l’administration et de l’armée de respecter la loi. Il connaît tous ceux qui, par zèle, ont piétiné délibérément la loi pour lui faire plaisir.

Pour les partis politiques, l’avenir c’est déjà aujourd’hui. Il y a les législatives avec leur lot de divisions et de déchirures. Les réalités du terrain s’imposant à tous, ils ont pu se rendre compte que les places à l’Assemblée nationale sont très chères. Les militants que certains avaient abandonné pour suivre leurs intérêts personnels comptent bien leur faire payer la facture. Ce qui donne lieu à toutes les fractures et à tous les craquèlements de ces derniers jours.

En essayant de tirer les premières leçons de ce qui s’est passé, je crains que le taux aux législatives soit encore plus bas que celui enregistré pour la présidentielle. Les Maliens ont eu la preuve que cela ne sert à rien de voter. Et souvent la sanction de l’indifférence est plus mortelle pour les hommes politiques que la sanction des urnes.

El hadji TBM

18 mai 2007.