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Les observateurs de la scène politique ont eu du grain à moudre. Dans sa dernière sortie concernant le processus électoral qui s’est enfin achevé par la proclamation des résultats du second tour des élections législatives, la Cour constitutionnelle a qualifié tous les candidats et tous les élus de cette année de fraudeurs.

Dans une sorte de réquisitoire sans concession, le président de la Cour, Salif Kanouté, s’est dit convaincu que tous « se sont installés à demeure dans la fraude généralisée ».

A l’écouter on aurait cru entendre un opposant au régime ou quelqu’un qui conteste la légitimité des élus. Mais ce n’est ni l’un ni l’autre. D’autant plus qu’il a activement participé à ce qu’il dénonce.

Salif et son institution ont fait le lit de toutes les fraudes qui ont émaillé les élections de cette année. Du début à la fin, ils ont été saisis de toutes les failles du système et de toute l’armada qui a été mise en place pour que les élections ne soient qu’une sorte de formalité à remplir, les élus ayant déjà été « nommés ».

Et pourtant, la Cour a donné son feu vert et sa caution en déclarant à chaque fois que tout s’était bien déroulé entonnant la même chanson que l’Administration et les observateurs étrangers.

Alors d’où lui vient l’idée de déclarer de la manière la plus solennelle que tous les candidats sont des fraudeurs ? Mauvaise conscience ?

Je n’y crois pas beaucoup. Ces gens-là ont la conscience verrouillée et il faudrait plus que des fraudes massives pour les ébranler. Un accès de lucidité ? J’y crois encore moins parce que c’est sciemment qu’ils ont joué la partition qui leur a été attribuée.

Est-ce enfin parce que presque tous sont partants et qu’ils obéissent au fameux adage bamanan qui voudrait que « taaba tè bo gnouman kè » (après moi le déluge) ? Peut-être.

Dans tous les cas, tout le monde se demande encore comment M. Kanouté a pu passer à des aveux complets, comme s’il avait bu un quelconque élixir de vérité.

Je remarque juste que sa sortie à la tronçonneuse ne dérange pas les principaux accusés. Ils sont élus, point barre. Qu’ils ne soient pas légitimes, qu’ils soient mal élus ; cela n’est plus leur problème.

Le président de la Cour, s’adosse, confortablement si je puis m’exprimer ainsi, sur le mutisme des délégués (y compris les délégués de l’institution qu’il préside) pour arguer qu’il n’y a pas de preuves des fraudes énumérées.

Mais il a oublié au passage de parler de son propre mutisme même quand la Constitution lui fait obligation de parler. Comme par exemple son mutisme à propos de la loi électorale qui est le soubassement légal de toutes les dérives constatées. Encore qu’il faut relativiser le manque de preuve.

Tous les candidats qui se sont plaints ont apporté des preuves matérielles que la Cour a rejetées d’un revers de la main quand ce ne fut pas avec dédain.

A la présidentielle, le FDR avait signalé et apporté la preuve que de vrais bulletins de vote circulaient dans la zone de Sikasso. Malgré le constat des huissiers, Salif et ses collègues ont estimé que ce n’était pas grave.

Or, tout comme il n’y a pas de petite injustice, il n’y a pas également de petite violation de la loi. Alors que cette violation de la loi aurait pu avoir comme conséquence d’annuler tout le scrutin.

Parce que la Cour n’avait pas la preuve que la même chose n’a pas été faite dans d’autres localités à travers le pays. Surtout que le samedi 28 avril, c’est-à-dire la veille du scrutin présidentiel, le Parena, constat d’huissier à l’appui, avait saisi des vrais bulletins de vote sur des gens qui votaient.

La Cour a estimé que ce n’était pas de nature à influer sur l’élection. Dès lors, M. Kanouté et ses collègues n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes. Ils seront aux premières loges du tribunal de l’histoire quand le moment viendra de rendre compte.

Je ne terminerai pas sans parler de cette prérogative que les membres de la Cour se sont octroyés en changeant pour ne pas dire en nommant des députés à la place de ceux qui sont sortis des urnes. En 2002 déjà, j’en avais parlé quand elle avait changé 17 députés de l’Adéma.

Cette année, le nombre a changé mais la victime est restée la même. Or je me dis que quand on peut annuler plus de 20 000 voix pour obtenir un résultat contraire, autant reprendre les élections.

Dans la foulée de la proclamation des résultats, la nouvelle Assemblée a été convoquée en session extraordinaire pour le 3 septembre prochain avec un ordre qui tourne autour de l’élection du président, des membres du bureau, de l’examen du règlement intérieur et de la constitution des groupes et commissions.

A écouter les uns et les autres, cela risque de saigner. Les couteaux sont déjà sortis et les candidats aussi. Logiquement, la présidence de l’Assemblée nationale revient à l’ADP. Logiquement toujours, dans ce groupe, c’est l’Adéma qui a son mot à dire parce que disposant du plus grand nombre d’élus.

En fonction du poids de chacun et des dispositions du règlement intérieur, les autres postes pourront être attribués. C’est sûr qu’il y a des ambitions personnelles qui ne manqueront pas de s’exprimer.

Mais que chacun fasse en sorte de ne pas se faire dévorer par son ambition et ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre. Ils n’ont qu’à relire la fable de la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf. Le fait majoritaire, même relatif, doit pouvoir s’exprimer. Tout le reste est vain.

Vouloir entraîner le président de la République dans le choix du président de l’Assemblée, en mettant en avant qu’il doit donner son avis et qu’il faudrait que les prétendants soient des fidèles à ATT, nous éloignent du débat. Que chacun reste dans son rôle surtout qu’au niveau de l’ADP, ils sont tous des fidèles d’ATT. La différence se fera au rapport des forces en présence.

El hadj TBM

17 août 2007.