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Au moment où les Maliens attendent avec une certaine impatience les résultats du second tour des élections législatives et où les candidats ne tiennent plus, la Cour constitutionnelle s’est signalée sur un autre terrain. Elle a pu trouver un peu de temps pour annuler purement et simplement la loi par laquelle les députés s’octroyaient des primes diverses d’un montant de plus de 2 milliards.

Votée presque en catimini par une poignée de députés, cette loi avait pu, malgré l’atmosphère de la campagne, soulever l’indignation des Maliens. Ce qui est gênant dans l’affaire, c’est que les députés savaient très bien que la Cour n’allait pas laisser passer cette loi. Parce que sauf à espérer qu’avec la surcharge du travail due aux élections les « Sages » seraient quelque peu distraits, les élus n’ignorent pas que déjà en 2004, pour les mêmes raisons la même Cour avait invalidé une loi similaire.

Tout est rentré dans l’ordre sur ce terrain-là. Par contre, pour ce qui est des résultats, la Cour aura entretenu le suspense jusqu’au bout. Preuve s’il en est qu’il y avait du boulot. Mais franchement, si la Cour est logique avec elle-même, si elle tient compte de sa propre jurisprudence, tous ceux qui sont sortis vainqueurs des urnes ne devraient avoir aucun souci à se faire. En effet, les précédents arrêts rendus par la Cour ont permis toutes les dérives qui constituent le fond des requêtes à elle adressées.

Qu’il s’agisse des bourrages des urnes, des votes anticipés, de l’instrumentalisation de l’appareil et des agents de l’Etat, de l’achat des voix et des consciences, tout avait été autorisé par les « Sages ». Donc logiquement, sauf à vouloir chercher des poux là où il n’y en pas, le travail doit être très simple. Surtout que les protagonistes du second tour sont ceux-là mêmes qui avaient inventé et mis en service les outils de la fraude au moment de la présidentielle.

Mais à l’époque, dans leur zèle à servir et à être bien vus, ils avaient oublié que les législatives viendront. N’étant pas tous égaux devant les enjeux et surtout devant les outils de la fraude, il y en qui payent aujourd’hui la facture. Et ils se rendent comptent qu’elle est salée. Contrairement au FDR, eux ils ne pourront même pas se plaindre à haute voix. Parce qu’au moment où le FDR évoquait les dérives dont ils sont victimes aujourd’hui, au moment où le FDR appelait à prendre des mesures pour corriger la mauvaise trajectoire que prenaient les élections, ils riaient sous cape, ils persiflaient même.

Or pour la défense des principes, quel que soit le camp dans lequel on pense se trouver, il faut se lever et les défendre. Seule la loi sauve. Ne pas la défendre, c’est se mettre dans le champ de ses violations. Aujourd’hui, et les « Sages » et les candidats ont peur des résultats. Parce que ce n’est pas tout le monde qui acceptera de perdre. Définitivement. Sans recours.

Malgré tout, ceux qui ont été élus et ceux qui ont perdu sont tous d’accord qu’il y a quelque chose de pourri dans notre système. C’est bien de le reconnaître, mais ce serait encore mieux de se donner les moyens pour apporter les corrections nécessaires. Sinon, ce qui restait encore de saint dans notre démocratie sera contaminé à jamais. Déjà que les populations préfèrent s’occuper de leurs affaires convaincues que les élections sont pour ceux qui courent derrière leurs propres intérêts au lieu de s’occuper de leurs préoccupations. Tant qu’on ne corrigera pas le tir, même si on choisissait l’inscription volontaire, il n’y aura pas de votants.

Pendant ce temps, le gouvernement est parti en vacances. Les bienheureux ministres estiment qu’ils sont tellement fatigués qu’il leur faudrait un peu de repos pour récupérer. Je me garde de répéter ce qu’en pensent les Maliens. Mais il est clair qu’au regard de la conjoncture politique et des conjectures sur le remaniement ministériel, aucun d’eux n’ira loin cette année. L’insouciance des années précédentes qui conduisait certains au bout du monde a cédé le pas à la hantise de perdre leur poste qui les oblige à tourner à Bamako où dans les environs. Ils vont préférer voir les tradi-thérapeutes ou les féticheurs en brousse que d’aller chez les thalassothérapeutes de la côte d’Azur. C’est vrai que quand on voit certains, ils font carrément pitié. Ils ont la mine des mauvais jours, ils sont débraillés et paraissent défaits. Les mêmes qui, il n’y a pas longtemps, traînaient leur morgue avec toute l’arrogance qui va avec se rendent compte que tout a une fin.

Je comprends certains car congédiés, ils ne pourraient faire valoir leur retraite qu’au chômage ou chez le juge. Vous conviendrez avec moi qu’il y a un meilleur avenir que cette sombre perspective. Je leur conseille de faire comme moi et se dire que Dieu est grand et tout ce qu’il fait est bien. Mais pour cela, il faudrait d’abord qu’ils cessent d’avoir peur des résultats du remaniement.

El hadj TBM

10 août 2007.