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Ceux qui l’auront compris savent que, après les festivités marquant l’accession de ATT au pouvoir, je reprends mon listing des ministres qui fragilisent l’Etat et mettent la République par terre. Quand son nom a été cité comme membre du gouvernement, elle n’a pas échappé à ce qui est devenu une règle ces dernières années : qui est-elle ? Que fait-elle ? De quel parti politique vient-elle ? C’est bien après qu’on a appris qu’elle est sage-femme de formation et qu’elle figure dans le gouvernement au compte du RPM du fait de son mari qui y milite.

C’est comme cela que la chose a été présentée. Et je crois bien que c’est vrai parce que rares sont les militants du RPM qui l’ont connue en tant que camarade. Mais passons sur ce qui pourrait ressembler à de la mesquinerie. Ce qui est sûr, c’est qu’elle a tenu à montrer qu’elle existe et qu’on verra ce qu’on va voir.

Elle a commencé par faire ce que tous faisaient avant elle : une descente spectaculaire à l’Hôpital Gabriel Touré, à une heure tardive et devant les caméras de l’ORTM. Etant de la famille, elle savait que le succès serait garanti : il n’y avait presque personne au poste et les quelques infirmiers de garde qu’elle a trouvés sur place s’affairaient plus autour du fourneau qu’au chevet des malades.

Sermons et remontrances n’ont pas manqué de la part de celle que beaucoup de Maliens venaient de découvrir mettant du coup un visage sur le nom et qui promettait de mettre un bon coup de pied dans la fourmilière. Je serais curieux de savoir ce qui a bien pu changer depuis son fameux show nocturne. Rien n’a changé. Ses collègues, dont beaucoup foulent au pied le serment d’Hippocrate, ont crié à l’hypocrisie et ont repris leurs habitudes.

Les malades peuvent crever dans l’indifférence, ce n’est pas leur problème. Certains continuent toujours à traiter le patient comme un client dont il faut vider les poches, même mort, quand ils ne se font pas héritiers des habits qu’il porte. Je pense que c’est sur ces détails que Mme Maïga pourrait et devrait apporter des changements en faveur du commun des mortels.

L’autre aspect sur lequel, elle fait le mort, tout comme tous les autres, c’est la corruption. Le secteur de la santé a été indexé cette année comme étant celui où la corruption sévit comme une gangrène. Au vu et au su de tout le monde. Et Madame n’a entrepris aucune mesure pour enrayer le mal : ni préventive ni curative.

Et comme en termes de corruption, il n’y a pas de petite ou de grande, la famille de Madame ne se gêne pas : médicaments vendus même quand c’est gratuits, médicaments cachés pour créer le manque et pouvoir monter les enchères, surfacturations sur les marchés, dessous de table etc. Tout cela est décrit noir sur blanc dans le rapport de Transparency International. Les dégâts sont incommensurables.

Tant au niveau des montants exorbitants que le pays perd, qu’au niveau du danger pour la santé des populations. Sur ce terrain, le Président attend d’elle des résultats tangibles. L’autre dossier qui tient le Président à cœur, et elle le sait mieux que tout le monde, c’est le dossier du ver de Guinée. Depuis quelques temps, la lutte contre ce ver perd du terrain dans notre pays. Qui ne se rappelle pas de la fameuse formule d’ ATT il y a deux : « depuis des années, on me dit que c’est le dernier ver, mais on ne parvient pas à le trouver ». Pire, non seulement le « dernier ver » n’est pas trouvé, mais il a une fâcheuse tendance à se démultiplier. Lors d’une récente tournée dans le Nord et plus précisément à Ansongo, Madame le ministre a pu constater par elle-même que le ver y prospère. Or, elle a tout intérêt à éradiquer ce ver dont la lutte a contribué à une bonne partie de la réputation de ATT.

Par ces temps de confusion, elle a pu enrayer deux menaces de grèves dans le secteur de la Santé dont la dernière concernait le personnel des Cescom. J’apprends que le personnel de Gabriel Touré est sur le pied de… grève pour la fin du mois. Je ne doute pas qu’elle parviendra à trouver le remède. Mais le terrain sur lequel, comme beaucoup de ses collègues d’ailleurs, elle glisse c’est celui de la mutation du personnel, notamment dans le Nord pays où les agents de santé refusent tout simplement de partir. Confirmation a été donnée par le gouverneur de Kidal qui se plaint de cet état de fait. C’est une mission difficile, mais c’est par des missions difficiles qu’on conforte l’Etat et qu’on rétablit son autorité.

Sur le plan politique, comme je l’ai dit, même au sein de son propre parti politique elle est inconnue. Ce qui fait dire à beaucoup d’observateurs qu’elle n’hésiterait pas, à l’heure des choix, à rester à Koulouba où se trouve son ministère plutôt que de suivre le RPM. Qui disait que le ver était dans le fruit.

Elhadji TBM

16 juin 2006.