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L’information a certainement dû faire son effet sur tous les Maliens : ce sont les Américains qui ont ravitaillé nos soldats qui se trouvent coincés à Tinzawatène. Elle a dû faire son effet parce que ceux des Maliens qu’on entend depuis hier sont partagés entre l’incrédulité et la crainte de voir la situation s’embraser du simple fait de la présence américaine dans le Septentrion de notre pays.

Ceux qui ont eu l’information par le téléphone arabe ou par la presse internationale (BBC, RFI) n’en croient pas encore leurs oreilles. Ils ne peuvent pas imaginer que nous soyons incapables de ravitailler nous-mêmes nos militaires. Ce qui signifie que la situation est plus grave qu’on ne voudrait le croire. Et il y en a même qui persiflent en affirmant que nos militaires sont dans une grande prison à ciel ouvert ou carrément qu’ils ressemblent à des réfugiés sur leur propre territoire.

Bien entendu, je ne m’en délecte pas et je dois avouer que, comme tous nos compatriotes, je suis quelque peu préoccupé par ce qui nous arrive, par une situation qui est en train de nous échapper visiblement. Pour ceux qui est de l’intervention des Américains dans la crise, je dois avouer que certains le craignaient et disaient même que les Américains feraient tout pour se rendre indispensables aux yeux des autorités de notre pays.

Maintenant qu’ils sont impliqués, même si c’était pour apporter à manger à nos militaires qui devaient être dans le besoin, jusqu’où s’arrêteront-ils ? Quelles pourraient être les conséquences de leur implication sur la stabilité du Nord en général et l’actuelle crise que nous vivons ? Il est connu que ceux qu’on accuse désormais de terroristes n’aiment pas beaucoup les Américains.

Ils pourraient bien penser qu’il y a comme de la provocation dans l’air et estimer qu’ils ne sont plus liés par rien du tout. Des gens qui osent poser des mines sont capables de tout. Mais je dois avouer que ce qui me désole le plus, c’est le silence total, le black-out. Les Maliens sont comme infantilisés et sont obligés de s’en remettre aux médias internationaux pour suivre ce qui se passe sur leur propre territoire dans une situation grave.

Or, comme je l’ai écrit, seule la vérité peut nous sauver. L’information militaire a beau être sensible, on pourrait faire en sorte que les Maliens soient mis au courant de ce qui se passe réellement. Je pense qu’il n’est pas normal que les Maliens ne soient pas informés sur l’implication des Américains dans leur conflit, un conflit interne. On pourrait leur donner au moins le pourquoi du comment, les tenants et les aboutissants, dirait l’autre.

Je pense que le Mali ne sort pas grandi quand c’est à l’international que les Maliens apprennent qu’à la limite, on a perdu une partie de notre souveraineté et de l’intégrité de notre territoire. Je n’exagère rien, mais nous sommes presque au bord de l’humiliation. Soyons clairs, tout comme je l’ai écrit l’année dernière, je le répète cette année : le devoir de violence appartient comme pouvoir régalien à l’Etat. L’Etat doit donc entreprendre tout ce que la loi permet, y compris la violence, pour ramener la paix.

L’Etat qui n’a pas la paix au nord cherche à éviter la guerre « au sud ». Je m’excuse du raccourci, mais force est de reconnaître que c’est pour éviter un bras de fer stérile avec les syndicats, entre autres raisons, que la rentrée scolaire a été repoussée au 2 octobre prochain. C’est vrai que on n’a pas une seule salle de classe de disponible pour cause de squat. En effet, les pluies abondantes qui ont occasionné des dégâts sur toute l’étendue du territoire, les victimes se sont installées dans les écoles. Et comme rien ne dit que la faible solidarité à leur égard les aidera à sortir des classes, il faut craindre que l’ouverture des classes ne soit encore repoussée après le 2 octobre.

Mais aujourd’hui, l’une des plus grandes préoccupations des autorités concerne certainement, sauf si je les prends pour celles quelles ne sont pas, la maîtrise des prix des denrées alimentaires à la faveur du mois de ramadan qui a commencé hier. C’est connu, les commerçants s’en sont toujours donnés à cœur joie quand le mois béni se pointe. Ils se frottent les mains rien qu’en pensant à tout ce qu’ils peuvent réaliser.

Le plus navrant dans l’histoire, c’est que le gouvernement est aux abonnés absents. Et pourtant on ne peut même pas dire qu’il croule sous les devoirs. Hormis quelques ministres qui assurent le show en attendant les grandes décisions, on peut difficilement soutenir que le travail tue les membres du gouvernement. Ils sont tellement préoccupés par leur propre sort que les Maliens peuvent crever sans que cela ne les émeuve vraiment.

Pour terminer, je souhaite, au nom de journal, un bon mois de ramadan à tous. Je sais qu’avec le mois, c’est la saison de toutes les maladies. Que Dieu nous protège tous, amen !


El hadj TBM

14 septembre 2007.