Partager

On ne parle plus que de ça : dans les journaux, dans les radios, et même à la télévision, dans les meetings, dans les communiqués. Il s’agit de la situation de l’école que beaucoup semble découvrir pour la première fois. Or, nous sommes de ceux qui ont toujours multiplié les mises en garde contre la vanité d’une situation que tout le monde sait précaire et factice. Même quand le fameux pacte a été signé au nom d’une école apaisée et performante, nous avons demandé à ce que les autorités ne se leurrent pas, au point de mettre leur doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate.

Même quand les enseignants du supérieur ont décidé d’observer une grève illimitée, rares sont ceux qui ont bougé le petit doigt. « Et soudain tout à coup brusquement » (c’est une expression que j’emprunte à quelqu’un dont je tais le nom), on s’agite dans tous les sens. On se rappelle subitement que l’école existe et qu’elle est comateuse. Les associations, les syndicats, les partis politiques, tout le monde y va avec son constat et ses propositions.

La situation de l’école est symptomatique de l’absence de tout dialogue social. Les gens ne bougent que quand ils sentent la lame froide du couteau sur leur gorge. Si je m’en réfère aux propos des syndicalistes du supérieur, même leur ministre de tutelle refusait de les rencontrer. On peut ne pas avoir de solutions aux problèmes posés, mais la bonne foi commence toujours par l’écoute.

Et quand l’autre jour je le voyais aux côtés du Premier ministre recevant en séance de travail ceux à qui il a refusé sa salle d’audience, je me suis dit qu’il y a quelque chose de pourri dans notre République. Sans ajouter que les syndicalistes d’aujourd’hui étaient ses camarades d’hier, quand il s’agissait pour les mêmes problèmes de battre le pavé et de demander l’arrêt de la construction de classes.

J’espère seulement que la commission de bons offices trouvera rapidement les solutions sinon l’année est perdue. J’ose à peine y penser, mais je me dis que si nous n’étions pas en année électorale peut-être que ces pauvres enseignants du supérieur n’auraient jamais pu rencontrer le Premier ministre et qu’on les aurait laissé observer leur grève tranquillement du moment où ils ne dérangent personne hormis les étudiants.

Ce qui se passe avec les enseignants a été déjà observé avec les travailleurs. Ceux-ci n’ont jamais eu gain de cause en croisant les jambes ou en faisant les pacifistes. A chaque fois, il a fallu qu’ils haussent le ton et qu’ils menacent de tout arrêter. L’exemple le plus patent a été la récente augmentation de l’indice du salaire. Le président l’a annoncé dans son discours de fin d’année. Mais c’est par Siaka Diakité de l’UNTM que nous avons appris qu’il a fallu que les travailleurs fassent les gros bras pour que cet accord signé depuis juillet devienne effectif.

Entre-temps, ce qui les intéresse vraiment, ce sont les postes dans un futur gouvernement qui est comme le monstre du Lock Ness. Ils courent dans tous les sens ; montent des CV ; se chamaillent ; ne se parlent plus juste pour faire partie d’un gouvernement de deux mois. Dans le regroupement des 14 partis de l’ADP, seul le RND de Me Tapo a mis le point sur la gravité de la situation de l’école. Les autres, c’est le cadet de leur souci. L’école a cessé d’être une priorité dès lors que eux sont venus aux affaires. Et pourtant l’école a longtemps été leur fond de campagne.

Aujourd’hui qu’ils peuvent influer sur les événements, prendre des décisions parce que gérant l’école eux-mêmes, ils ne pipent mot et honni soit qui mal y pense. Je pense qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. Il ne coûte rien de reconnaître que l’école va mal. Il ne coûte rien de dire que le pacte ne marche pas parce qu’il ressemble à du plâtre posé sur une fracture dont la plaie n’est pas soignée.

Il ne coûte rien de s’arrêter un instant et de poser le vrai diagnostic et sans exclusive essayer de trouver et d’appliquer les solutions qui s’imposent. En tout cas, l’absence de grèves des élèves, l’absence de marche ne veut pas dire que tout va bien. Et ce n’est pas en tentant les syndicalistes pour qu’ils se taisent après qu’on ait perverti les responsables estudiantins que la situation pourrait déboucher sur une issue salutaire.


El hadj TBM

26 janvier 2007.