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Il n’y a rien à dire, avant même son investiture ATT sait déjà ce qui l’attend. Sur le plan politique, il lui faut tirer les leçons du consensus. Sur le plan social, il lui faudra surveiller le thermomètre qui a tendance à afficher une forte température. Sur le plan national, il lui faut garder un œil sur le Nord où une situation délétère semble s’instaurer depuis la désertion de Bahanga et de ses fidèles.

Comme nous l’avions déjà écrit dans ces mêmes colonnes, contrairement à 2002, ATT ne bénéficiera d’aucun état de grâce pour son second mandat. Sur le plan politique, le consensus ayant presque rendu ses derniers râles, il lui faudra trouver le moyen d’en faire l’évaluation afin de proposer une formule plus dynamique et moins castratrice pour la démocratie. Une formule où les hommes politiques seront traités plus comme des partenaires que de vulgaires suivistes qui ne savent qu’acquiescer sans jamais dire le fond de leur pensée.

Pour cela, l’élection présidentielle passée et les législatives qui se préparent dans la fébrilité lui fournissent un excellent baromètre et lui offrent une sorte de tableau de bord qui devrait lui permettre d’émerger du brouillard. Parce qu’aujourd’hui, s’il y a un constat unanimement partagé, c’est qu’il n’y a aucune lisibilité. Ceux qui étaient supposés être ses partenaires et ceux qu’on a présentés comme ses irréductibles adversaires ont remisé les couteaux une fois la présidentielle terminée et se tiennent bras dessus bras dessous à la faveur de la confection des listes législatives.

La vérité est qu’ils se disent tous que « ATT ayant eu sa part, que chacun se débrouille comme il peut, y compris en s’alliant avec celui qu’on a furieusement dépeint sous les traits d’un diable ». Mais j’attends de voir comment il réagira après son investiture. Parce que normalement, s’il avait vraiment le souci de disposer d’une majorité à lui, il nommerait un Premier ministre issu du regroupement politique qui l’a soutenu afin de conduire la campagne autour de son programme.

Je dis normalement parce que tout le monde s’accorde à reconnaître que dans la réalité, il n’y a plus de normes. Il n’y a qu’à voir les listes de candidats pour s’en convaincre. Allons-nous vers un autre consensus ? Tout porte à le croire. Mais personne ne sait quels seront les ingrédients qui assaisonneront le consensus du dernier mandat d’ATT.

Comme je l’ai déjà écrit, ATT a certainement souci de lui-même, c’est-à-dire comment se réhabiliter et réussir sa rédemption qui lui permettront sinon de reconquérir sa place de l’homme du 26-Mars dans l’Histoire de notre pays, du moins de retrouver une image moins écornée. Surtout qu’il ne perd pas de vue qu’aussi bien dans son entourage que dans le camp d’en face, sa succession est déjà ouverte.

Sur le plan social, il entend tous les grognements des mécontents. Tous les secteurs socioprofessionnels disposent de leurs doléances et sont prêts à en découdre. Que ce soit la santé, l’éducation, l’UNTM, tous essayent de se rappeler à ses bons souvenirs. On n’a pas encore une franche grève sur les bras, mais les ruades qui se font dans les brancards sont suffisamment audibles pour prendre les différentes menaces au sérieux.

En 2002, les animateurs du front social lui avaient fait grâce d’une année, le temps pour lui de bien s’asseoir et de tenir la direction des affaires. Cette année, il ne pourra espérer sur une quelconque attitude compréhensive. Certains, s’estimant grugés à souhait par le pouvoir, n’entendent ni baisser le ton ni baisser la garde. Ils sont déjà sur le pont et comptent bien s’en sortir avec autre chose que des promesses jusque-là pas tenues.

Pour ce qui est du Nord, je donne l’impression d’insister trop souvent et même de jouer aux alarmistes, mais par expérience, je sais qu’il ne faut pas banaliser une situation qui pourrait être dramatique. Toutes les crises qui ont connu une grande ampleur dans le Nord au commencement n’étaient que de petites désertions suivies de petites attaques petitement gérées et qui aboutissent à un embrasement généralisé. Comme on dit : petites causes, grands effets.

Après le Forum de Kidal, Bahanga et ses fidèles ont déserté les camps en tirant le coup de feu et en faisant des morts. Nous venons d’apprendre que le village de Talataye a fait l’objet d’une attaque où notre poste de sécurité a été pillé. Cela prouve bien qu’il y a une situation délétère qui s’est instaurée dans le Septentrion de notre pays. Sans gêne, ATT doit bien s’occuper de ce problème. Tous ceux qui tentent de minimiser ce qui se passe n’ont été capables ni d’empêcher ce qui s’est passé ni d’en apporter pour le moment la solution.

El hadj TBM

1er juin 2007.