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A l’annonce de la signature des accords entre le gouvernement et l’UNTM, j’ai eu la même réaction que beaucoup de mes compatriotes : où est-ce que l’Etat a pu trouver l’argent qui faisait défaut il y a seulement quelques jours ?

Voilà la question. Parce que par expérience, tout le monde sait que toute revendication syndicale, sous quelque ciel que ce soit, tourne généralement autour de l’argent.

Et quand l’UNTM déclenchait sa grève d’avertissement du 19 septembre en se réservant un droit de suite, c’est parce qu’il avait été dit lors de négociations qu’il n’y avait pas un rotin pour satisfaire les revendications.

Or, il n’est un secret pour personne qu’il n’y a que l’argent pour résoudre les problèmes d’argent.

Alors je repose ma question : où est-ce que l’Etat a pu trouver de l’argent à suffisance et en moins d’un mois pour satisfaire la centrale syndicale ? Parce que j’ai également deux autres questions que je n’ose même pas poser parce que pour moi ce serait trop gros.

Je ne les pose pas parce que je refuse de penser que la solution existait il y a un mois mais que le gouvernement a été incapable de la sortir.

Tout comme je refuse de croire que les engagements pris la semaine dernière n’engagent que ceux qui les ont signés et que c’était juste une façon de desserrer l’étau en attendant la prochaine menace qu’on espère la plus tardive possible.

En jetant un coup d’œil sur tout ce qui se passe, sur les difficultés qui assaillent les Maliens, sur la paupérisation galopante, sur la morosité des affaires, j’avoue que je ne perçois aucun élément de réponse à ma question.

Je souhaite seulement que mes craintes ne soient pas fondées, que l’Etat a de quoi satisfaire les 14 points d’accords. Sinon, ce serait grave pour l’image et la crédibilité de l’Etat.

En tout cas, ceux qui pensent que les Maliens sont des niais, qui boivent l’eau par leurs narines devraient se méfier de leur propre jugement.

Parce que les Maliens voient tout, entendent tout et savent faire la part des choses. Quand j’ai eu l’information que l’Etat malien allait être l’actionnaire majoritaire avec 66 % après le départ de Saur, j’avoue que j’ai été content.

Parce que je me suis dit que s’il y a un problème auquel dans l’immédiat l’Etat va pouvoir apporter une solution c’est bien celui des tarifs eau et électricité.

Le président de la République a fait de la baisse tarifaire sinon une question de vie ou de mort du moins un point par rapport auquel on pourrait juger pratiquement tout son mandat.

Dans un premier temps, il avait pu imposer une baisse des tarifs. Il y a eu quelques grincements de dents du côté de l’EDM dont le partenaire stratégique s’était plaint de la méthode pour le moins cavalière de lui imposer une tarification. Pour répondre à des soucis politiques, on oublie l’orthodoxie financière murmurait-on du côté de l’EDM.

Cette première baisse, hormis les initiateurs, n’a satisfait personne. Parce qu’en plus de la société, les consommateurs ne ressentaient absolument rien. Pour preuve, il y eut une seconde baisse qui a fait beaucoup de vague.

Je ne parle même pas de la mort d’un des experts de la Commission de régulation, mort que certains avaient espéré mettre sur le dos de EDM. C’est dire la tension qui régnait.

Mais malgré tout, les consommateurs se plaignaient, ATT se plaignait et ne manquait aucune occasion pour le dire, sans oublier la société qui n’est pas une œuvre de charité.

L’opinion, devant les discours répétés faisant cas de l’incompréhension à payer cher pour des produits qui nous appartiennent, commençait à se dire que l’Etat avait raison.

Finalement ce qui devait arriver arriva. Saur a été boutée hors de l’EDM quand ce n’est hors du pays. Donc je me disais qu’on allait avoir la solution à nos problèmes de tarifs élevés. Si celui qui ambitionne de baisser se retrouve aux commandes, quoi de plus souhaitable.

Mais voilà que le ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau, Hamed Diané Séméga vient gâcher notre plaisir ou disons le carrément notre jubilation.

Interrogé sur la baisse tarifaire, il a déclaré ne rien pouvoir promettre et que ce serait mensonge s’il annonçait la possibilité d’une baisse. Je croyais rêver.

Mais c’est la réalité. Celui qui demandait au partenaire stratégique que dis-je, celui qui harcelait le partenaire stratégique par rapport à des baisses possibles, se dit incapable de nous annoncer la bonne nouvelle alors qu’il est au volant. Il y a forcément quelque chose de pas net.

Mais je vois beaucoup de personnes manifester leur soulagement de voir cet instrument stratégique et de souveraineté revenir dans le giron de l’Etat.

Je ne sais pas ce que cela va donner, mais ce qui est sûr personne n’accepte de faire des investissements qui ne sont pas rentables.

On a beau s’appeler Mali, pays aimable, démocratique et stable, toutes choses qui sont autant de grains de beauté, cela ne change rien à l’implacable réalité financière.

Je ne terminerai pas sans dire un mot sur ce qui agite l’échiquier politique. Depuis le vendredi dernier, les repères semblent avoir bougé et nous sommes en face d’un véritable capharnaüm.

Le spectacle offert ne grandit pas ses acteurs et n’encourage pas les Maliens à croire aux partis. Tout est intérêt, la dignité et la loyauté, on s’en moque comme de sa première chemise.

Mais disons les choses de manière très claire. Je ne pense pas que vouloir d’une opposition coûte que coûte soit la meilleure façon de mettre fin au consensus.

Celui-ci pose problème à tous les acteurs pour la simple raison qu’il n’a pas été réfléchi encore moins conceptualisé. Il faut donc trouver le moyen d’en faire l’évaluation sans passion.

Parce que je suis convaincu que les routes se sépareront. Ceux qui attendent que le RPM aille au-delà des manifestations de dépit de la semaine dernière risquent d’attendre longtemps.

Je vois mal par exemple, outre le fait de siéger dans le bureau et de figurer dans les commissions, le RPM demander à ses ministres de sortir du gouvernement.

Tactiquement, IBK et ses hommes attendront que les commanditaires du coup de l’Assemblée nationale consomment jusqu’au bout en vidant leurs ministres.

L’avantage pour le RPM est triple : il ne court pas le risque d’essuyer le refus des ministres, ceux-ci ne pourront que sortir si on leur montre la porte, IBK sera dans la peau de l’éternel mal aimé et du toujours trahi.

Maintenant, après la passion qui a suivi ce qui n’est ni plus ni moins qu’une violation indigne des principes républicains qui fondent notre démocratie et notre pays, il faut reconnaître qu’à la limite le RPM mérite ce qui lui est arrivé.

Il a tout le temps essayé de rogner dans les acquis de ses partenaires d’Espoir 2002. Et à chaque fois, c’est l’Adéma qui vole à leur secours.

Mais il est déplorable de voir que le RPM n’a jamais cessé les assauts, a toujours essuyé des échecs et n’a apparemment pas tiré les leçons de ses déboires.

Conséquence, il a effrayé ses anciens amis et n’a pas pu se faire de nouveaux amis pour la route. Résultat des courses : à la première vraie attaque, les Tisserands ont été débordés.

Je disais que le spectacle ne grandit pas nos hommes politiques et pourrait déteindre sur l’image lisse de notre démocratie.

Celle-ci est vantée de par le monde pour les nombreux acquis et les innombrables avancées. Ce que je compare souvent aux grains de beauté qui parent notre pays. Mais depuis quelques temps, avouons que la démocratie souffre.

La dernière poussée cutanée ressemble plus à une verrue qu’à un grain de beauté. A nous de savoir faire la part des choses et d’éviter de prendre nos verrues pour des grains de beauté.

TBM

21 octobre 2005.