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Tous les moyens sont bons mêmes les non conventionnels. Conséquence, on entend très souvent des Maliens en toute bonne foi dire qu’ils n’iront pas voter parce que les jeux sont déjà faits ; ou d’autres encore pour dire qu’ils ne se fatigueront pas au motif qu’on n’a jamais vu en Afrique un président sortant sorti par les urnes (ce qui n’est pas exact). Heureusement, il y en a aussi qui estiment qu’on ne peut pas passer tout son temps à dire que ça ne va pas et croiser les bras, faire le rond des jambes sans tenter quelque chose.

Ceux qui prêchent la « bonne parole » qui consiste à déclarer que tout est joué ne rendent pas service au président ATT. Voilà un homme qui a pris son bâton de pèlerin depuis maintenant un bon mois pour mobiliser les Maliens autour des élections. Partout où il passe, en France, à Banamba, à Sikasso, à Koutiala, à Ségou, à Accra et demain dans la région de Gao, il exhorte les populations à sortir massivement pour voter pour le candidat sincère, patriote, etc. « On ne peut pas mettre 15 à 20 milliards dans les élections pour un taux de participation dérisoire » martèle-t-il. Et c’est dans son propre camp ou disons ceux qui se réclament de lui qui tiennent un discours contraire.

Il y a deux semaines, j’écrivais que le président sortant risque de traîner ses amis comme des boulets. C’était par rapport aux suspicions et aux discriminations au sein de l’ADP qui ne parvient à s’entendre sur rien du tout. Au passage, je signale que sur RFI l’autre jour, les auditeurs ont pu se demander si Me Mountaga Tall et Me Wahab Berthé de l’URD boxaient dans la même catégorie pour le même camp. Autant on a senti l’enthousiasme débordant du premier tout heureux de son poste de 1er vice-président obtenu avec 13 députés, autant on a senti la lucidité du second qui mettait en avant ce que le consensus aurait pu permettre, mais qu’il n’a pas pu faire.

Mais les difficultés que l’ADP rencontre pourraient n’être que pipi de chat comparées au zèle et aux déclarations mensongères de ceux qui pensent que la meilleure façon de montrer à ATT qu’ils le soutiennent, c’est d’exceller dans l’outrance et dans les excès. On a pu lire l’honorable Hamadaou Sylla, député indépendant, déclarer dans les colonnes de notre confrère du Nouvel Horizon après un meeting plus que mitigé à Koulikoro que « ce que ATT a réalisé en quatre ans n’a pas été fait pendant quarante ans dans notre pays ». Il ne lui restait plus qu’à dire que le Mali a commencé avec ATT. Il est clair qu’en se complaisant dans de telles déclarations, il raconte des histoires.

Et je suis loin d’être sûr qu’il rend service au président. Banamba dont il est député a eu sa route, ses logements sociaux et son accès au téléphone mobile. Comme tous les Maliens, je suis très content pour eux et de leur intégration dans le pays. Mais il sait très bien que le Mali n’a pas connu ses premières routes, ses premiers centres de santé, ses premières écoles, ses premières infrastructures avec ATT. Il y en a eu avant lui et il y en aura après lui. C’est cela le fameux passage de témoin. Chacun fait ce qu’il peut dans le temps imparti et laisse la place à d’autres. Parce que tout passe sauf le Mali. Les hommes passent, le Mali reste. Tout le reste n’est que forfanterie et propagande de bas étage.

Soutenir ATT peut se faire dans la plus grande élégance, dans l’absolue courtoisie et la totale correction. Il ne faudrait pas que par leur zèle, eux-mêmes ne donnent les verges par lesquelles eux et leur idole seront flagellés.
Pour ce qui est d’ATT lui-même, j’ai cru déceler dans certaines de ses déclarations comme de l’agacement. Et ce qui est regrettable, c’est qu’il répond généralement à ce qu’il considère comme des insultes devant les populations de l’intérieur qui ne savent même pas de quoi il parle. Présentant les faits sous les traits qui l’avantagent, il me donne le sentiment de biaiser. Sinon personne ne l’a insulté alors qu’il ramenait plus de « 500 milliards dans notre pays ».

Tout comme par rapport à son absence à Addis-Abeba, il n’y a pas eu d’insultes contre sa personne. Par rapport à l’Accord d’Alger également, il y a eu des personnes qui ont exprimé leur trouble quant à la façon dont les négociations ont été menées. Sincèrement je ne pense pas que cela vaut la peine de soulever des vagues sur un ton outré. Et j’estime qu’il n’est pas heureux dans la bouche du président d’un pays comme le nôtre qui s’est battu pour l’Afrique et qui est prêt à céder tout ou partie de son territoire pour l’unité africaine de dire qu’à Addis-Abeba il n’y a que du bavardage.

Que dire de cette propension à rappeler qu’il est un soldat à chaque fois que quelqu’un s’avise de parler de l’Accord d’Alger ? Le connaissant, je n’ose pas penser qu’il regarde les civils de haut, mais pour avoir bataillé pour ramener la paix dans certaines zones de conflits, il sait sans doute mieux que beaucoup de personnes que la guerre est une affaire trop sérieuse pour la confier aux seuls militaires.

Je ne terminerai pas sans un mot sur les femmes qui ont fêté leur journée internationale le jeudi dernier. Je pense que, sans les avoir totalement mangées, la révolution du 26 mars 1991 a mal récompensé ses héroïnes. Sans elles, le sort du pays n’aurait certainement pas basculé dans le sens qui est le sien aujourd’hui. Or, malheureusement, elles n’ont pas pu s’émanciper. Il y a certes eu des progrès, mais elles continuent toujours à meubler le décor et à jouer les applaudisseuses professionnelles. Elles n’ont aucune visibilité sur le plan politique. A la veille de l’élection présidentielle, il serait bon de rappeler qu’elles ont toujours manqué à l’appel.

En 1992, la seule femme qui ambitionnait de se présenter a subitement disparu en rase campagne. En 2002, la femme qui avait annoncé sa volonté de briguer la magistrature suprême a également disparu dans les méandres du dépôt de sa caution. Cette année, rien ne me dit qu’il y aura une femme qui aura le « courage » de participer.

Au niveau de l’Assemblée nationale, la législature en cours fut un recul en terme de représentativité des femmes. Tout comme au niveau des gouvernements successifs depuis 2002 où l’on a constaté que le nombre a baissé comparativement aux mandats d’Alpha où il y a une qui a occupé le prestigieux portefeuille ministériel des Affaires étrangères. Au sein des départements, on ne croise aucune femme secrétaire générale et on peut compter sur les doigts d’une seule main, et il en restera, les femmes chefs de cabinet.

Au niveau de la haute administration, elles sont invisibles. Il n’y a aucune femme gouverneur et seulement une comme préfète. Je dois signaler qu’il y en a deux qui président d’importantes institutions : la Cour suprême et la Médiature. Or c’est en « exposant » la femme comme chef que certains tabous peuvent tomber. Je leur souhaite bonne fête et la lutte continue.


El hadj TBM

09 Mars 2007.