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Certains pensent que c’est volontairement que le président ATT a fermé les yeux sur le passage du serment où le président « s’engage à respecter et à faire respecter la Constitution et la loi » ; d’autres, dont je suis, pensent que c’est une omission involontaire à mettre sous le coup de l’émotion et surtout de la précipitation qui a caractérisé l’un des moments les plus solennels dans un mandat : l’investiture.

Je ne voudrais pas remuer le couteau dans la plaie, mais je pense que c’est l’un des moments dans le nouveau mandat d’ATT qu’il faudrait vite oublier. Malgré la bonne volonté des uns et des autres pour faire de cette investiture une fête, de faire de l’investiture un véritable sacre pour reprendre un de mes confrères, le sentiment le plus largement répandu au sein de l’opinion nationale est que ce fut un flop monumental.

Mais malgré tout, ATT, sans être parvenu à tirer complètement son épingle du jeu, s’est un peu débrouillé. Il a pris beaucoup d’engagements qui laissent les Maliens dubitatifs. Mais comme je suis de ceux qui ne jugent que sur pièces, j’attends de voir concrètement ce qu’il fera des engagements pris à la face du monde.

Il s’est engagé à faire changer la situation, adoptant le temps d’une improvisation le slogan de campagne de Soumeylou Boubèye Maïga. ATT a promis de bâtir un Etat fort. Je pense sincèrement que personnellement il a beaucoup fragilisé l’Etat. L’appareil et ceux qui le servent ont été instrumentalisés, à tel point que la petite pointe de dignité qui commençait à poindre a hélas disparu.

Lors des deux dernières années de son premier mandat, tous les corps ont été vassalisés à son seul bénéfice. Les agents de l’Etat ont été obligés de s’impliquer dans la campagne présidentielle abandonnant toute réserve et violant les interdits qui frappent certains.

Les Maliens ont assisté, médusés, à l’apparition d’une nouvelle race de maîtres chanteurs qui, au motif qu’ils sont du Mouvement citoyen ou qu’ils sont proches de l’entourage présidentiel ou du président lui-même, ont mis le pays en coupe réglée.

En toute impunité. De ces faits et de ces méfaits, l’Etat mettra du temps à se remettre. Je ne doute pas de la volonté d’ATT de redresser la barre, mais il faudra qu’il se ceigne la ceinture parce que ceux à qui cette situation a profité le perçoivent, à raison, comme un futur ancien président. Leur agenda ne cadre déjà plus avec le calendrier présidentiel.

ATT a promis d’assainir la justice. Je lui souhaite bien du courage. Parce que s’il y a un domaine où les Maliens sont désabusés c’est bien celui de la justice. La raison du plus fort n’a jamais été autant la meilleure que durant ces cinq dernières années.

Le cas le plus illustratif est le fameux problème de Samaya opposant l’Eglise catholique à un particulier qui ne cache pas ses relations avec l’autorité et qui se prévaut de son amitié avec ATT. Mais à côté de ce cas médiatisé, personne ne peut savoir le nombre de cas où de simples citoyens sont quotidiennement victimes de déni de justice.

ATT a promis de travailler avec des cadres compétents et intègres. Et humbles j’ajouterai. Mais pour cela, il faudra qu’il commence à balayer dans son propre entourage. Je me rappelle que lors d’une de ses conférences de presse, il déclarait que pour mieux balayer, il faut commencer du haut de l’escalier pour terminer par la dernière marche.

Il sait, ne serait-ce que pour l’avoir entendu ou lu, que tous dans son entourage sont loin d’avoir été à la hauteur des missions et charges à eux confiées ; que nombreux parmi eux ne se soucient que très peu de l’Etat et de la République. D’où la capacité qu’ils ont montrée à être d’inégalables flatteurs perdant au passage le sens de l’efficacité pour se perdre dans des guerres de positionnement.

A ce niveau, je connais beaucoup de nos compatriotes qui auraient aimé le voir vider le gouvernement d’une partie de ses membres. Cela aurait été, à leur entendement, le signal qu’ATT est prêt désormais à faire ce qu’il dit.

L’investiture du président s’est déroulée 24 h avant le début officiel de la campagne pour les élections législatives. Comme tous les Maliens j’ai remarqué qu’aucun ministre n’a eu le courage de se présenter. Je pense à tous ceux qui se sont illustrés par des propos désobligeants et qui ont passé le temps à persifler.

J’aurais bien voulu voir dans le combat législatif des hommes politiques comme Choguel du MPR, comme Oumar Hamadoun Dicko du PSP, Mamadou Lamine Traoré du Miria, Seydou Traoré de l’Adéma, Oumar Touré de l’URD, Djibril Tangara et Hamed Diané Séméga du Mouvement citoyen.

Mais non, au lieu de cela, ils préfèrent jouer les donneurs de leçons. Cela aurait pu apporter un supplément de légitimité à un gouvernement qui en manque cruellement. Parce que la seule légitimité du président pourrait ne pas suffire à lui et son gouvernement.

El hadj TBM

15 juin 2007.