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La mission d’évaluation du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) qui séjourne dans notre pays a rencontré jeudi les journalistes à la Maison de la presse.

Les échanges étaient dirigés par des experts du MAEP, notamment le coordinateur de la thématique démocratie et gouvernance politique, le Dr Malick Si Mohammed, celui du développement socio-économique, A. Kaba Masabma, et Mme Rachel Moukana.

Le conseiller à la gouvernance du président de la République, Daouda Koné, le président de la Maison de la presse, Makan Koné, les patrons de presse et de nombreux journalistes ont participé à une rencontre destinée à dresser l’état des lieux de la presse dans notre pays.

« Nul n’ignore le rôle de la presse dans le développement et la promotion de la bonne gouvernance dans nos pays. Afin de bâtir un rapport qui tienne compte de la réalité et qui se fonde sur du concret, nous avons tenu à rencontrer les journalistes maliens pour discuter avec eux des réalités de ce métier, mais aussi et surtout des réalités de la gouvernance au Mali ».

Le coordinateur de la thématique démocratie et gouvernance politique, le Dr Malick Si Mohammed, situait ainsi le débat dès l’ouverture de la séance.

Le phénomène de la presse malienne est unique en Afrique, ont estimé les confrères. Près de 150 nouveaux titres ont été recensés dans la seule ville de Bamako depuis l’avènement de la démocratie en 1991. La situation de la presse au Mali est donc à l’image de la démocratie malienne.

Cependant, déplorent-ils, la plupart de ces journaux disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus. L’argent et les lecteurs étant rares, ceux qui parviennent à se maintenir à flot, le font souvent au prix de pratiques douteuses.

Les deux tiers des journaux ont des financements occultes. Certains sont financés par des partis politiques, d’autres par des hommes d’affaires influents. Parfois, ces commanditaires clandestins écrivent eux-mêmes les « reportages » qu’ils souhaitent lire et paient des journalistes pour qu’ils les publient sous leur nom, ce qu’ils acceptent sans trop de scrupules étant donné leurs salaires de misère.

Autant de pratiques qui vont à l’encontre de la déontologie de la profession.
Alexis Kalambiry, le directeur de publication des « Échos« , soulignera les problèmes liés à l’exercice du métier : difficile accès à l’information administrative, discrimination dans la sélection des journaux pour la couverture des évènements administratifs, cherté des instants (papiers, calques, encre etc.). Bref, constate-t-il, la presse écrite est sous pression constante.

D’autres insuffisances notamment le manque de formation des journalistes et les difficultés financières de leurs employeurs se répercutent lourdement sur la qualité de l’information. Dans les salles de rédaction, des enseignants, des ingénieurs et des diplômés sans emploi s’improvisent reporters.
Autres préoccupations soulevées la dépénalisation des délits de presse et la Convention collective.

« Au Mali la presse est-elle libre ? » Le cadre juridique est favorable à l’épanouissement de la presse dans notre pays, ont répondu certains intervenants. Ils ont toutefois dénoncé l’instrumentalisation de la presse par les partis politiques et les groupes d’entreprises qui s’en servent pour atteindre des objectifs politiques ou préserver des intérêts financiers.

Existe-t-il des journalistes spécialisés dans les domaines de la gouvernance et dans d’autres domaines spécifiques ? On rencontre beaucoup plus des journalistes généralistes, mais, de plus en plus les journalistes s’intéressent à la question de la spécialisation et des réseaux ont été mis en place dans ce sens.

La mission du MAEP s’est également intéressée à la lecture que les journalistes font de la crise au nord de notre pays, à la couverture des médias en période électorale.

Sur le Septentrion, le président de la Maison de presse soulignera qu’« au début de cette crise, les populations du nord revendiquaient le développement. Avec les différents programmes et projets de développement, beaucoup de progrès ont été accomplis. Malheureusement, cela s’est transformé en grand banditisme se manifestant par des attaques ».

Sur la question de la couverture des élections, il apparait que le Conseil supérieur de la communication (CSC) et le Comité national de l’Egal accès aux médias d’Etat veillent sur la couverture des activités des partis politiques en période électorale.

Très diserte sur les thèmes « corporatistes », la presse était aux abonnés absents lorsque furent abordées les questions de gouvernance politique et économique. Certains patrons de presse s’étant tout simplement éclipsés. Commentaire ironique d’un expert : la presse malienne n’est sans doute pas intéressée par la question de la gouvernance.

En guise conclusion, Makan Koné a confirmé l’existence d’une réelle liberté d’expression et de presse dans notre pays. Autres réalités dénoncées par le président de la Maison de la presse : les journalistes sont confrontés à des problèmes de formation, à des difficultés d’accès à l’information. Des réalités communes aux médias africains en général.

Doussou DJIRÉ

Essor du 15 Décembre 2008