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Invité de la Rédaction de L’Indépendant, hier mercredi 1er août, le président du CNID FYT, Me Mountaga Tall, coordinateur de la Convergence pour sauver le Mali (CSM) a évoqué avec nous sans tabou la crise que traverse notre pays. Cet homme politique émérite, démocrate convaincu et grand patriote,appelle à une transition équilibrée, apaisée et inclusive. Pour cela, l’honorable Tall pense qu’il faut aujourd’hui une union sacrée autour des trois institutions clés de la transition : le président intérimaire, Dioncounda Traoré, l’actuel Premier ministre, Cheick Modibo Diarra et l’Assemblée nationale. Il est convaincu que si l’on arrive à mettre fin aux querelles partisanes à Bamako, neuf mois suffiront pour régler le problème du nord et organiser des élections.

Quelle analyse la CSM fait-elle de la crise institutionnelle actuelle ?

Après les évènements du 22 mars, on a vu très rapidement que se dessinaient au Mali deux tendances fortes. Il y avait ceux qui ont applaudi des deux mains le coup d’Etat en disant que c’est la meilleure chose qui est arrivée au Mali depuis longtemps et ceux qui ont condamné de la façon la plus vigoureuse le coup d’Etat en disant qu’il n’y a rien d’autre à faire que de retourner à l’ordre constitutionnel.

Nous, démocrates et républicains, avons condamné et avons dit qu’on ne peut pas faire la politique de l’autruche. Il faut gérer parce que le coup d’Etat n’est pas virtuel. C’est une réalité, il faut en gérer les conséquences. Et, nous avons dit que les deux camps en présence ont besoin de se rapprocher.

En dehors des idées antagonistes, nous avons dit que nous connaissons suffisamment les hommes pour savoir que si on ne cherche pas immédiatement un espace de dialogue national inclusif, c’est-à-dire avec les partis politiques, la société civile et les militaires, trois types d’affrontement étaient à craindre au Mali : un affrontement entre les forces sociopolitiques opposées, un affrontement entre militaires maliens ou un affrontement entre militaires maliens et militaires étrangers en cas d’intervention étrangère non négociée. C’est ainsi que la Convergence pour sauver le Mali (CSM) a été créée pour servir de creuset à un tel dialogue. Ainsi, nous avons rencontré à l’époque la COPAM et MP22, bien sûr nous avons contacté le FDR et tous les autres pour des échanges.

Au FDR, nous avons demandé : » vous voulez le retour à l’ordre constitutionnel. Qu’est-ce que cela veut dire pour vous concrètement ? Est-ce que vous demandez le retour aux affaires du président Amadou Toumani Touré ? Ils ont dit non, ce n’est pas ce que nous demandons. Est-ce que vous demandez le retour aux affaires de Mariam Kaïdama Sidibé, ils ont encore dit non…Si vous ne voulez plus de leur retour, ne parlons plus de l’ordre constitutionnel, parlons plutôt d’un ordre politique…

La junte devait-elle jouer un rôle dans cet ordre politique ?

C’est ce que nous avons dit au FDR. Vous pensez que les militaires ne doivent pas être présents à cette discussion ? Mais revenez à la réalité. On ne peut pas aujourd’hui discuter de l’après coup d’Etat sans ceux qui ont fait le coup d’Etat, que ce soit au Mali ou ailleurs….

Au-delà du FDR, du MP22 et tous les autres groupements, nous avons vu les religieux, tous les religieux, le CNRDRE, le président de la République par intérim, le Premier ministre…

Quelles sont aujourd’hui vos positions?

Concernant notre position aujourd’hui, nous militons pour une transition apaisée, une transition stable, une transition équilibrée et une transition inclusive. Nous travaillons pour que les acquis restent les acquis et qu’on ne les détruise pas.

Les acquis, c’est quoi aujourd’hui ? Il y a un président de la République par intérim, il y a un Premier ministre, il y a une Assemblée nationale dont les pouvoirs ont été prorogés. Moi, je connais très peu de Maliens qui sont d’accord à la fois que Dioncounda soit président, Cheick Modibo, Premier ministre et que l’Assemblée soit reconduite.

Généralement, vous trouvez que quelqu’un est d’accord pour que Dioncounda reste, mais veut que Modibo parte. Quelqu’un est d’accord pour que Cheick Modibo reste mais ne veut pas entendre parler de Dioncounda. Quelqu’un veut que les deux premiers restent mais ne veut pas entendre parler de l’Assemblée nationale. Pour nous, il ne s’agit pas d’un choix à faire à la carte. Quand on veut la stabilité, il faut s’accommoder quelques fois de ce qui n’est pas son premier choix.

Nous disons : préservons les acquis, préservons les trois organes principaux de la transition. Autour d’eux, formons une véritable union nationale. Aidons-les chacun, faisons en sorte qu’on n’ouvre pas de boîte de Pandore en essayant de faire partir l’un ou en essayant de faire partir l’autre. Le gouvernement, tout le monde est d’accord, pour que sa base soit élargie. Mais aujourd’hui, si l’on veut faire partir Dioncounda, ses partisans vont se lever.

Si l’on veut faire partir Modibo, ses partisans vont se lever. Si l’on veut faire partir l’Assemblée, ceux qui tiennent à elle vont se lever. Nous disons, sortons de tout ça. Il faut former un gouvernement d’union nationale de façon équilibrée, de façon ouverte, de façon inclusive, mais aujourd’hui les trois organes principaux de la transition, restons avec eux si on veut la stabilité, si on veut la paix politique et sociale au Mali, voilà notre position. Il ne s’agit pas d’un combat pour ou contre un homme. Il s’agit d’un combat autour des trois organes principaux de la transition

Aujourd’hui reconnaissez-vous Dioncounda comme président de la transition? Et pourquoi vous avez été le premier des leaders politiques à être reçu par le Capitaine Sanogo ?

La Constitution, pour nous, peut régler les problèmes actuels. Il faut avoir des repères, sans repère on ne règle rien. Quels sont les principes autour desquels nous devons nous accorder ? Il faut essayer de respecter dans toute la mesure du possible la Constitution. Pourquoi dans toute la mesure du possible ? Il faut voir en quoi la Constitution règle les problèmes actuels et prendre toutes les dispositions constitutionnelles dans ce cas. Si la constitution ne règle pas certaines questions, il faut visiter l’accord cadre et, en troisième lieu, il faut appliquer les décisions rendues par les juridictions nationales en particulier la Cour constitutionnelle.

Nous devons nous accorder sur ces règles. Les deuxièmes séries de règles autour desquelles nous devons nous accorder, c’est de sortir des deux logiques que nous dénonçons aujourd’hui : la logique d’exclusion, qui consiste pour certains, à dire à d’autres : » pour ce que vous avez été dans ce pays, vous avez été responsables de tous les maux, donc vous n’avez plus droit à la parole « . L’autre logique tendant à dire « pour ce que nous avons été, nous voulons tout’’. C’est ce que nous appelons la logique d’accaparement. Il nous faut sortir de ces logiques pour aller vers un équilibre et pour tout gérer en dehors d’un prétendu fait majoritaire.

Parce qu’il n’y aura plus, dans quelques jours, de mandat national valide au Mali. Nous rentrons de plain-pied dans la gestion politique de la transition. Pour répondre à la question, nous disons à la CSM que nous sommes en train de travailler pour que tout le monde accepte les trois principaux organes de la transition, parmi lesquels il y a le Président de la République.

Je dis qu’il faut respecter la Constitution. Notre Constitution ne prévoit pas de président de la République de transition. Elle prévoit un président de la République par intérim. Nous reconnaissons que Dioncounda est le président de la République par intérim.

Et, nous demandons que les Maliens acceptent cela ; même ceux qui ne sont pas d’accord aujourd’hui. C’est un acquis, c’est conforme à la Constitution Mais, le glissement thématique avec des conséquences politiques du président de la République par intérim au président de la République de la transition, c’est un autre débat qui ne va peut-être avoir de réponse que lors des concertations nationales. Mais avant ça, il ne peut y avoir au Mali, un président de la République de transition et je crois que c’est ce que lui-même a dit et ce que l’accord-cadre dit en plus de la Constitution et c’est ce que la Cour constitutionnelle dit. Dioncounda Traoré est président de la République par intérim. Par conséquent, son poste de président de l’Assemblée nationale n’est pas vacant, on ne peut pas mettre quelqu’un à sa place. (A suivre)

Bruno D SEGBEDJI

02 Août 2012