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«Si c’était à refaire, toutes choses étant égales par ailleurs, je serais encore candidat à la présidence de l’Assemblée Nationale du Mali. Oui, je le serais car je ne regrette rien; j’avais, certes, prévu la défaite et ses conséquences et toutes ses conséquences. J’avais prévu aussi la victoire, car je n’étais pas candidat par dépit, par révolte ou par principe. J’étais candidat parce que j’avais un projet, une expérience et une ambition pour l’Assemblée Nationale du Mali».

Mais surtout pour moi, il s’agissait ni d’une querelle personnelle, ni d’une ambition personnelle à assouvir. Cependant, des questions ont été posées
Ma candidature niait elle «le fait majoritaire» ? Ma candidature mettait elle en péril la cohésion au sein de FADP ? Etait elle vouée à l’échec et par avance ?

Donner un point de vue sur ces questions essentielles m’amène à risquer quelques observations qui elles-mêmes pourraient être sujettes à discussions. Elles inspireront aussi quelques adeptes de l’injure qui n’ont que faire du débat d’idées, du débat qui est la sève nourricière de la démocratie et la raison d’être de l’Assemblée Nationale.


1- Quel crédit pour une candidature quand on n’a que 7 députés sur 147 ?

Soyons clairs : j’ai reconnu et salué la victoire de Dioncounda Traoré dans la salle Modibo Kéïta où s’est déroulé le vote en des termes univoques que je voudrais rappeler ici : «Je voudrais tout d’abord souhaiter du fond de mon coeur qu’il puisse pleinement remplir sa mission. Il y a un temps pour tout. Il y a eu le temps de la compétition à laquelle je me réjouis d’avoir contribué en faisant en sorte que l’élection du président de l’Assemblée Nationale soit un moment de débats. Mais la compétition est terminée : il y a un Président et il faut maintenant se mettre au travail et faire en sorte que l’Assemblée nationale du Mali qui est le creuset par excellence de l’expression de la démocratie puisse travailler … ».

Cela dit, examinons attentivement les chiffres : sur 142 suffrages exprimés j’ai obtenu 21,83 % soit 31 voix contre 111.
Chacun appréciera ce résultat selon la lisière qu’il porte mais je doute qu’un tel score puisse mener à Canossa. Cependant, nous devons tous, en démocratie, considérer une défaite électorale comme un fait normal. Car, voyez-vous, Dioncounda Traoré était candidat au Perchoir en 1997. Il n’a été élu qu’en 2007, dix années après.

Poursuivant l’examen des chiffres et de façon officielle, l’Adema et l’Urd disposaient de 86 élus alors que le Cnid en avaient 7. Avec 111 voix et 31 voix on constate un gain respectif de 25 et 24 voix par chacun des candidats.

Je ne peux, donc, que saluer l’estime dont m’ont témoigné nombre de mes collègues députés.

On a beaucoup parlé de débauchage au cours de ces élections. Il me semble important de préciser que jamais, pour ce qui me concerne, il n’a été question de débauchage mais d’adhésion à un programme que j’ai rendu public et qui, j’en suis certain, sera forcément au centre des actions à mener avec ou sans moi.

2- Ma candidature ne saurait, en rien, mettre en péril la cohésion au sein de l’ADP

qui n’est pas aussi fragile qu’on veut le décrire. Notre alliance, qui a déjà atteint deux de ses objectifs majeurs, à savoir la réélection de Amadou Toumani Touré et la constitution d’une majorité parlementaire stable à l’Assemblée Nationale, a surmonté la difficulté de la constitution des listes pour l’élection législative. Malgré l’existence de listes concurrentes dans presque toutes les circonscriptions, l’alliance s’est retrouvée à la fin de l’élection avec ses députés.

Le défi le plus important était, qu’en toute hypothèse, le Président de l’Assemblée Nationale soit ADP. Il en est ainsi et l’ADP ne connaîtra aucun soubresaut lié à cet épisode électoral dont la page, pour moi, est d’autant plus vite refermée, qu’à aucun moment il n’y eût de difficultés à gérer la pluralité de candidatures au sein de l’ADP.
Ni d’ailleurs le moindre problème de quelque nature que ce soit entre Dioncounda et moi même ou entre nos partis ou nos députés.

3 Enfin, en quoi peut on parler de négation du fait majoritaire ?

Je dois, à la vérité de faire, que c’est ce point qui m’a incité à faire cette contribution car j’avoue que certaines interprétations du fait majoritaire donnent le frisson.
En vérité, le fait majoritaire ne peut s’exprimer que dans un cadre démocratique qui ne saurait exister sans le pluralisme. Ensuite, le fait majoritaire ne s’exprime pas, une fois pour toute : il doit se confirmer au fil des étapes.

Sur la première affirmation aurait il été juste de dire que telle personnalité ne devait être candidat à l’élection présidentielle de 2007 parce qu’elle ne disposerait que de peu de députés au jour de sa candidature ? Assurément non !

Dans le cas qui nous concerne, si l’interprétation selon laquelle toute candidature minoritaire viole le fait majoritaire devait prévaloir, alors il n’ y aurait jamais pluralité des candidatures à l’élection d’un Président d’Assemblée.

Car, et c’est la deuxième assertion, le fait majoritaire issu de l’élection législative, valait pour cette élection et n’était pas, ipso facto, transposable à une autre élection notamment celle du Président de l’Assemblée Nationale. Il fallait, et cela est la loi presque universelle, demander aux élus de confirmer cette majorité. Sauf à vouloir du parti unique, cette nouvelle étape souffre de la compétition.

De fait, j’ai craint que l’on n’oppose, par certaines analyses, le fait majoritaire au fait démocratique. Le premier s’exerce dans le cadre du second et ne saurait en aucun cas l’exclure.
Je termine avec cette question : et si il n’y avait eu qu’une seule candidature ? Je voudrais risquer une réponse en disant que notre démocratie en serait écornée.

Bamako, le 06 septembre 2007

Me Mountaga Tall,

Député à l’Assemblée nationale

07 septembre 2007.