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Le président rentrant du FDR, Me Mamadou Gakou, est persuadé que le gouvernement actuel ne peut pas résoudre les problèmes auxquels la Nation est confrontée.

En rencontrant le Premier ministre, le 25 juillet, l’opposition a répondu à la sollicitation du Premier ministre pour un dialogue républicain. Le nouveau président du FDR se plaint : l’initiative du président Tiébilé Dramé sur le Nord a été récupérée quelque part et piétinée.

Le Républicain : M. le président du FDR, quels ont été les préalables à cette réunion entre l’opposition et le Premier ministre Modibo Sidibé ?


Me Mamadou Gakou, président du FDR :
Je félicite la présidence sortante du FDR et m’inscris en droite ligne de ses actions. Le Premier ministre, par lettre en date du 23 juillet 2008, adressée à M. Tiéblé Dramé, alors président du FDR, a sollicité une rencontre avec les leaders de l’opposition pour un dialogue républicain.

Dans la même lettre, il a souhaité que la rencontre ait pour objet un échange autour des questions d’intérêt commun touchant la vie de la Nation. Conformément à cette demande, le FDR, au cours d’une réunion extraordinaire, a accepté le principe de la rencontre et rédigé un mémorandum pour le soumettre au Premier ministre.

L’opposition que nous incarnons est une opposition démocratique. Nous ne sommes pas animés de haine mais de sincérité. Nous sommes un groupe de partis et d’associations en face desquels il y a d’autres groupes de partis et d’associations. Nous ne souhaitons pas entraîner ces organes antagonistes vers des situations sans issue qui ne serviront qu’à nous détruire ou à nous faire reculer.

Il serait bon de rappeler que le FDR – et cela m’a beaucoup étonné puisque je suis l’un des plus jeunes parmi les leaders de l’opposition – est composé d’hommes et de femmes pétris de très grandes expériences, qui ont beaucoup voyagé, lutté et qui ont donc une pratique décisive en matière politique.

En tant que nouveau président en exercice pour une durée limitée, je souhaite et cela est conforme au principe du FDR, que quel que soit le gouvernement que nous ayons, l’opposition ait à jouer un rôle de premier plan, que ce soit l’opposition d’aujourd’hui ou celle de demain.

Quand nous avons sur la conscience ou qu’il est porté à notre connaissance un problème dont nous percevons la solution et d’une importance telle que nous n’oserons la conserver pour nous tout seuls, nous la communiquons à l’autorité, à l’opinion publique et s’il le faut, à l’opinion internationale.

C’est un devoir et un droit dans l’intérêt même de la patrie, comme le disait Fily Dabo Sissoko. L’opposition que nous incarnons souhaite communiquer à nos concitoyens la quintessence de l’expérience vécue au Mali, à l’extérieur, au cours des différentes rencontres des uns et des autres avec des interlocuteurs différents et cette expérience est véritablement enrichissante.

Quels ont été les thèmes abordés au cours de votre rencontre avec le Premier ministre Modibo Sidibé ?

Les thèmes abordés sont relatifs aux soucis de la Nation qui, aujourd’hui, traverse, comme hier, des problèmes extrêmement brûlants. Il s’agit de la vie chère.

Nul n’ignore l’extrême et continue paupérisation de la population. La flambée des produits de première nécessité qui accable notre peuple, les problèmes de l’école, la crise des finances publiques, la crise du Nord, les problèmes de privatisation, nous avons souhaité la réduction du train de vie de l’Etat, bref, toutes les questions qui intéressent la Nation et que nous avons la certitude que le gouvernement en place ne peut pas résoudre. En effet, aucun problème posé depuis l’avènement du gouvernement n’a reçu de solution. Nos concitoyens sont comme tétanisés par une sorte de fatalité.

Nous ne pouvons donc pas ne pas jouer notre rôle dans un souci de participation à l’évolution de notre peuple et à la satisfaction de son bien être, ne pas évoquer notre grande tradition nationale qui est une loi de fraternité qui suppose, comme aimait le dire le président Alpha Oumar Konaré, “le partage du bien être de tous”.

Sur le plan international, contrairement à la diplomatie dynamique de notre pays, depuis l’indépendance, le gouvernement actuel est muet et absent des questions qui touchent l’univers entier et l’Afrique en particulier. Est-ce pour obéir à des puissances étrangères ou par manque d’idées, en prenant notamment le cas du Darfour ou de Mugabé au Zimbabwé ?


Le Premier ministre a-t-il vraiment décidé de travailler avec le FDR?

Le Premier ministre nous a effectivement promis et nous sommes sûrs que c’est sincère de sa part, d’établir un dialogue fréquent et durable avec l’opposition sur les problèmes de l’heure, sur toute la situation que connaît notre pays. Il nous a dit que sa porte est largement ouverte.

Ceci dit, il ne s’agit pas pour nous, d’aller le voir régulièrement pour exposer à un pater familias, à un chef de famille, ses préoccupations importantes mais chaque fois que nous irons le voir, que ce soit sur son initiative ou de notre propre initiative, nous exposerons avec la même détermination, le même sérieux, le même souci de la protection des intérêts de notre peuple et avec franchise, ce que nous ressentons, ce qui nous aura été rapporté par les adhérents, par les populations, donc par la Nation.

Il ne s’agit pas de travailler entre guillemets avec lui, il a son gouvernement, sa majorité. Nous, nous sommes l’opposition. C’est une opposition de conviction franche mais nous ne saurions ignorer que ceux qui sont en face de nous, qui sont de la majorité, qui soutiennent le gouvernement ou qui sont membres du gouvernement ont certainement, eux aussi, des réflexions pertinentes, à leurs yeux, sur les problèmes qui préoccupent la Nation.

Quant à nous, nous garderons nos objectifs et notre indépendance totale et absolue. Nous avons le sentiment aujourd’hui qu’il y a une situation et en face, des conceptions et des pratiques incompatibles avec la démocratie.

Il est donc nécessaire, pour l’évolution et le bien être de notre peuple, des hommes et des femmes attachés aux idéaux affectifs pour leurs concitoyens, de prendre les mesures nécessaires, de les porter à la connaissance du Premier ministre, avec la courtoisie que nous partageons tous, afin que nous ne restions pas dans cette situation qui est en train de devenir une impasse.

Le FDR avait proposé des concertations sur la crise dans l’espace sahélo saharien qui n’ont pas abouti à la période indiquée. L’opposition est-elle conviée aux concertations organisées par le gouvernement sur cette crise du Nord ?
A l’initiative du président Tiéblé Dramé, il y a eu une extraordinaire et féconde rencontre autour des problèmes du Nord, au Centre international de conférence de Bamako. Toutes les sensibilités y avaient été conviées et elles avaient exprimé leur conception.

Il était même prévu d’étendre à l’échelle sous régionale et régionale cette concertation. Malheureusement, cette initiative qui était issue d’un noble souci d’éviter ce que nous connaissons actuellement, a été non seulement récupéré mais quelque part délaissée sinon piétinée. Je n’ai pas connaissance, jusqu’au moment où je viens de commencer d’occuper la présidence du FDR, d’une invitation, ni sur la crise du Nord, ni sur la crise de l’école, mais je m’informerai, bien entendu.

Avez- vous eu des points de convergence avec le Premier ministre au cours de la réunion ?

Nous avons, chacun, exprimé nos préoccupations, nous nous sommes mutuellement posé des questions mais ce n’était pas dans le souci d’avoir un consensus, nous ne nous faisons pas d’illusion non plus.

Mais il faut reconnaître que les exposés, de part et d’autre ont été bien rendus, bien reçus, avec courtoisie, à la malienne, sans aucune tension d’aucune sorte de la part de qui que ce soit. Il y avait un souci d’échanger avec sincérité, détermination, sur les problèmes graves de l’heure.

Quelle conclusion tirez-vous de cette rencontre ?

Ce genre de rencontre d’ordre politique majeur, pédagogique et logique est nécessaire dans une démocratie. L’opposition est indispensable parce que c’est une sève vivifiante dont la présence et l’effectivité sont le thermomètre de la bonne santé des institutions. L’opposition d’aujourd’hui est appelée à être la majorité de demain et la majorité d’aujourd’hui est appelée à être l’opposition de demain.

C’est dialectique, sinon, autant retourner au parti unique. Nous avons tiré comme essentielles considérations la nécessité de maintenir les liens de ce genre, pour éviter l’exacerbation des points de vue et que les différentes conceptions ne soient nourries de passions suicidaires voire fatales pour notre démocratie. Majorité et opposition sont dans le même bateau.

S’il n’y a pas de solutions à la cherté de la vie, à l’école, au problème de l’approvisionnement régulier en ressources alimentaires des citoyens, à la situation qui prévaut au Nord, à la crise des finances publiques, au manque d’emplois, d’eau potable, à la précarité de la situation de nos compatriotes expatriés, à l’indifférence face aux nuisances environnementales, nous coulerons tous, qu’à Dieu ne plaise.

Cette initiative prise par le Premier ministre est à louer mais il est certain que nous aurions fait la même chose si nous étions aujourd’hui au pouvoir et même mieux, en le faisant à temps et non par privatisation.


Propos recueillis

par Baba Dembélé

28 Juillet 2008