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‘’La massue maniée par la tyrannie du surnombre ne nous impressionne guère ‘’


Il y a un côté où se polarisent les relations complexes et conflictuelles de la mémoire et de l’oubli; appelons celui-ci la majorité; et un autre qui cultive les ressorts d’une pensée et d’une action politiques originales qui privilégient l’émancipation de notre peuple, la préservation de ses droits et la conquête sourcilleuse de son bien être et qui ne cèdera jamais à un compartimentage néfaste pour la dynamique de la démocratie; appelons celle-là l’opposition.


L’opposition spoliée dans ses droits

Le projet central de la majorité, dans cette affaire, est de tenir compte de la présence en son sein de deux grandes puissances qui, comme dans la fable de La Fontaine, ne sont point prêteuses. Alors, avec 5 représentants, les 43 partis sur 45 risquent de n’avoir à se répartir qu’un seul ou deux sièges (c’est quasiment Yalta) et il leur faut donc absolument puiser ailleurs – spolier plutôt – l’opposition dans ses droits.

Le ministère de l’Administration territoriale qui a compris que cette répartition est un exercice fort délicat, a préféré inviter les partis un à un et non les regroupements. Comme pour tirer la leçon de la dernière CENI, où les blessures et frustrations causées ne sont pas sans lien avec le rôle de la justice qui a favorisé l’émergence et le maintien d’une ruse inadmissible. Les calculs qui sous-tendent la stratégie de la majorité font fi de la sémantique littéraire et juridique, de l’esprit de la loi, de la capacité offensive de l’opposition.

Voulant fausser la réalité du pluralisme, cassant la logique simple des buts de la CENI, asseyant la primauté en légitimité de l’exécutif et du législatif dans cette affaire (où il y a représentation des religieux, du barreau, de la magistrature, des droits de l’homme, des associations féminines) la majorité actuelle se croit actrice de l’univers politique présumé en tête à tête avec ses intérêts exclusifs.

La CENI n’est ni au-dessus ni au-dessous du Parlement, mais en face. Elle est en effet un enjeu qui se développe en de multiples conséquences, dont certaines fondées sur des conceptions discutables.


Le président est au-dessus de cela

Par exemple, en cette matière, le fait qu’on ait commencé à parler de ‘’majorité présidentielle ‘’, appellation erronée selon un juriste comme Elisabeth Zoller (Droit constitutionnel, Paris, P.U.F., 2ème édition, 1999, page 485) est un mauvais signe de la réinsertion plus marquée du premier magistrat dans la dynamique des partis telle qu’elle existe à un moment donné. Il y a une majorité qui se constitue pour soutenir l’action du gouvernement et le président de la République est au-dessus de cela, étant le président de tous les Maliens. Donc, le vocable, le discours et la méthode utilisés sont, en notre domaine, une massue maniée par la tyrannie du surnombre et qui ne nous impressionnent guère.

L’évocation de ces situations peut aider à faire quelques observations.

La loi électorale parle de ‘’ répartition équitable ‘’. C’est ce terme équitable que la majorité torture, parce que :

1°/ la loi a dit ‘’équitable ‘’ et non ‘’ égale ‘’

2°/ il faut procéder à la répartition par quotas.

Or, sur ces deux points, on ne saurait oublier que le mot équitable vient du latin ‘’équitus ‘’ qui signifie tout simplement égal. De manière équitable veut dire de manière égale.

Par ailleurs, nulle part, la loi électorale, en tout cas, en ce qui concerne la composition de la CENI, ne parle de quotas. Il est de tradition de ne pas lui donner une interprétation quand il n’y a pas lieu.

Alors que tous les pays s’efforcent de donner à l’opposition une place de choix au sein de la CENI, voilà que chez nous, l’on voudrait que la majorité puisse aussi contrôler et superviser à son gré les élections, dans un contexte de décentralisation que l’on nous envie.

Me Mamadou Gakou, président du FDR

Les titres et sous-titres sont de la rédaction

23 Septembre 2008