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Malgré la reconquête de nos régions qui étaient entre les mains des jihadistes et du Mnla, l’insécurité persiste dans certaines villes. Cette situation est due, en partie, à la méconnaissance du terrain et des hommes par l’armée et ses alliés. Face à cette violence dans les régions en voie de libération, le Président des Forces Patriotiques de Résistance (FPR), Me Harouna Toureh, nous a accordé un entretien. Il prône une collaboration entre l’armée malienne, ses alliés et les combattants des FPR basés à Sévaré, qui connaissent le terrain mieux que nos forces nationales.

D’entrée de jeu, il a fait savoir qu’à leur niveau ils étaient déjà convaincus que le conflit né de la présence des jihadistes et du Mnla serait loin d’être terminé avec la prise des villes de Tombouctou et de Gao par l’armée malienne et ses alliés africains et français.
Me Toureh estime que «tout d’abord, leur mode opératoire n’est pas de faire une guerre classique. Ils procèdent par des attaques en petits groupes, des harcèlements, des infiltrations périodiques. Le fait pour les jihadistes d’avoir abandonné les lieux sans combattre, nous a fait présager qu’ils allaient procéder comme ils l’ont toujours fait partout, en Afghanistan, en Iraq et au Pakistan, entre autres».

Avant d’ajouter que les FPR avaient préconisé, dès le départ, que l’armée malienne intègre les combattants des FPR au fur et à mesure de la libération de nos régions du Nord et y installe les combattants de Ganda-Koy, Ganda-Izo et autres. «Ils ont l’avantage de connaître les territoires, les hommes qui y vivent et le mode opératoire des ennemis. Je suis convaincu que la seule présence des combattants des FPR dissuaderait certains jihadistes et membres du Mnla d’attaquer. C’est pourquoi je ne suis pas surpris d’entendre le Mnla parler d’exactions. Ils nous craignent. Parce qu’Il faut savoir qui chercher. Nous savons qui chercher. Il y a un devoir urgent de collaboration entre l’armée malienne, ses alliés et les FPR».

Déjà, face à la situation actuelle, les FPR ont mené une réflexion sur les meilleures conditions de protection des populations du Nord et de leurs biens. Elles ont aussi transmis la liste complète de leurs combattants et fait une offre de collaboration et d’assistance à l’armée malienne. Car, selon Me Toureh, les mouvements d’autodéfense, dont Ganda-Koy et Ganda-Izo disposent de 6 000 combattants à Sévaré, de 9 500 dans la région de Tombouctou, de 11 000 à Gao et de 250 à Kidal. Cette puissance militaire est prête et disponible à aider nos forces nationales de défense et de sécurité.
Alors question: malgré le fait que l’armée n’ignore pas que vos troupes ont un rôle déterminant à jouer, elle reste peu disposée à vous contacter. Allez-vous indéfiniment garder vos hommes là bas? La réponse du Président des FPR est sans ambages: «non, nous n’allons pas en rester là. Quand la guerre a effectivement commencé, le 10 janvier dernier, les autorités militaires nous ont fait une promesse de recrutement de nos combattants. Ce recrutement devait débuter dès le vendredi 11 janvier et nous devions discuter de ses modalités. Je pense que, n’eut été l’intervention française, nos troupes auraient été majoritairement intégrées dans l’armée malienne. Elles seraient donc aujourd’hui en situation de faire leur devoir, défendre leur pays».

Face aux incertitudes, le célèbre avocat a martelé que les FPR étaient en train de prendre des dispositions pour que, dans les jours à venir, leurs combattants puissent rejoindre leurs localités de naissance et de résidence dans le Nord, sans armes. Il a insisté sur le fait qu’ils se mettront à la disposition des autorités locales et qu’ils formeront les jeunes (filles et garçons) dans le métier des armes. «Mais l’ordre leur sera donné de ne participer à aucun combat, à aucune bataille, tant qu’ils n’auront pas été sollicités officiellement à travers leurs responsables», a-t-il précisé.
Il faut rappeler que, depuis le début de la guerre, la conviction des FPR a toujours été que, malgré les revers militaires, certains jihadistes et membres du Mnla, du fait de l’action conjuguée des forces armées maliennes et de ses alliés africains et français, restent très dangereux, en raison de l’éparpillement organisé de leurs hommes, armes et logistique sur l’ensemble du Nord du Mali.

C’est pour cette raison qu’elles ont toujours exprimé le besoin urgent de défense des populations du Nord. Aux FPR, on a toujours estimé que celles-ci ne pourront à nouveau écumer les routes, les villages et les campagnes si elles sont dépourvues de moyens de défense et de protection sécuritaire. Malheureusement, le temps a fini par leur donner raison, avec ce qui se passe actuellement à Gao et dans certaines localités de la région de Kidal.

Youssouf Diallo

22 Septembre du 25 Février 2013