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– La défense renforcée par l’avocate sénégalaise Me Dior Diagne

Joint au téléphone par nos soins hier pour en savoir plus sur l’affaire Amadou Haya Sanogo, Me Harouna Toureh, son avocat défenseur, désormais appuyé par l’avocate sénégalaise Me Dior Diagne, a fustigé ce qu’il a appelé » la cogestion du dossier par le ministère de la Défense et celui de la Justice « . Il a dénoncé avec force le fait que «le ministère de la Défense est le maître d’œuvre de cette cabale mal inspirée contre le Général Amadou Haya Sanogo».

Comme nous l’écrivions dans notre parution du lundi dernier, c’est Me Harouna Toureh qui assure la défense du chef de l’ex-junte, inculpé et mis sous mandat de dépôt le mercredi 27 novembre dernier pour «complicité d’enlèvement de personnes». Certainement pour renforcer cette défense, deux nouveaux avocats viennent d’être constitués en appui à Me Toureh, très pointilleux en procédure pénale. Il s’agit de l’avocate sénégalaise, Me Dior Diagne, bien connue pour son expertise internationale en Droit pénal, et l’avocat malien Me Amidou Dembélé.

Selon nos informations, ce trio de conseils de l’infortuné auteur du coup d’Etat du 22 mars 2012 s’était rendu, hier matin, au lieu de détention de leur client pour s’entretenir avec lui.

Ce, après avoir eu des échanges avec le juge instructeur, Yaya Karembé. A la surprise et contre toute attente des avocats, l’officier chargé de la garde du Général quatre étoiles a opposé une fin de non recevoir à leur demande de voir leur client.

Il a expliqué avoir reçu des instructions formelles de sa hiérarchie de ne permettre à personne de communiquer avec l’ancien homme fort de Kati. Ce à quoi Me Harouna Toureh a rétorqué que « l’interdiction de communiquer avec l’inculpé ne peut en aucun cas concerner son avocat « . L’officier de garde est resté de marbre en martelant qu’il a reçu des ordres et qu’il est désolé de ne pouvoir accéder à la requête de l’homme de robe.

Selon les explications de Me Toureh, c’est sur ces entrefaites qu’il a pris soin d’appeler le Procureur général près la Cour d’Appel, Daniel Amagoin Tessougué, le bâtonnier de l’Ordre des avocats, Me Issiaka Kéita, pour leur présenter la situation qu’il qualifie de « refus de laisser les avocats de la défense exercer leur devoir « . Me Toureh d’ajouter leur avoir demandé d’intervenir pour faire respecter les droits de la défense. Ce qui fut fait après que le ton fut monté entre eux et l’officier gardien de l’inculpé.

Me Harouna Toureh n’a pas pu s’empêcher de constater que « le dossier du Général Sanogo est cogéré par le ministère de la Défense et celui de la Justice. Le juge saisi du dossier n’a aucun pouvoir indépendant de prendre la moindre décision dans ce dossier « . Et de protester : «Nous n’accepterons jamais que, quelle que soit la malveillance ou le machiavélisme des autorités en charge du dossier, les droits de notre client soient bafoués».

Il n’a pas manqué de protester contre les propos tenus par le ministre de la Défense relayés dans L’Indépendant hier disant qu’ « aucun militaire concerné par l’affaire ne sera soustrait à la justice « . Avant d’ajouter que si le ministre de la Défense se transforme en officier de police judiciaire chargé d’appréhender « les militaires concernés … », il finirait bien par devenir le régisseur de la plus grande prison du Mali. Car, poursuit-il, » il va y écrouer tout militaire qu’il voudra « .

Pour l’avocat défenseur, « le ministère de la Défense est le maître d’œuvre de cette cabale mal inspirée contre le Général Sanogo… le vrai dessein de ceux qui s’acharnent contre le Général Sanogo, c’est déjà de mettre en déroute l’armée malienne avant les conquêtes prochaines du Nord « , a-t-il conclu.

Bruno D SEGBEDJI

L’Indépendant du 4 Décembre 2013