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Dans une interview qu’il nous a accordée au Forum des peuples de Sikasso, Me Amadou Tiéoulé Diarra, avocat et président de la Ligue pour la justice, le développement et les droits humains (LJDH) établit une corrélation entre la dette et les droits humains. Pour lui, il serait difficile pour les pays du Sud d’exercer leurs droits fondamentaux en ayant sur les épaules le lourd fardeau de la dette.

Les Echos : Sur quoi fondez-vous un lien entre dette et droits humains ?

Amadou Tiéoulé Diarra :
Pour le commun des mortels, il est difficile d’établir un lien entre les droits humains et la dette. Mais, aujourd’hui, si on fait un lien, une relation entre la dette et les droits humains, c’est que ce n’est d’abord pas une invention des gens. L’Organisation des Nations unies, notamment la Commission des droits de l’Homme, a été elle-même consciente de cette situation depuis 1996, et à partir de 2000, il y a eu des résolutions importantes qui ont été prises sur la question de la dette extérieure des pays en développement. Et cette dette a pris des proportions inimaginables à telle enseigne que dans une résolution de 2000, la Commission des droits de l’Homme a posé non seulement la question des allègements, mais aussi pour la première fois, la question de l’annulation de la dette. C’est pour cette raison que nous nous fondons pour établir un lien entre la dette et les droits humains.

Les Echos : Voulez-vous dire que le paiement de la dette des pays pauvres constitue une violation des droits humains ?

A. T. D. :
Nous estimons aujourd’hui qu’il est difficile pour les Etats en développement de réaliser et d’exercer les droits économiques sociaux et culturels ; à savoir : l’éducation, la santé, la nourriture, le logement, l’emploi, l’environnement tant qu’ils continuent de porter le lourd fardeau de la dette. En ce qui concerne le Mali, il paye environ 63 milliards de F CFA de dette par an alors qu’il y a des priorités au niveau de l’éducation, de la santé, du logement… Nous estimons que le remboursement de ces dettes empêche les pays à réaliser ces droits humains notamment le droit au développement qui a été une déclaration signée par les parties prenantes aux Nations unies en 1986. Donc, le droit au développement devient difficilement réalisable tant que les dettes n’auront pas été allégées ou annulées purement et simplement.

Les Echos : L’annulation est un combat sans effet du Forum des peuples depuis maintenant six ans. N’est-il pas aujourd’hui un slogan creux ?

A. T. D. :
En principe, tout gouvernement qui a une lecture de sa situation nationale doit être influencé par le Forum des peuples. Mais je pense que la situation internationale aujourd’hui fait qu’il est difficile pour un seul Etat pris à part de faire cavalier seul et notre salut va se trouver dans la constitution des groupes de pays qui doivent faire front. Prenons le cas des pays de l’Amérique latine, au départ c’était le Venezuela seul, ensuite il y a eu le Brésil, l’Equateur et finalement ils vont constituer un front. Il faudrait que nos gouvernants au sud du Sahara se concertent pour former un bloc et essayer de ne pas tellement regarder leur relation bilatérale avec l’Occident notamment les USA ou bien l’Angleterre et respecter un peu le partenariat qu’il y a entre eux au sein de la Cédéao et de l’Union africaine.

Propos recueillis, à Sikasso, par
Sidiki Y. Dembélé

13 juin 2007.