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Le nouveau concept de l’exonération, l’approvisionnement correct du pays en denrées de première pour faire face à la soudure et au mois de ramadan, la spécialisation des commerçants chacun dans son secteur d’activité, la découverte récente d’un gisement de gaz hydrogène, la sécurisation du climat des affaires… sont des sujets abordés avec nous par le ministre du Commerce, des Mines et de l’Industrie, Me Ahmadou Touré dans une interview exclusive.

Les Echos : Quelles sont les dispositions prises par le gouvernement pour l’approvisionnement correct des populations en denrées de première nécessité ?

Ahmadou Touré : Depuis des décennies, le gouvernement a libéralisé le secteur de l’importation et de la distribution des produits alimentaires. En tant que tel, le gouvernement n’intervient plus dans le système de commande, de transport et de distribution des produits alimentaires.

C’est pour vous dire que la Société malienne d’import-export (Somiex) n’existe plus depuis des décennies. Il appartient cependant au gouvernement de créer le cadre législatif et réglementaire nécessaire pour que les opérateurs économiques qui se sont spécialisés dans ce secteur de l’alimentation voient que les autorités les accompagnent, que le cadre existe pour qu’il y ait une fluidité dans leurs opérations.

Sur la base des informations fournies par les institutions comme la FAO, le CILSS sur le déficit céréalier dans les pays du Sahel dont le Mali à cause de la mauvaise pluviométrie enregistrée pendant l’hivernage 2011, le gouvernement a entrepris un certain nombre de mesures à la fin de l’année 2011. Ces mesures vont dans le sens de la facilitation des opérations d’importations.

Le 1er mars 2011, le gouvernement a entrepris d’exonérer de la TVA, les opérations d’importation de riz. Tout commerçant qui signe les cahiers de charges, s’engage en même temps à importer des quantités déterminées pour bénéficier à partir du 1er mars d’exonération de la TVA de 18 % au cordon douanier. Pour le sucre, il n’y avait pas de difficulté particulière dans la mesure où depuis quelques années déjà, malgré l’existence de la taxe conjoncturelle d’importation (TCI) qui est de 55 %, le gouvernement a décidé de suspendre son application. Cela avait pour but d’accompagner l’approvisionnement régulier du marché, la stabilité des prix. Cette suspension était en cours jusqu’au 1er mars 2012.

Lorsque notre gouvernement est arrivé aux affaires, nous avons pris langue avec les opérateurs économiques pour faire le point des engagements qu’ils ont souscrits à travers des cahiers de charge et voir quelles sont les difficultés qu’ils rencontrent, les problèmes qui sont posés pour leur permettre de participer à la mise en place de la sécurité alimentaire pour prévenir la période de soudure. Celle-ci s’étend du début de la saison des pluies aux prochaines récoltes.

Selon les spécialistes, la période de soudure se situe entre la période de mai à septembre avec l’arrivée des récoltes précoces (maïs, certaines variétés de riz et de mil). Nous avons alors décidé d’accompagner et d’accélérer en donnant de l’emphase aux flux des opérations d’importation. Au lieu de l’exonération de 18 % de droit de douane sur le riz, le gouvernement a ajouté 10 % sur instruction du Premier ministre, soit 28 % de renonciation sur les impôts et taxes pour que les populations soient régulièrement approvisionnées en riz.

Dans cette opération, nous pensons aux populations du Nord majoritairement déplacées au sud. Nous avons demandé aux opérateurs économiques de voir au niveau du circuit de distribution comment faire parvenir dans des conditions à négocier, le riz et le sucre marchands à ces populations. Sur instruction du Premier ministre, nous avons inclus dans la période de soudure, le mois de ramadan. L’exonération est prorogée à titre exceptionnel à la fin du mois de ramadan qui commence vers le 20 juillet. Les commerçants qui souhaitent entrer dans cette opération ont largement le temps de procéder à leurs importations.

Le gouvernement a souci de sortir de ces exonérations répétées. Vous avez remarqué que depuis plus de 20 ans, chaque fois que la période de ramadan s’annonce, des exonérations et facilitations exceptionnelles sont accordées pour que les prix restent les plus bas. L’exonération, cette année, tombe malheureusement sur une augmentation du coût du dollar par rapport à l’euro. Nos commerçants importateurs qui font leurs transactions en euro seront confrontés à une légère augmentation.

Dès notre arrivée à la tête de ce département, nous avons réfléchi tout en gardant les prix de manière raisonnable, de sortir de ce cycle infernal de demandes d’exonérations pour avoir un système d’approvisionnement un peu plus stable, qui permettra aux Maliens d’avoir durant toute l’année un approvisionnement plus régulier sur le marché. Le prix sur le marché est lié à la disponibilité du produit. Plus un produit est rare, plus les prix augmentent, mais s’il est disponible, il n’y a pas de tension, les gens ne sont pas inquiets et les commerçants n’auront pas de raison de faire des augmentations.

L’opération demande beaucoup d’intelligence et de moyens. Le vendredi dernier, la tonne du riz était entre 250 000 et 260 000 F CFA prix Fob. Il faut y ajouter les frais d’approche (prix de transport, la logistique) et coût additionnels qui vont s’ajouter aux prix de revient de la marchandise. Le commerçant est obligé de tenir compte de tous ces frais pour fixer son prix, sinon son activité sera hypothéquée.

Leur activité est d’acheter pour revendre avec bénéfice. Le rôle du gouvernement est que le bénéfice des commerçants soit dans une marge acceptable afin que l’ensemble de la population malienne puisse bénéficier d’une certaine baisse.

Les Echos : Y a-t-il un cahier des charges, pour veiller au déroulement normal correct de l’opération ?

A. T. : Comme je l’ai dit plus haut, l’opération d’exonération n’est pas nouvelle. Le cahier de charges n’est pas une nouveauté dans la pratique administrative malienne. Il est inconcevable que l’administration du commerce accorde des exonérations sans suivre son application, sans calculer son impact sur à la fois les recettes fiscales et douanières donc sur le financement de l’économie nationale.

Les Echos : Des contrôles sont-ils prévus ?

A. T. : Bien sûr que oui ! Tous les commerçants signataires sont identifiés comme étant des commerçants import-export. C’est la première précaution juridique qui a été prise. Nous avons tenu à dire aux commerçants de spécifier la quantité et la variété de riz pour lesquelles ils ont souscrit. Nous les avons exhortés à respecter leurs prévisions. Nous les avons encouragés à ne signer que pour les quantités pour lesquelles ils ont les moyens techniques et financiers d’importer.

La troisième garantie que nous nous sommes donnée, c’est que nous avons jugé utile de vérifier les capacités techniques et financières à travers les lettres de confort des banques. Nous nous réservons le droit, cette année, d’exiger de la part de ces opérateurs économiques d’apporter la preuve bancaire qu’ils ont les moyens de faire ces opérations. Nous ne l’avons pas encore fait, mais nous allons l’exiger dans le cadre des compromis.

Nous sommes obligés d’aller dans ce sens, car le pays traverse une conjoncture difficile et ce sont les Maliens qui renoncent à une partie de leurs impôts et taxes pour l’opérationnalisation de l’exonération. Le but de l’opération est de donner des ressources additionnelles à ces opérateurs pour faire face aux difficultés que nous traversons. Aucune richesse ne peut leur permettre de faire cette opération sans l’aide de l’Etat et des banques. Il est difficile d’importer plus de 1000 tonnes de riz ou de sucre sans le système bancaire. Nous avons demandé à l’Association professionnelle des banques et établissements financiers (APBEF) d’avoir une attitude proactive, de facilitation d’aide, d’appui à titre exceptionnel à nos commerçants importateurs. Cela peut être d’un apport pour anticiper sur la période de soudure et de ramadan.

L’opération d’exonération a suscité un engouement extraordinaire cette année. Au lieu de deux ou trois commerçants, nous avons enregistré plus d’une cinquantaine de commerçants qui ont signé le cahier des charges. Le cumul des cahiers de charges a même fait peur au ministre de l’Economie et des Finances qui nous a autorisés pour 120 000 tonnes de riz et 80 000 tonnes de sucre correspondant à 4 mois de consommation nationale, mais ces intentions dépassent de nos jours les 500 000 tonnes pour le riz et les 380 000 tonnes pour le sucre.

Notre ambition est que les uns et les autres soient professionnels pour arriver aux 120 000 tonnes. Nous ne sommes pas inquiets sur les quantités autorisées par le ministre de l’Economie et des Finances, mais sous sommes plutôt inquiets par rapport aux capacités techniques à acheminer à temps ces denrées compte tenu des problèmes de transport auxquels j’ai fait allusion.

Les Echos : L’exonération n’est pas un fait nouveau au Mali. Est-ce que cette année, il y a des innovations ?

A. T. : Si on peut parler d’innovation, c’est son ouverture à tout le monde. Que vous soyez Malien ou étranger, dès que vous payez la patente et que vous êtes autorisé à opérer au Mali, vous êtes concerné par cette exonération. Auparavant, quand on regarde les statistiques en matière d’importation, c’est toujours les mêmes personnes qui d’habitude font partie de ce cartel, qui sont là pour importer.

En tant que ministre du Commerce, mon problème c’est déjà de m’assurer que les 120 000 tonnes de riz et les 80 000 tonnes de sucre seront là au 8 août date de la fin des opérations. Je suis en train de harceler les commerçants pour qu’au moins les quantités demandées soient là et qu’on puisse stabiliser les prix sur le marché et avoir un approvisionnement correct avant la fin de la période de soudure.

Il y a de la place pour un secteur privé dynamique dans le secteur de la distribution. Il faut que les commerçants acceptent de se spécialiser par activité. Le temps du quincaillier qui fournit l’ordinateur est passé. Je crois que les ordinateurs doivent être fournis par les spécialistes de l’informatique. Le fer à béton, le ciment doivent être fournis par le spécialiste de ce domaine. Le riz ainsi que le sucre doivent être fournis par des gens qui connaissent la filière d’importation.

Tous les secteurs peuvent rapporter de l’argent à nos opérateurs sans aucune limitation. Il n’y a pratiquement aucune filière dont l’importation est soumise à l’autorisation de l’Etat. J’en appelle au civisme et au réalisme des uns et des autres. Les gens commencent à se dire que l’on peut très bien réussir dans le commerce, mais en choisissant bien sa filière. Il y a des gens qui font le sucre et le riz depuis deux ou trois générations.

Il y a des cartels dans des pays mieux organisés, mieux structurés. Si vous allez en France, il y a un cartel à Paris. Ce n’est pas tous les importateurs-exportateurs français qui font le sucre. Ce n’est pas tous les importateurs exportateurs français qui font la farine, le blé ou le maïs. Or au Mali on se plaint. On dit que ce n’est pas ouvert, c’est fermé, etc. Que les gouvernements précédents aient eu à tenter de spécialiser en se rassurant que l’intérêt du Mali c’était un approvisionnement correct on pouvait les comprendre dans le contexte passé. Mais aujourd’hui on a ouvert, mais on voit que ça ne change pas. On est à un mois d’activité depuis qu’on est aux affaires. Le cahier de charges a été signé à parti du 14 mai, mais nous sentons que ça a du mal à démarrer.

Les Echos : Quelle est l’incidence financière de l’exonération sur le budget national ?

A. T. : En termes d’incidence pour l’Etat, nous n’avons pas encore arrêté le chiffre. Nous savons quand même quels sont les taux prévisionnels appliqués parce que l’Etat renonce à 28 % sur le sucre.

L’Etat n’appliquait pas déjà les 55 %. Je crois que c’est une bonne chose vu que l’entreprise que nous voulons soutenir exerce dans un secteur aujourd’hui où les prix sont relativement plus élevés sur le marché international. On n’a pas besoin d’appliquer la TCI. C’est pourquoi de manière très juste, très économique le ministère des Finances a suspendu l’opération.

Sur l’incidence financière chiffrée, j’aurai à vous faire le point à une autre occasion lorsque le 8 août, nous aurons apprécié les quantités qui sont effectivement rentrées sur la base desquelles nous allons appliquer les droits de douane et la TVA qui ont été l’objet d’exonération.

Les Echos : Le mois de ramadan est prévu vers le 20 juillet, à part l’exonération sur le riz et le sucre est-ce que vous avez pensé à d’autres produits comme le lait, la farine, l’huile, etc. ?

A. T. : Je dois vous dire que nos préoccupations consistent au suivi hebdomadaire de l’approvisionnement. Chaque semaine, le gouvernement est informé de la situation. Ce sera le cas tant que le gouvernement sentira qu’il y a une tension sur l’approvisionnement alimentaire du Mali. Nous avons des tableaux statistiques qui nous informent sur les quantités disponibles sur le territoire, les quantités disponibles dans les ports et les quantités disponibles sur les marchés.

Aujourd’hui, nous n’avons pas remarqué de tension particulière sur les autres produits de première nécessité ; à savoir : la farine, le lait et l’huile. Les produits sur lesquels il y a une tension, parce que ce sont les produits de consommation ultra-courante, sont le riz et le sucre. Ces produits font l’objet d’une vigilance particulière du gouvernement. Maintenant, les trois autres produits alors même qu’ils ne font pas partie de l’opération spéciale pour des raisons évidentes, nous nous sommes dits que pour l’instant il n’y a pas lieu de faire autre chose que de surveiller.

Je crois qu’à part quelques spéculations qui ne sont même plus disponibles sur le marché en termes de stock, les prix sont un peu moins élevés au Mali. Je ne sais pas comment nos commerçants font, mais que vous prenez la farine, l’huile, le sucre, le lait et le riz, nous sommes en moyenne parmi les prix les plus bas du marché de la sous-région. C’est l’occasion de dire que ça nous crée d’autres problèmes, car certains de nos opérateurs économiques profitent de cette situation pour réexporter le riz.

Le cas du gaz a été plus flagrant. Ce phénomène a créé des difficultés à nos entreprises de remplissage de gaz qu’un moment elles ont été obligées de fermer. Nous en appelons au patriotisme et au civisme des uns et des autres. Si l’Etat fait ces efforts dans cette période difficile que nous traversons, il faut qu’en tant que citoyen malien que l’on comprenne et qu’on l’accompagne. Il ne faut pas créer des problèmes supplémentaires. On a déjà assez de problèmes.

Les Echos : L’opérateur minier Aliou Boubacar Diallo a déclaré avoir découvert un gisement de gaz hydrogène dans le cercle de Kati. Qu’en pensez-vous ?

A. T. : D’abord, ce n’est pas du gaz qu’il a découvert. Il a découvert de l’hydrogène à 98 % avec deux autres pour cent d’un peu de méthane, etc. Je ne suis pas ingénieur, mais tout le monde sait qu’habituellement, les usines qui fonctionnent au gaz turbinent sur la base de méthane. Le gaz c’est le méthane, ce n’est pas l’hydrogène. Ce que je voudrais dire c’est de l’encourager. Je suis très content qu’il ait fait cette découverte parce que ça veut dire que le pétrole et le gaz ne se trouveraient pas peut-être qu’au nord occupé pour l’instant, mais que l’on pourrait en trouver aussi au sud et peut-être à quelques kilomètres de Bamako parce que le site de découverte est à une soixantaine de km de Bamako. Je suis de nature optimiste. Je l’ai reçu ici il y a quelques jours. Bien sûr que j’ai découvert à travers la presse les éléments d’information qu’il a donnés. C’est une découverte qui lui a permis de mettre en place un petit groupe pour confirmer la possibilité technique d’utiliser cet hydrogène.

Il faut savoir que la technologie, selon ses propres informations confirmées par les ingénieurs du ministère, c’est-à-dire mes conseillers techniques c’est une technologie avancée. Habituellement, les usines qui fonctionnent au gaz, ce sont des usines qui turbinent sur la base de méthane. Le réchaud, la source d’énergie classique, fonctionne au gaz. Il ne fonctionne pas à l’hydrogène parce que l’hydrogène c’est une bombe en principe, il explose. Donc il faut arriver à maîtriser cet hydrogène. Comment il le fait ? C’est un secret industriel. On ne va pas lui demander d’expliquer ce secret, mais il est clair que pour pouvoir usiner l’hydrogène qu’il a découvert, il va falloir mettre en place les technologies et des ajouts certainement.

En tout cas, le gouvernement est très content de cette découverte, parce qu’elle se situe à quelques kilomètres de Bamako entre 500 millions et un milliard de m3 d’hydrogène, selon ses premières estimations. Cela est extrêmement important. Il nous a expliqué également qu’il a acquis deux foreuses pour aller jusqu’à la dimension voulue pour découvrir le pétrole ou le méthane à 3,5 km.

Les Echos : Avec l’hydrogène, l’opérateur minier compte vendre l’électricité à moins de 10 F CFA le kilowatt. Qu’en dites-vous ?

A.T. : Il pourra faire ça le jour où il construira l’usine qu’il faut. Le groupe c’est comme l’usine. Mais, la seule question que le service se pose c’est la technologie pour utiliser cet hydrogène parce que l’hydrogène est un gaz extrêmement sensible, dangereux. Si on arrive à le maîtriser, ce serait formidable. En tout cas, le gouvernement sera à ses côtés pour l’appuyer dans la mesure de ses possibilités et selon la demande de l’intéressé pour que ce projet soit une réalité si la technologie est disponible.

On dit que la technologie existe aux Etats-Unis et au Canada, ce sont même des experts canadiens qu’il a fait venir. Très prochainement, j’irai le soutenir en visitant le site. C’est déjà prévu. Le gouvernement le soutient. S’il arrive à le faire, il sera parmi les pionniers qu’il faudra décorer dans ce pays. Parce que c’est le premier Malien à avoir découvert quelque chose d’autre que l’or.

Les Echos : Il semble qu’il y a un peu de tension au syndicat des mines. Qu’en est-il exactement ?

A. T. : Nous ne voulons pas jouer au pompier. Nous voulons créer un climat de confiance entre les entreprises minières et leurs salariés parce que les salariés sont essentiellement des Maliens. Il y a peut-être des expatriés, mais eux ne grèvent pas. Nous créons les conditions d’une négociation, d’une entente retrouvée entre les opérateurs miniers et nos travailleurs maliens. Le Mali a intérêt à cette paix sociale qui est nécessaire pour que le gouvernement puisse faire face à la seule ressource qui nous apporte des devises aujourd’hui.

Les partenaires techniques et financiers ont arrêté leurs financements. De quoi nous vivons aujourd’hui ? Pour l’essentiel, nous ne vivons que de l’exploitation de l’or qui alimente en grande partie le budget. Nous ne voulons pas de risques sur l’exploitation des entreprises qui opèrent dans ce secteur. En réalité, ce n’est pas un mouvement social national. Nous essayons de le circonscrire depuis quelques semaines.

Déjà, nous avons envoyé une délégation sur le site de Sadiola. Nous avons obtenu des assurances suite à la visite de la délégation. Mais, au dernier moment nous avons effectivement appris qu’un autre préavis de grève avait été déposé. Conformément à la loi, la commission de médiation a été mise en place à Sadiola dirigée par l’inspecteur de travail de la région de Kayes. Nous avons aussi lancé un message fort aux deux parties. Nous avons invité l’antenne locale de la CSTM et de l’UNTM à venir ici faire entendre notre message de paix. Ça s’est passé ce matin (Ndlr : mardi matin). Nous avons essayé d’établir le contact parce que c’est un problème de communication. Il y a des problèmes d’argent, mais vous ne pouvez en parler de manière constructive s’il n’y a pas de communication.

Nous avons essayé d’établir un climat de communication afin de permettre aux uns et aux autres d’arriver à de bons résultats sur le moyen et long terme et que la mine puisse perdurer. Cette mine devait se fermer en 2018, mais grâce aux découvertes de l’opérateur, la mine, avec le sulfuré profond, va être prolongé jusqu’en 2025. C’est une bonne chose. C’est le moment d’appeler les uns et les autres à coopérer pour avoir un climat social apaisé. Je pense que nous avons été entendus.

En tout cas, je l’espère pour que le préavis de grève soit suivi d’effet et qu’il y ait la place pour la négociation. La grève est prévue pour demain (Ndlr : mercredi), mais nous espérons qu’avec les échanges qu’on a eus, l’appel sera entendu. Parce que le pays traverse une période difficile. Un jour d’arrêt de production, c’est un jour d’arrêt de recettes en moins pour les services des impôts et de la douane.

Dans un tel contexte où les bailleurs de fonds nous observent, il faut qu’on donne des signaux forts. Deuxième aspect, c’est le signal que nous envoyons à nos investisseurs parce qu’il est difficile de trouver des Maliens qui ont les moyens nécessaires pour développer une mine, donc nous avons besoin de ces investisseurs. Les investisseurs ne viendront que s’il y a la paix sociale. La paix sociale fait partie de l’amélioration du cadre des affaires. Nous avons appelé les uns et les autres à oublier leurs intérêts particuliers qui seront pris en charge quand la situation du pays redeviendra normale.

Propos recueillis par

Abdrahamane Dicko

Sidiki Doumbia

Les Echos du 7 Juin 2012