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Le paysage politique malien est en mutation au gré des fusions entre partis politiques et retrouvailles entre membres d’un même parti. Le Rassemblement National pour la Démocratie (RND) de Me Abdoulaye Garba Tapo n’échappe pas à cette logique. Mais pourquoi une fusion entre le RND et l’Adema ? Opportunisme ou réelle conviction ? Que peut apporter l’un à l’autre ?Autant de questions que nous avons posées au leader du RND qui répond sans fard.

Pour l’ex-ministre de la justice, l’émiettement du paysage politique reste une des plaies de notre démocratie.


Le Républicain : Pourquoi une fusion entre le RND et l’ADEMA ?


Me Abdoulaye Garba Tapo :

Je pense que vous êtes mal placé pour me poser une telle question. A longueur de journée, vous dénoncez cette profusion de partis qui, au fond, ne rapporte pas beaucoup d’efficacité aux débats politiques. Donc le fait de se fusionner rend beaucoup plus fort un parti comme le nôtre.

Maintenant pourquoi avec l’Adéma, cela a fait l’objet d’une mûre réflexion. Depuis le RDP, nous avons travaillé avec eux, ensuite nous nous sommes retrouvés dans le premier gouvernement de l’Adéma. Quand le RND a été créé, nous avons fait liste commune avec l’Adéma, cela nous a permis d’avoir notre premier député en 1997 à Bamako en la personne de Natié Bogodogo.

Ensuite, nous nous sommes retrouvés dans le gouvernement d’IBK. Nos relations avec l’Adéma ne datent pas d’aujourd’hui.
Ce qui nous a marqué, c’était le respect dont nous avons bénéficié et sur ce point, je ne pouvais pas ne pas rappeler l’apport des gens comme Alpha Oumar Konaré, IBK, Ali Nouhoum Diallo et bien d’autres qui nous ont réellement soutenu parce qu’ils ont compris que nous ne sommes pas là pour des intérêts personnels, mais dans l’intention de bien faire.

Et cette disposition d’esprit s’est toujours maintenue dans le respect et a été préservée par les dirigeants actuels de l’Adéma comme Dioncounda Traoré et autres. Et c’est ce qui explique la facilité avec laquelle cette fusion est en train de se faire. Nous sommes le premier, peut-être que d’autres partis ont eu des rapports étroits avec l’Adéma. J’avoue que du point de vue respect et considération, rarement autant de considérations pour un parti comme le nôtre.

C’est ce qui explique cet événement d’aujourd’hui alors que d’autres partis ont bien frappé à la porte de l’Adéma avant nous qui cherchent à fusionner avec eux.

Le RND a-t-il accepté cette fusion avec l’Adema par opportunisme politique ou par conviction fondée sur les retrouvailles entre formations politiques ?

J’aurais souhaité porter RND plus haut et en faire le premier parti. Mais tout le monde sait comment les jeunes partis fonctionnent au Mali avec les difficultés.
Mais quand vous regardez les dernières élections municipales et quand vous regardez les conditions dans lesquelles nous nous sommes battus parce que je venais de sortir du gouvernement à un mois des élections et quand vous regardez les résultats, nous sommes arrivés 11e sur le plan national avec des percées dans les localités de Koutiala où nous avons obtenus 47 conseillers, la ville de Kayes où nous sommes arrivés en 5e position avec 3 conseillers.

Je ne parle pas de Kati encore moins de Mopti où tout le monde sait que nous sommes la première force politique. Nous avons compris que pour préserver ses acquis, on ne peut pas le faire tout seul. Dans la vie, quand un homme ne connais pas ses limites il va droit au mur. Aujourd’hui, nous avons des acquis et des potentialités, nous avons jugé nécessaire qu’on n’a pas les moyens de maintenir cette potentialité. Et réellement on ne nous a pas facilité la tâche : le RND est l’un des partis qui a pris le plus de coups.

Aujourd’hui, l’image du RND est intacte. Le réalisme commande justement de se renforcer pour que les efforts ne soient pas vains, qu’on puisse continuer à nous compter sur la scène politique, à faire passer notre message.

Qu’est ce que le RND peut réellement apporter à l’Adema en terme de poids politique ?

Vous le connaissez, ce n’est pas des enfants de chœur c’est des politiciens rodés. Si vous voyez que l’Adéma a mis tant de solennité, je pense que cela n’est pas un fait du hasard.

L’Adéma est un parti avec qui nous avons beaucoup fait, nous ne sommes pas trop forts sur le terrain comme eux mais ils connaissent notre combativité et notre détermination. Quand nous avons commencé le RND, par mauvaise volonté on nous a traité de partis régionalistes en 1997, compte tenu de nos résultats à Mopti dont je suis originaire et où ma famille a une forte assise. Les gens se sont pressés pour nous traiter de régionaliste.

A l’époque déjà, autant à Mopti qu’à Kati, nous avons fait jeu égal avec l’Adéma. Que ce soit aux les élections municipales de 1998 et les dernières élections, nous sommes arrivés 1er à Mopti et 2e à Kati, nous avons 47 conseillers à Koutiala, 3 à Kayes. C’est vous dire que nous avons une certaine présence sur le terrain. Notre capital le plus précieux, c’est peut-être le nombre d’élus qui n’est pas négligeable, nous avons une grande crédibilité sur la scène politique.

Cette crédibilité ne sera pas inutile pour l’Adéma. Nous sommes un partenaire très fiable, indépendant d’esprit qui ne se laissera pas marcher sur les pieds, qui dira ouvertement ce qu’il pense. C’est ce qui explique aussi l’aboutissement des négociations.

Quel message avez-vous à adresser aux responsables des autres petites formations politiques ?

C’est-la seule voie à suivre, mais ce n’est pas une voie facile. Aujourd’hui, les grands partis ne sont pas des enfants de chœur, ils seront peut-être avec des gens avec qui ils pensent pouvoir faire quelque chose. Pour la plupart des partis, je ne vois pas d’autre salut que celui-là. Il est difficile pour un chef de mouvement du point de vue sacrifice et les résultats obtenus, mais il est très difficile de faire mieux que ça.

Parce que tout simplement, nous nous sommes montré très différent de la plupart des autres partis à tel point que nous agaçons même beaucoup de partis et nous avons pris beaucoup de coups. Aujourd’hui, nous nous donnons les moyens d’en prendre moins et aller dans un ensemble équilibré qui aujourd’hui a l’impression de gagner dans cette histoire autant que nous.

L’Adéma a des moyens plus que nous, mais nous avons notre image qui est considérable. Ils savent aussi qu’on ne vient pas pour vivre dans leur miel, nous allons apporter les moyens, nous allons nous battre avec détermination. Ils savent que sur ce plan ils ne seront pas perdants.

Il y a un homme politique qui a dit que les partis n’ont pas de crédits sur la scène politique. Quelle est votre réflexion sur ça et la position du parti par rapport aux critiques des citoyens ? Est-ce qu’aux élections de 2012, vous pensez que les partis pourront faire le poids ?

Je pense que les partis peuvent toujours faire le poids, mais c’est aux partis de se remettre en cause. Quand vous dites que les partis n’ont pas globalement de crédits, c’est tout à fait réel. C’est par rapport à leurs comportements, quand vous regardez la façon dont les élections se passent, les gens tiennent des promesses et la plupart des temps, ces promesses restent lettres mortes.

Une fois que le parti atteint son objectif et une fois aux commandes, les dirigeants tiennent compte de tout sauf de l’intérêt général. Et c’est ce que j’ai dis, tout ça, c’est que les partis généralement perdent leur crédibilité et non le respect qu’ils peuvent inspirer.

La réalité, je ne me vante pas, tout le monde nous a pratiqué quand même par rapport à la démarche que j’ai dis. D’abord, ils nous ont pratiqués, ils savent que les principaux responsables du RND face à eux ont toujours su faire preuve de retenue. Nous avons toujours démontré que ce qui comptait pour nous, c’est d’abord d’être respecté.

Et vraiment, ils nous ont respectés. Ils savent que personne n’a jamais vu le RND courtiser qui que ce soit un jour : nous avons eu des rapports sains avec tout le monde, des rapports francs et même souvent difficiles. Pour ce qui nous concerne quand même, je pense que cela nous a permis de garder une certaine crédibilité et qui nous tiendra beaucoup à cœur.

Et en venant à l’Adéma aussi, nous venons avec cet esprit-là.

Qu’est-ce que vous pensez de la relecture des textes fondamentaux, dont la Constitution ?

Franchement, je suis un juriste praticien, et je dis aux gens que la solution n’est pas toujours dans la modification des textes. Les gens ont presque l’impression qu’en changeant les textes, les choses vont bouger d’elles-mêmes. Je dis que c’est faux. Il y a rarement de mauvais textes. Tous les textes déjà en une certaine manière sont de bons textes.

C’est peut-être par rapport au contexte dans lequel ils ont été édictés. Prenez les élections dernières, il n’y a aucun texte qui dit aux gens de voler ou de tricher sur le terrain.

Donc, si les gens déjà respectaient l’existant, moi je pense que ça peut permettre de tenir une certaine crédibilité. Nous avons beaucoup de lacunes parfois et surtout au Mali où au fond, et c’est ça qui fait la particularité des textes. Souvent beaucoup de textes sont votés principalement par malveillance sans tenir compte même de l’intérêt général.

Moi, je donne un exemple que j’ai toujours dénoncé. Prenez le cas des députés où justement dans notre pays la suppléance n’existe pas. Alors que dans tous les pays d’aujourd’hui au Niger, au Burkina où que vous alliez, vous trouverez que cette suppléance existe.

Parce que tout simplement que cette suppléance permet d’éviter que quand un député décède ou bien en tout cas, disparaisse, qu’il n’y ait pas d’autres élections qui vont entraîner des coûts inutiles.
Donc au Mali, les gens ont toujours refusé en disant que le député élu risque de se faire peut-être tuer par son suppléant pour le succéder. Donc, c’est justement pour des considérations futiles comme celle-là qu’on refuse d’adopter la suppléance. Donc, il y a beaucoup de textes comme ça.

Moi je prends même l’exemple des cumuls. Dans tous les pays du monde, il y a un certain cumul. Mais le Mali est le seul pays par exemple où il y n’a aucun cumul parce que tout ça aussi, c’était dirigé contre quelqu’un à l’époque, le député maire de Ségou. Alors qu’en réalité aujourd’hui on peut bien admettre qu’une seule personne puisse occuper un mandat national et un mandat local.

Ça permet à des talents d’aller se manifester dans les régions au lieu de rester seulement au niveau national. Alors qu’actuellement tout le monde sait que nous souffrons de manque criard de cadres.

Donc, il y a beaucoup de choses comme ça, qu’on peut peut-être modifier. Mais il ne faut pas croire que la solution miracle résiderait dans ce changement de textes tant qu’on n’aura pas justement changé les mentalités, tant que les gens ne se seront pas remis en cause et tant que surtout des nouveaux acteurs ne viendront pas dans la chaîne politique.

Birama Fall

30 Avril 2008