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Le Parti du développement économique et la solidarité (PDES) a été porté le week-end dernier sur les fonts baptismaux, avec une révision de casting, et certainement, des réserves de Koulouba.

 » Le scénario de départ retenu pour la création ‘du grand parti’ d’ATT, n’était pas ça », affirme un proche du général. En effet, selon le premier scénario, c’était dans la droite ligne de la politique de consensus, « fédérer les mouvements et partis », de manière à avoir une grande entité acquise à la cause ATT et prête à poursuivre son œuvre après son retrait officiel en 2012.

Cependant, le Mouvement citoyen donne l’impression d’avoir changé le casting. Séméga et ses proches semblent pressés d’aller en besogne, puisqu’ils ont lancé le parti le samedi 17 juillet 2010, avec tout ce qu’ils ne devaient pas se permettre, pour pouvoir « rassurer » les alliés possibles. Des partis politiques, des entreprises de débauchages, de coptation et de ralliement furent organisés.

La moisson fut maigre, pour ne pas dire insignifiante. En dehors de Ndiaye Bah et d’une quinzaine d’anciens du Cnid/Fyt, aucun autre déserteur d’aucune autre formation politique n’a pris le départ. Aucun leader d’envergure d’une autre formation n’a répondu à l’appel. Certes, une petite poignée de personnalités de la société civile, dont le président du Conseil économique, social et culturel (CESC), ont été coptées. Mais on est vraiment loin du compte.

Le parti, à peine né, revendique déjà 20 députés, qui ne peuvent être que des nomades. Il se chargera « de tous les opportunistes qui pensent pouvoir faire carrière à ce niveau » et souvent qui ont détruit leur parti au profit de cette entité quelque peu hybride, en tout cas sans âme. Un bureau provisoire a pris les commandes, sans aucune consultation avec la base. Ce bureau pléthorique, pour un bureau de « mission » (127 membres) est censé organiser le congrès en 2011 et procéder à l’implantation des cellules représentatives du parti dans toutes les contrées du pays.

Quid d’Ahmed Sow ?

Point besoin d’être un expert politique pour prédire que ce sera la chronique d’un échec annoncé. A cela s’ajoute déjà un problème de leadership. Hamed Diané Séméga, de l’aveu même de nombreux membres, « ne fait pas l’affaire » du fait de son manque de charisme. A vrai dire, il ne fait pas le poids face aux présidentiables des autres partis.

Contrairement à ce qui se dit, ce n’est pas le scénario voulu par le président ATT. Du coup, contre mauvaise fortune, il a fait bon cœur : en laissant faire, mais, selon nos sources, il aurait demandé à certains de ses « boys » de rester en marge.

Parmi ceux-ci, Ahmed Sow. Pressenti un moment pour diriger le nouveau parti, le Dr. Sow ne fait pas partie du bureau exécutif. Père du PDES originel, il est mis en réserve du parti avec un poste de 1er président d’honneur. Plusieurs raisons expliquent la « retraite » de la tête pensante de la galaxie ATT.

Primo : depuis sa démission du gouvernement, il est à la tête d’une importante structure financière dont la gestion l’amène souvent hors du Mali. C’est dans ce cadre qu’il a mobilisé des financements pour des infrastructures pour le Mali, pour l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) et pour d’autres pays africains, dont, entre autres, l’autoroute et le pont de Koulikoro, le barrage de Gouina… Le président craint que « son conseiller personnel » ne se « disperse » en prenant une part active dans le nouveau parti.

Secundo : ATT le réserverait pour « d’autres missions », ce qui fait qu’il n’a pas voulu qu’il soit trop marqué politiquement pour ne pas le gêner dans ses actions futures. Fidèle parmi les fidèles du président, son absence à la tête de la nomenclature active du PDES ne manquera cependant pas de susciter bien de questions chez les militants.
Certains proches disent aussi que ce sont les mêmes raisons qui ont amené le Premier ministre Modibo Sidibé à prendre totalement ses distances vis-à-vis du nouveau parti.

Le PDES, dans tous les cas, dans sa forme actuelle, naît avec des tares congénitales : il devra se convaincre et convaincre qu’il est un parti, qu’il n’est pas un parricide, un liberticide ou un « particide » ; qu’il n’est pas non plus un conglomérat de personnes qui craignent l’après-ATT. Des tâches pour le moins herculéennes.

Alexis Kalambry

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PDES :Les incongruités d’un président

En reconnaissant que « l’émiettement des forces politiques contribue dangereusement à affaiblir la démocratie, à discréditer le jeu politique et à porter atteinte à la capacité de proposition et d’actions des partis politiques », le ministre de l’Equipement et des Transports, Hamed Diané Séméga, président du Parti pour le développement et la solidarité, a finalement admis le tort que son ex-association, le Mouvement citoyen, a fait aux partis politiques légalement constitués.

L’appel fraternel qu’il a lancé aux partis politiques à initier une forme de partenariat mutuellement avantageux, voire une forme d’union organique ou d’action risque fort de tomber dans des oreilles sourdes. Pour naître, le PDES a déjà puisé dans le vivier de partis politiques comme le Congrès national d’initiative démocratique (Cnid/Fyt) de Me Mountaga Tall.

Tous les démissionnaires du moins ceux dont on a beaucoup parlé dans les médias en l’occurrence Ndiaye Bah, Abdoulaye Diop et le maire de Ségou Ousmane Simaga ont rejoint le PDES.
Ils ont été accueillis à bras ouverts. Me Tall aura d’ailleurs la malchance d’occuper un fauteuil à côté de Ndiaye Bah au lancement du PDES. La création du PDES a sans doute affaibli le parti du Soleil levant et tout porte à croire qu’il ne sera pas le seul parti à pâtir de ses fredaines.

Si M. Séméga était sincère dans ses déclarations, alors la logique voulait que le PDES refusât les militants qui démissionnent de leurs formations politiques pour rejoindre ses rangs. Or, sans cela, le PDES ne serait pas.

Denis Koné

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Micro trottoir : Du Programme au parti, les avis divergent !
En marge du lancement du PDES le 17 juillet 2010 au CICB, nous avons rencontré des Bamakois qui ont bien voulu nous livrer leurs sentiments sur ce nième parti politique.

Amadou Tall (commerçant) :

 » Il n’y a qu’au Mali qu’on voit ça. Comment peut-on accepter une chose pareille ? En plein mandat un indépendant se mue en militant d’un parti politique. Nos hommes politiques ne se rendent pas compte de ce qui passe. Ils ne mesurent pas la portée de leurs actes, mais c’est une agression faite à la démocratie ».

Moumoune Traoré (jeune diplômé sans emploi) :

 » Le changement du Mouvement citoyen en parti est une bonne chose. C’est la continuité des actions de l’initiateur de ce programme, le président ATT. Il a changé le visage de notre pays à travers de nombreuses infrastructures. En plus, pour réussir, il faut faire partie d’une mouvance politique surtout celle au pouvoir. Mais celui-là est un parti pour un vrai développement ! »

Vieux Samassékou (manœuvre) :

 » Tout cela n’augure rien de bon ! Le manque d’expérience fausse votre analyse. Je pense qu’il est toujours bon de partir quand les gens vous portent encore dans leur cœur. Ce que tu n’as pas fait au début ce n’est pas à la fin que tu dois le faire ».

Mamadou Dia (fleuriste) :

 » J’espère que ce parti réussira là où les autres ont échoué ».

Mme Haïdara Aïssata Cissé (député élue de Bourem) :

 » C’est une bonne chose en soi. Il permettra de coordonner les efforts pour un meilleur résultat. En tant que membres du PDES, nous nous battrons pour atteindre nos objectifs ».

Propos recueillis par

Aminata A. Lah (stagiaire)

19 Juillet 2010.