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Aujourd’hui, il n’est un secret pour personne que l’Ecole malienne est malade, malade de son système éducatif, de son administration, de ses élèves et étudiants, de ses autorités… Toute chose qui explique d’ailleurs l’organisation, il y a seulement une semaine, d’un Forum national sur l’éducation.

Que vaudraient donc les recommandations du Forum, si chacun des acteurs de l’Ecole ne se mettait pas en cause, pour ensuite procéder à un changement de comportement nécessaire? Quelle est donc la part de responsabilité de chacun des acteurs de l’Ecole?

Sans vouloir transformer l’administration scolaire et universitaire en bouc émissaire, il faut néanmoins reconnaître sa très grande part de responsabilité dans les désordres que l’école, particulièrement l’université, a connus et vécus ces dernières années. L’une de leurs raisons est certainement l’inadéquation des structures administratives chargées de gérer les différentes institutions (directions d’académie, facultés et autres grandes écoles, etc).

Une autre raison, ce sont certainement les intérêts personnels liés à la gestion financière anarchique et sans contrôle efficace non seulement des bourses, mais également des avantages financiers du corps professoral et du personnel administratif. S’y ajoute la corruption liée à la mauvaise gestion des évaluations permettant d’avoir accès aux diplômes.

Le corps professoral se sent également surmené par l’excès de de procédures bureaucratiques et autres paperasseries, des cursus trop anciens, la rareté des ressources et le caractère trop élevé des coûts de fonctionnement. En même temps, la tentation de corruption est grande à ce niveau.

Ainsi, certains imputent cette situation à la faiblesse des salaires et des indemnités, à la préoccupation des parents d’élèves de voir leurs enfants réussir aux examens, à l’enfreinte -contre rémunération financière- des règles académiques et déontologiques d’organisation des examens et de proclamation des résultats définitifs.

D’un autre côté, ce sont des élèves et étudiants qui, eux, sont frustrés du fait de leurs différents échecs dans leur cursus scolaire, et qui sont tentés de rester étudiants boursiers, un statut nettement meilleur à celui de “diplômés sans emploi”.

Aussi, l’origine sociale de la grande majorité des étudiants explique l’ambivalence dans laquelle ils se trouvent plongés et augmente d’autant plus leur frustration. Car il y a, pour eux, la nécessité de finir leurs études, condition sine qua non pour obtenir un emploi ; l’incertitude liée au développement du chômage dans le pays et l’incapacité pour eux-mêmes de se créer un emploi, à cause de l’inadéquation entre la formation reçue et les besoins de l’économie.

Il s’y ajoute aujourd’hui une autre frustration : celle des étudiants d’institutions privées d’enseignement supérieur, dont les diplômes sont parfois non reconnus par l’Etat. Ce qui empêche ces diplômés de participer aux différents concours de recrutement dans la Fonction Publique, mais également de bénéficier des avancements administratifs auxquels ils peuvent prétendre dans cette Fonction Publique.

S’agissant des parents d’élèves et la société en général, il faut reconnaître que tous les parents -aussi bien ceux de la classe moyenne que ceux des milieux plus modestes- continuent de voir dans l’école le meilleur moyen, pour leurs enfants, d’accéder à une positon sociale enviable, notamment dans les rouages de l’appareil d’Etat (à travers la fonction publique) auxquels ils n’ont eux-mêmes cessé d’aspirer.

Mais, vu la qualité médiocre de l’éducation dispensée sur place et la concentration des établissements d’enseignement supérieur sur Bamako, ces ambitions se heurtent à la tendance à la reproduction des inégalités entre régions, entre catégories sociales, etc.

Le contexte de pauvreté généralisée est venu s’ajouter à la difficulté : ainsi, le rôle de la bourse change, dans la mesure où la bourse devient, pour les étudiants des milieux les plus modestes, un moyen pour venir en aide à leurs familles. Du coup, certaines familles sont plus intéressées par le prolongement de ce statut “d’étudiants boursiers” de leurs enfants, plutôt que par cette situation de “diplômés sans emploi”.

Enfin, il y a la faiblesse du pouvoir politique qui, d’une part, s’est retrouvé coincé entre les exigences et contestations des étudiants et les pressions des bailleurs de fonds, et d’autre part, l’hésitation de la classe politique face aux agissements des étudiants.

A ce niveau, il convient de rappeler la position-clé de ces étudiants, dans leur rôle de “martyrs ayant fait tomber le Général Moussa Traoré”, et qui, durant la période de la Transition et au début de la Présidence de Alpha Oumar Konaré, leur avait valu une place d’honneur, à eux et à leurs doléances.

Moussa TOURE

12 Novembre 2008