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L’arrivée massive de réfugiés maliens estimés à 67 000 dans le camp de M’Berra, à 10km de Bassiknou, en Mauritanie, a bouleversé la donne sociale et économique. Pression sur les points d’eau et le pâturage, flambée des loyers, voire du coût de la vie…, l’hospitalité des autochtones de Bassiknou est plus que jamais éprouvée.

jpg_une-2319.jpgPlus rien n’est comme avant à Bassiknou, petite localité jadis paisible d’environ 15 000 âmes dans le Sud-Est de la Mauritanie. Située à 70 km de la frontière, Bassiknou a subi, de plein fouet, la détérioration de la situation sociopolitique au Mali voisin. Entre le début de la rébellion, puis l’invasion du Nord-malien par des groupes djihadistes et l’opération franco-africaine de libération, sa population a été multipliée quasiment par cinq.
Du coup, l’afflux des réfugiés a fait de Bassiknou, la 3e ville du pays en termes de populations. Alors que le département de Bassiknou compte 47 000 âmes, il abrite un imposant camp de réfugiés, soit près de 67 000 déplacés. « On sait que la société paie un prix pour cela, qu’il y a une pression sur les infrastructures », reconnaît le hachem (préfet), Yahya Ould Houssein. « J’explique cela pour que vous compreniez pourquoi les gens posent les problèmes d’eau et de pâturage comme méfaits de l’arrivée des réfugiés », poursuit-il.

La ville a un besoin pressant d’eau et de logements. Cette pression s’explique, en partie, par le fait que la plupart des réfugiés sont arrivés ici avec leur bétail. Il y a aussi la présence des sociétés exploitant les ressources naturelles. Face à ces problèmes, l’espoir est pourtant permis. Le Comité international de la Croix-Rouge va construire trois nouveaux forages et sept bornes-fontaines dans la ville. « Il faut étendre le réseau d’adduction d’eau pour desservir la périphérie », préconise Yahya Ould Houssein.

Plongée dans l’immense désert mauritanien, Bassiknou croule sous le poids des réfugiés. « Nous avons accueilli les réfugiés à bras ouverts. Mais force est de constater que cela a eu un lot de méfaits. Nous reconnaissons qu’il y a des problèmes d’eau et de pâturage. Il n’y a pas eu d’incidents avec les réfugiés. Bien au contraire, nous vivons en parfaite cohabitation », explique le maire de Bassiknou, Youba Ould Mohamed. Un avis que partage d’ailleurs le chef du bureau du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Selon Houig Etyemezian, la Mauritanie donne un bon exemple d’asile : « les réfugiés y sont traités comme des frères ; il y a aussi la sécurité sur le camp, je dirai que l’assistance mauritanienne n’est pas quantifiable en devises ».

Mais, la présence des réfugiés n’a pas que des effets négatifs. En effet, le prix du loyer a grimpé. « Les gens ont commencé à construire pour bénéficier de cette flambée des prix », dit le préfet Yahya, arguant que cette situation a influé sur la main-d’œuvre. « Il y a des maisons qu’on loue ici à 50 000 ouguiya, alors qu’avant, elles étaient à 20 000 ouguiya ». A cela, il convient de souligner que la main-d’œuvre a été recrutée par les ONG travaillant sur le camp. Par contre, les réfugiés louent les efforts consentis par les autorités mauritaniennes pour leur garantir un accueil paisible.

« Nous sommes loin d’être des séparatistes »

A M’Berra, le camp s’étend à perte de vue sur un plateau de sable dans le désert mauritanien. Son accès se fait en voiture ou à moto. Il faut emprunter des pistes bien connues des conducteurs du coin pour y parvenir. Dès l’entrée du camp, c’est l’immensité des tentes implantées çà et là qui attire l’attention. Des gendarmes mauritaniens contrôlent minutieusement les va-et-vient. Le capitaine de la compagnie de gendarmerie qui assure la sécurité du camp explique que l’accès au camp se fait par une seule entrée. Face à eux, une gare improvisée sert de point de départ pour les déplacés qui souhaitent effectuer des courses à Bassiknou ou encore à Lerré (Mali). « Le camp n’est pas clôturé, mais il existe une cordon de sécurité. Personne ne peut s’infiltrer », rassure le capitaine Sidi Ould Mohamed Gedou.

Le camp a enregistré deux vagues de réfugiés : ceux qui sont arrivés dès l’éclatement de la rébellion touarègue, en janvier 2012 et ceux qui ont fui après l’opération Serval. Tous viendraient de la région de Tombouctou. Les déplacés de la seconde vague ont commencé timidement à rentrer au Mali, leur nombre est estimé à 5000. En revanche, les réfugiés de 2012 sont encore là. « Il n’y a jamais eu d’insécurité ici, ni pour les réfugiés ni pour les humanitaires. C’est le grand défi que les forces de sécurité mauritaniennes ont relevé, nous vivons en toute quiétude », se réjouit le coordonnateur du camp de M’Berra. L’accès au camp est conditionné à la présentation d’une carte d’identité ou d’un numéro de filiation. Cette procédure vise à éviter toute infiltration malveillante. Le seul cas de délit relaté concerne les vols d’animaux du Mali vers la Mauritanie. « Mais cela ne dépend pas des événements survenus au Mali, ces vols ont toujours existé », estime le hachem de Bassiknou.

Saluant l’élection d’IBK à la tête de l’Etat malien qui y a obtenu 73,6 %, le coordonnateur du camp a confié que les réfugiés attendaient le retour de la paix pour retourner chez eux. « Nous sommes loin d’être des séparatistes. Nous ne sommes pas AQMI, nous avons fui quand les terroristes sont arrivés », a-t-il martelé. Mais il prévient aussitôt : « nous ne pouvons plus retourner sans paix définitive ». Quitte à IBK d’entendre maintenant cette voix en accélérant le processus de négociation avec les mouvements armés du Nord.

Saturnin N. COULIBALY

Sidwaya