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Dans la crise, les pays étaient divisés en deux : les bons qui ont soutenu le Mali dans sa quête légitime de réunification et de lutte contre les jihadistes et les narcotrafiquants et les autres. Parmi ces « autres » qui n’étaient pas bien vus par les Maliens, la Mauritanie, l’Algérie et… le Qatar. IBK s’est rendu dans l’Emirat du 22 au 24 janvier courant. Compte-rendu.

Tout porte à croire que les autorités maliennes ont enfin commencé une offensive diplomatique et communicationnelle en direction de ceux qui n’étaient pas dans le bon axe. Selon des proches du président, la stratégie actuelle est articulée autour de deux points : « déconnecter les séparatistes de leurs soutiens en apportant la bonne information et en apportant des arguments contradictoires chaque fois que de besoin, et ne plus laisser de terrain diplomatique ou communicationnel» .

« On était encerclé. Nous sommes venus pour mieux nous expliquer» , ajoutera Zahabi Ould Sidi Mohamed, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.

Selon le communiqué final qui a sanctionné la visite, ce déplacement « s’inscrit dans le cadre de la tradition de concertation et de coopération entre les deux pays, traduit la volonté des deux chefs d’Etat de redynamiser et de renforcer la coopération entre les deux pays, afin de conforter les excellentes relations d’amitié et de fraternité qui lient les deux peuples. A cette occasion, les deux chefs d’Etat ont eu un entretien en tête-à-tête, élargi par la suite aux deux délégations ».

Souhaitant la bienvenue à son hôte, Son Altesse Cheikh Tamim Bin Hamad Al-Thani a réitéré ses félicitations à S. E. M. Ibrahim Boubacar Kéita « pour sa brillante élection à la magistrature suprême et pour la réussite des élections législatives au Mali ».

A première vue, cela semble payant. A l’issue de la visite, et du point de vue de membres de la délégation, «nous avons réussi à démonter beaucoup de faux arguments qui prospéraient ici : d’abord, ici, il était admis qu’au Mali, il n’y avait de musulmans que les séparatistes, et ensuite, ceux-ci étaient venus se présenter comme une minorité victime d’un pogrom» . Les autorités maliennes ne cachaient pas leur fierté d’avoir réussi à déconstruire ce message, mais surtout à rappeler l’histoire millénaire du Mali, qui a rencontré l’islam depuis le XIe siècle.

Opportunités

Il y a des indices, selon les observateurs proches de l’Emirat, qui montrent qu’IBK a bénéficié d’une oreille attentive de Son Altesse Cheikh Tamim Bin Hamad Bin Khalifa Al-Thani. « Il est rare que l’Emir reçoive un visiteur, quel que soit son rang, le jour où il arrive» . Non seulement IBK a été reçu moins d’une heure après son arrivée, mais également il a eu un long tête-à-tête avec le souverain, ce qui a été interprété comme un « bon signe ».

Il est vrai que la visite avait à la fois une connotation politico-sécuritaire et économique. En effet, pas moins d’une cinquantaine d’hommes d’affaires, de patrons d’entreprises et d’opérateurs du monde économique accompagnait le président dans cette visite.

Au plan des acquis politiques, les deux chefs d’Etat ont décidé de l’ouverture d’ambassades résidentes dans l’un et l’autre des pays, et de faire tenir, en avril 2014 à Bamako, la 1re session de la Commission mixte de coopération Mali-Qatar. « Le Mali a informé la partie qatarie de l’évolution sociopolitique au Mali, notamment du processus de réconciliation nationale en cours, des Assises sur le Nord et celles sur la décentralisation. Elle a également exprimé son encouragement aux consultations exploratoires menées par le gouvernement algérien dans le cadre du dialogue national inclusif, à Bamako, entre tous les fils du Mali. Son Altesse l’Emir a assuré le président Kéita de la solidarité du Qatar et de sa pleine disponibilité à accompagner le Mali dans ses efforts visant à consolider la sécurité et la stabilité, à préserver l’intégrité territoriale du pays et à réconcilier tous les Maliens, grâce au dialogue inclusif, et conformément aux valeurs ancestrales de cohabitation et d’entente qui ont toujours prévalu au Mali» , conclut le communiqué.

Alexis Kalambry

(envoyé spécial à Doha)
Les Echos du 27 Janvier 2014