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Celles-ci ont rôle essentiel dans l’organisation du système de référence-évacuation des femmes enceintes.Pour la sixième année consécutive, notre pays a célébré hier la Journée nationale de la maternité à moindre risque. Comme nous l’annoncions déjà dans notre édition d’hier, le thème de cette édition était : « le renforcement du rôle et des responsabilités des collectivités locales dans le système de référence-évacuation ».

jpg_maternite.jpgLa cérémonie consacrée à l’événement était placée sous la présidence du ministre de la Santé, Oumar Ibrahima Touré. Celui-ci avait à ses côtés d’autres membres du gouvernement dont le ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, Mme Siby Ginette Bellegarde. Parmi les autres personnalités présentes, il y avait le représentant résident de l’Unicef dans notre pays, Marcel K. Rudasingwa, et son homologue de l’Organisation mondiale de la Santé, Mme Diallo Fatoumata Bintou Tidiane.

En présentant le thème de la Journée, le point focal de l’initiative Vision 2010, le Dr Amadou Dolo, a souligné que la réduction de la mortalité maternelle et néonatale représentait un défi majeur à relever pour notre pays et toute l’Afrique afin d’atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) à l’horizon 2015. Compte tenu de cette réalité, notre pays comme la plupart des Etats africains, a fait de la santé des femmes en général et spécifiquement de la réduction de la mortalité maternelle et néonatale, une priorité absolue.

Pour lutter contre le phénomène, notre pays a développé plusieurs stratégies dans lesquelles une importance capitale est accordée au système de référence-évacuation. La mise en œuvre de ce système à partir de 1994 par le département de la Santé et ses partenaires a permis au Mali de passer de 700 décès de femmes pour 100 000 naissances vivantes en 1987 à 464 pour 100 000 naissances en 2006 soit une réduction de 20 %. Contre une réduction attendue de 25 % conformément aux objectifs de la Vision 2010, a cependant précisé le point focal.

Toujours selon celui-ci, la gratuité de la césarienne depuis 2005 a permis à notre pays d’enregistrer des progrès considérables dans la lutte contre la mortalité maternelle et néonatale. Le taux de la césarienne est ainsi passé de 0,9 % en 2005 à 2,8 % en 2009 contre un taux attendu de 5 % cette année. L’État et ses partenaires ont déboursé sur la période 2005-2006, 5,8 milliards de Fcfa pour la prise en charge des femmes dont le cas nécessitait une césarienne. Cependant les collectivités locales à savoir les Asaco (associations de santé communautaire), les mairies et les conseils de cercle doivent s’occuper du transport du Cscom au Csref, de l’entretien du Rac ainsi que de l’indemnité du chauffeur de l’ambulance.

De fait, le système de référence-évacuation est tributaire du niveau d’engagement des principaux acteurs. Or on constate un faible niveau de paiement des cotisations par la plupart des Asaco et surtout par les collectivités locales ainsi que la tenue irrégulière des réunions statuaires des organes de gestion de la caisse de solidarité. À ces difficultés s’ajoutent le recours tardif par les femmes en travail au Cscom ainsi que l’insuffisance et l’instabilité du personnel qualifié.

Selon le Dr Dolo, la moyenne nationale du taux de réalisation du conseil de cercle est de 12,25 % contre 8 % pour les mairies et 25 % pour les Asaco. Le responsable de la Vision 2010 a fait des recommandations pour la bonne marche du système de référence-évacuation. Le Dr Dolo préconise de revitaliser le système, d’organiser les transports du village au Cscom et de veiller à la tenue régulière des réunions statutaires des organes de gestion de la caisse de solidarité et du monitorage du système.

Le système de référence-évacuation, a-t-il assuré, est une stratégie incontournable en matière de lutte contre la mortalité maternelle et néonatale mais la contribution des collectivités locales lui est indispensable. Le premier vice-président du Haut conseil des collectivités, Zakaria Dembélé, a assuré que les collectivités acceptaient le rôle qui leur a été confié, à savoir un engagement plus fort dans le combat pour la maternité à moindre risque.

Pour lui, ce combat mérite autant, sinon plus, de mobilisation que le paludisme et le sida. Zakaria Dembélé a confirmé que le transfert des compétences dans le domaine de la santé est une réalité dans le cadre du processus de décentralisation mais a relevé que le transfert des ressources connaît quelques difficultés. Les collectivités, a-t-il expliqué, sont sevrées de certaines taxes et impôts, ressources substantielles et pérennes, qui si elles étaient recouvrées ou transférées les aideraient certainement à faire face à leurs obligations.

Le ministre de la Santé, Oumar Ibrahima Touré, a jugé que la mortalité maternelle et néonatale représentait une véritable tragédie dans le monde avec chaque année environ 529 000 décès maternels. 99 % d’entre eux ont lieu dans les pays en développement. Sur ce taux, a souligné le ministre, 20 % concernent l’Afrique de l’Ouest et du centre. En ce qui concerne notre pays, le taux de mortalité maternelle est estimé à 464 décès pour 100 000 naissances vivantes et le taux de mortalité néonatale est de 46 pour 1 000 selon les résultats de l’enquête démographique et de santé (EDS IV).

Oumar Ibrahima Touré a estimé la situation grave car le décès d’une mère compromet non seulement la vie de ses enfants mais aussi le bien-être de la famille et de la communauté. Au regard de la gravité de la situation, le ministre de la Santé préconise de trouver des solutions durables aux différents problèmes qui entravent le bon fonctionnement du système de référence-évacuation. En effet, a-t-il constaté, le non-paiement des cotisations contribue à l’augmentation du deuxième retard lié à l’orientation ou l’évacuation du malade vers les structures de prise en charge. Ce qui entraîne des taux élevés de mortalité et de morbidité maternelles et néonatales.

La cérémonie a pris fin par la remise du prix Tara Bouaré qui est à sa cinquième édition. Ainsi le premier prix de la personne morale a été remporté par le Conseil de cercle de Bankass et le second a été attribué au Cscom de Djoulabou à Niafunké dans la Région de Tombouctou. Le premier prix de la personne physique a été remporté par Mme Travelé Kantéba Samaké, sage-femme à la retraite, et le Dr Hamadoun Garba Cissé, gynécologue et promoteur de la clinique « Lac Télé ».

Tous les lauréats ont reçu un trophée et une enveloppe de 500 000 Fcfa. Il faut rappeler que le prix Tara Bouaré a été institué par l’épouse du chef de l’Etat, Mme Touré Lobbo Traoré (elle-même sage-femme de formation), voilà 5 ans, pour encourager les personnes et les structures dans la lutte contre la mortalité maternelle et néonatale.

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Un nouveau contingent de gynécologies et pédiatries

En marge de la célébration de la Journée de la maternité à moindre risque, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Mme Siby Ginette Bellegarde, a procédé au baptême de la première promotion de gynécologues et de la troisième promotion de pédiatres. La promotion qui porte le nom de Mme Touré Lobbo Traoré compte 13 gynécologues et 6 pédiatres tous formés à la faculté de médecine, de pharmacie et d’odontostomatologie de l’Université de Bamako.

Le ministre a félicité les responsables des formations pour leur engagement et leur professionnalisme. Aux diplômés, Mme Siby Ginette Bellegarde a demandé d’utiliser leur savoir et savoir-faire pour lutter contre la mortalité maternelle et néonatale et la morbidité dans notre pays. Chacun d’eux doit mesurer sa responsabilité dans la réalisation des objectifs que le gouvernement s’est fixé en matière de santé et particulièrement dans le domaine de la mortalité maternelle et néonatale.

Mme Siby Ginette Bellegarde a assuré que le département qu’elle dirige continuera de tout mettre en œuvre pour la formation des médecins spécialistes afin de doter nos hôpitaux et centres de référence en personnel qualifié et en quantité suffisante.

Mariam A. Traoré

L’Essor du 23 Juin 2010.