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La fracture numérique entre les pays du Nord et ceux du Sud est une réalité. Beaucoup d’experts soutiennent que la solution à cette situation passe nécessairement par un accès plus accru des populations du Sud à l’outil informatique. C’est dans cette logique que des institutions de bienfaisance et des Ong ont entrepris de faire des dons de matériels informatiques de seconde main en provenance d’Occident.

Certains opérateurs économiques ont flairé le bon coup en exploitant le créneau. Ils mettent à la disposition des consommateurs du matériel de seconde main dont les prix sont abordables. Beaucoup se sont ainsi lancés dans l’importation de ces matériels. Et le commerce est aujourd’hui florissant.

Mardi 23 juillet. Nous sommes devant le kiosque de D. Diarra, un jeune revendeur d’ordinateurs au marché Dabanani. Il propose des ordinateurs de toutes dimensions et de toutes marques. Il y a aussi des claviers, des onduleurs, des souris, des consommables informatiques.

Quelques instants après notre arrivée, deux jeunes hommes se présentent sur une moto devant le kiosque de D. Diarra. « Nous avons besoin de 7 ordinateurs écran 14« , s’adresse l’un des deux jeunes à D. Diarra. Après un marchandage, les hommes repartent en promettant de revenir avec de l’argent pour acheter les machines.

D. Diarra vend du matériel informatique depuis quatre ans. « C’est un secteur qui rapporte. J’arrive à me tirer d’affaire« , nous confie-t-il en révélant qu’il se ravitaille auprès des grossistes qui, à leur tour, importent le matériel principalement de France et des États-Unis.

« Les grossistes importent le matériel par conteneurs entiers. J’achète les machines en bon état pour les revendre ensuite« , explique notre interlocuteur qui cède un ordinateur entre 100.000 et 75.000 Fcfa en fonction de sa capacité et de son état.

« C’est un prix abordable pour le Malien moyen. Mais mes bénéfices ont diminué par rapport à il y a quelques années« , révèle Diarra, indiquant qu’il vendait un ordinateur jusqu’à un million de Fcfa.

Les clients de Diarra ne sont pas que les particuliers. Des structures et autres organisations s’approvisionnent aussi chez lui. « Le matériel informatique neuf coûte cher. C’est pourquoi les gens préfèrent acheter les articles de seconde main qui sont à leur portée« , explique Diarra.

M. C. est un autre revendeur que nous avons rencontré dans une des rues du quartier de Bamako Coura. Avec son kiosque bourré d’ordinateurs et des consommables informatiques, le jeune homme ne cache pas sa satisfaction pour son métier. « Le matériel de seconde main marche bien. Car très peu de gens ont les moyens de s’acheter du matériel informatique neuf« , analyse-t-il.

L’agence OCBM est une entreprise spécialisée dans l’importation et la vente de matériel de seconde main. Cette société qui existe dans notre pays depuis 2003 est aujourd’hui bien connue sur le marché national. En plus de la vente de matériel informatique, l’OCMB offre à ses clients un service pour la maintenance, l’installation, etc. « Nous importons nos produits d’Europe notamment de France. C’est du matériel qui se vend bien« , se réjouit le chef de l’agence, Mme Dicko Badiallo Diakité. L’OCBM vend des centaines ordinateurs par an à des particuliers mais aussi à des structures de tous ordres.

À OCBM, un ordinateur (écran, unité centrale, clavier et souris) est cédé entre 99.000 et 169.000 Fcfa. « Nous pensons que la meilleure façon de développer la culture informatique dans nos pays est de permettre aux populations d’accéder aux outils informatiques. C’est une approche à laquelle nous adhérons« , a souligné Mme Dicko.
Pour cette entrepreneur avertie, il n’y a pas de vieil d’ordinateur. « Un ordinateur ne vieillit pas. Car il suffit de changer les éléments obsolètes pour qu’il devienne neuf« , soutient notre interlocutrice.

Mme Dicko Badiallo Diakité pointe du doigt la contrainte relative à la lenteur dans le processus d’obtention du certificat de visite qui permet aux importateurs de sortir le matériel de la douane. « C’est un problème qui fait des charges supplémentaires à cause des pénalités de délai« , explique-t-elle.

« Je suis informaticien de formation. Depuis un certain temps j’achète le matériel de seconde main pour mes clients. Ce sont de bons appareils. Je n’ai eu aucune plainte de mes clients jusqu’ici« , nous a confié un informaticien rencontré dans les locaux de OCBM. Pour lui, le matériel de seconde main est le chemin court pour faciliter l’accès de nos populations à l’outil informatique.

« La technologie de l’information évolue rapidement et elle est trop gourmande en terme de ressources humaines, matérielles et financières. Il est difficile pour nos pays qui ont de très faibles ressources de suivre cette évolution. Nous devons explorer d’autres approches comme par exemple l’importation de matériel de seconde main qui permet à nos populations de s’approprier des TIC à moindre coût« , indique le spécialiste.

Le téléphone portable aussi. Le matériel de seconde main ne concerne pas que les ordinateurs et leurs accessoires, le téléphone portable fait aussi partie. Il suffit de faire un tour devant le siège de Malitel pour se rendre compte que ce commerce est florissant. Téléphones de seconde main, batteries d’occasion, chargeurs… tout est à moindre coût.

Adama Traoré, un jeune revendeur de téléphone portable de seconde main que nous avons trouvé sur place, cherchant des clients. « Ce sont des appareils bon marché qui sont accessibles à tous. Il y en a pour tous les prix« , assure Adama. Les prix de ses produits varient de 15.000 Fcfa à 100.000 Fcfa, selon l’état et la marque de l’appareil.

Abdoulaye Maïga de Tata Groupe informatique, une entreprise spécialisée dans l’importation des appareils informatiques neufs, voit d’un bon oeil l’importation du matériel de seconde main. « C’est une très bonne chose. Mais l’informatique évolue très vite. Nous devons faire attention pour ne pas se laisser distancer par l’évolution technologique« , prévient notre interlocuteur.

À la direction générale de douane, on indique que la part du matériel informatique de seconde main est très faible dans les recettes douanières. « C’est du vieux matériel qui compte très peu pour la douane« , nous confie un responsable ayant gardé l’anonymat.

Be COULIBALY- L’Essor

03 septembre 2007.