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Peuplé d’une population de diverses nationalités, le site d’orpaillage de Massiogo reste une zone fragile à cause du trafic des enfants, du travail et de la torture des enfants, du détournement des mineurs, des viols, en somme un lieu de tous les vices.

Zone frontalière par excellence, la population du nouvel eldorado malien est constituée d’enfants non scolarisés, de certains qui ont abandonné les bancs suite au déplacement de leurs parents. Ils vaquent toute la journée entre les puits miniers, se promènent partout dans la forêt, se baignent dans le fleuve avec d’énormes risques de noyade.

Certains se font passer pour des mendiants, d’autres par contre se livrent à des activités malsaines comme le vol, l’escroquerie, parce que n’étant plus sous le contrôle des parents. Ces derniers quittent leurs enfants depuis le matin de bonne heure pour les puits miniers et ne reviennent que très tardivement la nuit très fatigués et épuisés. Les enfants ne bénéficient point de la chaleur familiale des parents durant le bout de temps qu’ils doivent passer ensemble.

La plupart des interrogations de ces orpailleurs sont centrés sur des thèmes comme : quel sacrifice dois-je faire pour gagner une grande quantité d’or ? Quel jour dois-je le faire, quand et où ? Qui est le plus grand devin de la localité ? Autant de questions et thèmes qui demandent des allers-retours incessants très coûteux chez les devins.

Le manque de contrôle des enfants, le laisser-aller et le laisser-faire en somme, le laissé-pour-compte ont nourri des comportements ignobles chez ces enfants. Ils suscitent des craintes d’enlèvement et de vente (trafic) d’enfants. Aux dires de l’animateur de la radio de proximité, la fréquence des enfants égarés par jour atteignait douze à quinze sur le site d’orpaillage.

On se lassait de répéter les communiqués de perte d’enfant. En outre, ils sont exposés aux maladies car les parents préfèrent payer une chèvre, un cabri, une poule, un coq, des colas, etc. pour le sacrifice d’un puits minier que de soigner leur enfant. Fort de ces constats, on peut penser que les populations qui évoluent ici avec leur famille n’ont aucun projet d’avenir pour leurs enfants.

Malgré les différentes missions des autorités compétentes, qu’elles soient ministérielles, régionales, locales et autres (ONG), on ne note aucune priorité pour l’éducation des enfants du site d’orpaillage de Massiogo.

Il est considéré à l’échelle nationale que la fréquence du trafic d’enfant dans la frontière ivoiro-malienne est très considérable et suscite des inquiétudes croissantes des autorités nationales et internationales. Des arrestations d’enfants en trafic à destination de la Côte d’ivoire sont quotidiennes. Dans ce site d’orpaillage sur les berges du fleuve Bagoé qui matérialisent la frontalière Mali-Côte d’Ivoire, parents et enfants sont capables de tout malgré des conditions de sécurité satisfaisantes.

Convaincu que les enfants constituent l’avenir du pays, Mamadou Diabaté alias Djeliba est persuadé que le trafic de ceux-ci, le travail des enfants et autres pratiques ou tortures auxquelles les enfants du site d’orpaillage sont exposés, constituent des entorses pour la réalisation d’un avenir meilleur et à tout bon comportement attendu d’eux.

A l’en croire, la lutte contre le trafic des enfants, le travail des enfants et tous autres vices passent par leur « éducation » qui doit être une grande priorité pour les autorités c’est-à-dire la création d’écoles modernes, coraniques et autres structures d’éducation traditionnelles.

Pour bouter dehors ces pratiques malsaines et atteindre l’objectif d’un avenir meilleur des enfants, il faudrait au préalable aussi connaître les droits et devoirs des enfants. C’est, pour ainsi dire, que les droits des enfants sont foulés aux pieds et les devoirs ignorés par manque d’éducation.

Cet ex-enseignant contractuel, ami des enfants, est arrivé au site d’orpaillage en août 2005. Par sa profession d’animateur et au contact des enfants égarés, il est entré en négociation avec certaines autorités de la localité (Misseni) pour la création d’une école, selon les propos de M. Diabaté. La réponse de ces différentes autorités, aux dires de M. Diabaté reste la même : « Ces populations sont dans une forêt classée et en plus elles sont instables. Voilà pourquoi il serait difficile de s’y aventurer ou du moins de créer une école”. Aux dires du promoteur le vœu, la volonté, le souhait de voir ou de créer une école sont perceptibles chez ces autorités, mais les deux facteurs cités (forêt classée et instabilité de la population) paralysent toute entreprise ou initiative de création de structure d’éducation dans le site du nouvel eldorado malien.

Ainsi, fort du constat que l’éducation des enfants doit être la priorité des priorités, M. Diabaté, animateur de la radio de proximité et réparateur de radio de son état au Damada, a émis le vœu de créer une Ecole “spontanée” pour ses amis les enfants du nouvel eldorado dans le site d’orpaillage de Massiogo pour enfin les isoler ou les sauver des fléaux suscités et de partager avec eux son peu de connaissance et ses expériences de la vie.

Appelée par son promoteur “Ecole Privée de Damada”, elle vit le jour en octobre 2006 sans autorisation après des années de négociations stériles jusqu’à son ouverture officieuse. Confectionnée avec du bois sauvage, du plastique et de la paille, une paillote constitue la salle d’étude. Elle est équipée de branchettes tenues par des fourches plantées au sol faisant office de bancs. Sans table, les ardoises et les cahiers sont posés sur les genoux pour écrire. Malgré ces conditions pénibles, les scolarisés sont assidus et les absences volontaires sont inexistantes. Seuls les cas de maladies peuvent retenir un élève à la maison, aux dires du promoteur. Elle enregistre un effectif total avoisinant la centaine voire plus dont la majorité sont des filles.

Parmi ces enfants, on note des élèves de la troisième, deuxième et première années de certaines écoles du Mali, de la Côte d’ivoire et de la Guinée. Mais force est de reconnaître que 99% de ces élèves sont des enfants de parents maliens dont certains étaient en Côte d’Ivoire et en Guinée.

Ainsi à notre question de savoir si le promoteur avait une autorisation de création d’école, elle a été vite répondue par un “NON”. Ce qui montre bien que le Centre d’Animation Pédagogique n’a pas été informé. Chose qui a été confirmée par le Directeur du CAP de Kadiolo lors de notre entretien avec lui. Alors, n’ayant aucune autorisation de création d’école, selon M. Diabaté, son ambition découle en grande partie de l’adage d’un vieux qui lui disait : « il arrivera un temps, Diabaté, où un jour à l’école vaudrait mieux que cent jours dans la rue« . Les difficultés, les vices et autres problèmes de jeunesse auxquels les enfants sont exposés ont davantage motivé le promoteur dans la création de cette école.

Loin d’avoir une ambition lucrative, le grand souci de M. Diabaté est de dévier les enfants de l’expérience des parents. Les inscriptions fixées à 2 000 F Cfa et les paiements mensuels à 750 F Cfa sont en grand retard. M. Diabaté emploie un ex-enseignant vacataire. A ses dires, c’est par amour que ce dernier a accepté ce travail car aucun salaire mensuel fixe ne les lie. Ces jeunes se dévouent pour l’éducation des enfants du site d’orpaillage de Massiogo. Les sommes qu’ils gagnent sont utilisées dans l’achat de la craie, du paiement de l’enseignant, de l’arrosage de l’enceinte scolaire, des jouets tels que les ballons et autres. Grâce à la collaboration d’un notable du site et avec l’accord des chefs traditionnels et de la « police locale » autrement dit les chasseurs, cette réalisation a été possible.

Certes, ces populations sont dans une forêt classée ; certes, elles sont instables mais force est de reconnaître que des mesures urgentes et sérieuses doivent être initiées par les autorités compétentes pour les faire sortir de cette « marginalisation« . Ces enfants méritent une attention particulière pour les protéger contre tout trafic d’enfant et tout travail pénible dans cette zone. L’éducation, une priorité, ne doit pas être un vain mot. Elle doit être une arme de bataille de tous car c’est d’elle que découle tout développement. Les ressources humaines de qualité constituent la colonne vertébrale de toute entreprise d’un pays. Alors la création d’une école de type nomade ne serait-elle pas possible dans cette localité ?

Daisuke, MIZOGUCHI (Anthropologue japonais, Académie Japonaise pour la promotion de la science)

Yaya, BAMBA (Anthropologue social)

05 avril 2007.