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Considérée à juste titre comme l’écrivaine guadeloupéenne la plus célèbre de sa génération, Maryse Condé est décédée dans la nuit du 1er au 2 avril 2024 à l’âge de 90 ans. Depuis l’annonce de cette disparition, un hommage unanime lui est rendu un peu partout. 

Auteure à l’inspiration aussi prolifique qu’engagée, Maryse Condé compte à son actif plus de 30 romans, une dizaine de pièces de théâtre et d’essais sur la littérature, le colonialisme et l’esclavage. Née en février 1937 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), journaliste, écrivaine à succès et professeur de littérature dans les plus prestigieuses universités de France (La Sorbonne) et des États-Unis (Harvard, Columbia), Maryse était notamment connue pour son livre «Moi, Tituba sorcière» publié en 1986.

Au Mali, nous avons admiré son talent à travers son œuvre «Ségou, Les Murailles de terre» (1987). Un livre bien accueilli par la critique. «Ségou est un roman si riche et si divers qu’on ne peut le résumer. Il est à la mesure (à la démesure) de ces terres du Sahel qui s’étendent sous un ciel immense. Un grand souffle le parcourt et l’anime : c’est l’âme même de l’Afrique», a apprécié un critique littéraire. Cette œuvre lui a valu en 2018 le «Prix Nobel» alternatif de littérature à Stockholm, en Suède. Le Tome 1  (520 pages) a été suivi des tomes 2 (en décembre 1993) et 3 intitulés «Ségou, La Terre en miettes».

Lus et appréciés dans le monde entier, ses romans s’interrogent sur une mémoire hantée par l’esclavage et le colonialisme et, pour les descendants des exilés, sur une recherche identitaire. En témoignent, entre autres, «La Migration des cœurs» (1995), «Desirada» (1997) et «Célanire cou-coupé» (2000). Elle a récemment  publié «En attendant la montée des eaux» (Lattès, 2010), qui a reçu le «Grand Prix du Roman Métis», et «La vie sans fards» (Lattès, 2012). En dehors du «Prix Nobel» alternatif de littérature, ses romans lui ont valu de nombreux prix, notamment pour «Moi, Tituba sorcière» (Grand prix de la littérature de la Femme en 1986) et «La vie scélérate» (prix Anaïs-Ségalas de l’Académie française en 1988). En 1993, Maryse Condé a été la première femme à recevoir le «Prix Putterbaugh» décerné aux États-Unis à un écrivain de langue française.

Le 14 décembre 2010, il lui a été attribué le «Grand Prix du Roman Métis» pour son livre «En attendant la montée des eaux». Elle a aussi été lauréate du «Prix des Amériques insulaires et de la Guyane» qui récompense le meilleur ouvrage de littérature antillaise. En 2004, Maryse Condé avait été choisie pour présider le comité pour la mémoire de l’esclavage. En 2019, la romancière guadeloupéenne a reçu la Grand-Croix de l’ordre national du Mérite des mains du président Emmanuel Macron.

L’illustre défunte aimait se définir comme «une Guadeloupéenne indépendantiste». La talentueuse écrivaine engagée avait en effet la Guadeloupe chevillée au corps. On comprend alors aisément pourquoi sa pensée comme ses écrits, lucides et critiques ont toujours milité pour une Guadeloupe enfin au «rendez-vous d’elle-même». Pour de nombreux observateurs, son engagement pour la progression de la condition féminine, contre les discriminations de toutes sortes, contre le colonialisme et toutes les formes d’oppression constituent «des marqueurs indélébiles de son action militante tout au long de sa vie».

Sa disparition laisse un vide immense qui appelle à un hommage national et mondial à la mesure de son incommensurable talent. Selon de nombreux intellectuels et critiques littéraires, Maryse Condé «restera à jamais une figure emblématique de la littérature guadeloupéenne et une voix puissante pour la justice sociale, la liberté, la liberté, la solidarité et la responsabilité».  Sans doute que Maryse Condé était et demeurera la fierté de la Guadeloupe, qui va longtemps la pleurer, et aussi de la littérature noire car elle fut une digne actrice de la Négritude.

Moussa Bolly

Source: Maliweb