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Marie Georges Buffet, candidate communiste à l’élection présiden­tielle en France… vient de séjourner au Mali sur invitation de Mme Aminata Dramane Traoré, ancien ministre de la culture et tête de proue du mouvement alter mondialiste. Dans le cadre de cette visite, elle s’est entretenue, le mardi 6 février 2007 au centre Amadou Hampaté Bah, avec des responsables du mouvement social malien et des responsables de partis politiques. La candidate communiste a dénoncé la politique fran­çaise en Afrique, notamment dans le domaine de l’immigration.

Mme Marie Georges Buffet est arrivée à Bamako avec des idées généreuses et est repartie avec les bénédic­tions des responsables des mouvements sociaux maliens et de quelques res­ponsables politiques de gauche. A Bamako, Mme Marie Georges Buffet a indiqué que la refondation de la coopération entre la France et les pays d’Afrique est au centre de ses préoc­cupations. Elle a déclaré qu’elle s’est fixé l’ambition de faire sortir la coopéra­tion entre la France et ses anciennes colonies du car­can des cercles d’amis. Pour cela, elle va s’investir pour que la coopération entre la France et l’Afrique soit l’affaire du peuple français. « Il faut qu’on sorte des petits prés carrés qui veulent faire plaisir à des amis par-ci et par là en Afrique« , a-t-elle déclaré.

Mieux, elle a estimé que la politique de coopération doit sortir du tout libérale. « Pour cela, il nous faut un gouvernement de gauche qui affronte les politiques libérales en France et en Europe », a-t-elle indiqué. Elle est convaincue que la tâche ne sera pas facile. Selon elle, une grande partie des militants de la gauche a baissé les bras dans le combat contre les politiques néolibérales qui prennent les Etats et les peuples en otage. Mais, avec la soumission des Etats aux diktat des multi­nationales, Marie Georges Buffet a estimé que le moment est arrivé pour que la gauche prenne le dessus partout en Europe, à l’instar de ce qui se passe en Amérique Latine, pour sortir du consensus libéral qui ne fait ni le bonheur des Européens, ni celui des ressortissants des pays du tiers monde.

« Il faut une autre voie à gauche pour sortir du consensus libéral afin d’aller vers de nou­veaux traités en Europe. Nous sommes convaincus que nous pouvons faire bouger les choses et nous le ferons« , a-t-elle déclaré. Si la gauche française n’arrive pas à accorder ses violons sur la solution à apporter à certaines grandes ques­tions qui secouent la France, Marie Georges Buffet a affirmé que la gauche dont elle se réclame ne tergiverse pas. « Nous pensons que la solution à tous ces problèmes passe par une nouvelle politique de co-développement qui va régulariser la situation de tous les sans papiers, don­ner des cartes de longues durées à tous les tra­vailleurs, permettre à tous les résidents de participer aux différents votes et de réunir les conditions pour une large, ouverture de la nationalité française« .

La candidate à l’élection présidentielle en France a une vision claire du problè­me de l’immigration. Selon elle, c’est la conséquence logique des politiques néo­libérales impopulaires imposées aux pays afri­cains par des institutions au service des multinatio­nales. Pour cela, elle est convaincue qu’aucun accord ou la série d’expul­sion ne pourra régler le problème. A son avis, « le mal doit être circonscrit à la base. Il faut aider les pays africains à se dévelop­per et il faut revoir les règles de l’OMC« . Elle sug­gère la contestation des règles internationales qui régissent le commerce. « Il nous faut un courage poli­tique et une volonté poli­tique pour faire bouger les choses » a-t-elle déclaré.

La militarisation de la globalisation est en marche

Aminata Dramane Traoré est intervenue pour dire qu’avec ce qui se passe au Moyen orient, le monde est passé à la militarisation de la globalisation avec les américains qui ont décidé d’exporter la guerre. La tête de proue du mouve­ment alter mondialiste a ensuite dénoncé la stigma­tisation dont les maliens sont victimes en France. « En même temps qu’on nous félicite pour notre démocratie, il y a quelque chose d’inquiétant qui se passe au nord dans la per­ception de l’Afrique et des africains« , s’est-elle inquiétée. Aminata a indi­qué que Marie Georges Buffet est venue à l’écoute de l’Afrique et du Mali. Elle a invité la salle à la parole.

Pour Boubacar Bah, secrétaire aux relations extérieures de l’ADEMA le moment est arrivé pour repenser la coopération avec la France. « On ne peut pas maintenir les canaux anciens de la coopération. Il faut qu’on sorte de la langue de bois entre mili­tants » a-t-il estimé. Avant d’indiquer qu’il faut que les choses changent. Il a invité la gauche française à prendre sur elle la respon­sabilité d’influencer les politiques de l’Union européenne en matière de poli­tique de développement et en matière de politique d’immigration.

Pour sa part, Mme Barry Aminata Touré, pré­sidente de la CAD-Mali, s’est interrogée sur la sin­cérité de la coopération qui lie notre pays à la France. Les choses, selon elle, n’ont pas beaucoup changé de la colonisation à nos jours. Elle a estimé que la France pour des raisons histo­riques doit s’impliquer aux côtés des africains pour trouver une solution à l’im­migration.

Le peintre Ismaël Diabaté a rappelé que depuis bientôt plus de 47 ans, on s’est rendu compte que la coopération devait changer.

L’ancien ministre, Younouss Hameye Dicko, a estimé qu’il faut que la gauche arrive au pouvoir en France. Selon lui, cela est vital pour le Mali, l’Afrique et le Monde. Pour Dicko, le malien n’a jamais aussi été humilié que sous la gouvernance de Sarkozy au ministère de l’intérieur.

Amadou Seydou Traoré dit Djikoroni a été formel et catégorique : »Nous devons nous battre chez nous pour nous libérer et peut être nous allons libérer l’Europe de ce joug néoli­béral« .

Pour conclure, Marie Georges a trouvé que le rejet du traité constitution­nel en 2005 par les français est un bon signe et prouve que le changement est pos­sible pour le bonheur du petit peuple en Europe et en Afrique, pourquoi pas ailleurs. « Je me prononce sur l’interdiction nette des OGM et je vous rassure que la France a besoin de vous comme par le passé. Mais, il faut que cette France apprenne à regarder son passé de négrier et son passé de colonisateur« , a-t-elle conclu.

Assane Koné

08 février 2007.