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Marie-France a piloté en janvier 2008, l’opération « 60 enfants du noma » (Les Echos (15 janvier 2008), lancée à la maternité de Hamdallaye et poursuivie avec les équipes de l’hôpital Gabriel Touré. Elle revient pour nos lecteurs sur le travail de terrain mené par AFV et surtout sur son
développement dans les années à venir.


Les Echos :
Vos priorités et votre méthode de travail ?


Marie-France Blanchard :
D’abord, la prévention par des missions de sensibilisation communautaire. Il y a une équipe avec un coordonnateur malien. Elle travaille bien sûr avec la direction nationale de la santé.

Et les structures qui la composent : CSCOM, relais communautaires, chefs de village… La maladie n’est ni une sorcellerie ni une fatalité. Elle peut être évitée. A condition de la prendre en charge à temps. Nos missions se passent soit dans les écoles, soit sur les places des villages.

Nous projetons un film de l’OMS ou une pièce de théâtre dont on a fait le scénario, qui est un cas d’espèce dans un village où il y a un enfant qui a le noma. C’est très ludique et ça passe très bien. Puis nous faisons des démonstrations avec de grandes mâchoires où l’on montre la santé bucco-dentaire.

La malnutrition et le manque d’hygiène bucco-dentaire sont les deux facteurs favorisants du noma. C’est lors de ces missions de sensibilisation que nous sont indiqués des cas de séquelles de noma.


Les Echos : Des « survivants » donc ?

M.-F. B. : Ils sont répertoriés à l’issue de la mission de sensibilisation. Avec, photos et relevés d’identité à l’appui afin d’en proposer pour les missions d’opérations chirurgicales comme ce fut le cas en janvier à l’hôpital Gabriel Touré dans le service du professeur Agali Mohamed.

Ces opérations redonneront un visage aux victimes pour qu’elles ne soient plus ni exclues, ni repoussées par les autres par cause de peur. Pour ce faire, « Au fil de la vie » travaille en collaboration avec « Les Enfants du noma », une association de chirurgiens français et « Ensemble pour eux », une troisième association composée d’infirmières suisses et qui se chargent de post-opération.

Disons aussi que « Au fil de la vie » organise la maison d’accueil.

Les Echos : Quelle est votre stratégie contre la malnutrition ?


M.-F. B. :
En fait, toutes les études révèlent qu’elle est la principale cause du noma. Nous avons décidé dans le cadre de notre développement, d’y répondre par la distribution de spiruline, dont cent grammes de poudre seulement permettent de sortir un enfant de malnutrition en lui redonnant toutes ses défenses immunitaires.

Dans la plupart des cas au Mali, les enfants n’ont pas faim, mais on leur bourre le ventre et il n’y pas forcément toutes les vitamines, pas tous les éléments nécessaires à leur bonne évolution. La spiruline fait remonter toutes les défenses immunitaires. Cette spiruline n’est cultivable que dans les pays chauds et demande peu d’eau.


Les Echos : Concrètement ?

M.-F. B. : Nous nous sommes rapprochés d’un groupe scientifique suisse, Antena Technology, spécialisé depuis vingt ans dans la spiruline. Nous créons à Mopti, une ferme de production de spiruline.

Cela permet aussi de créer localement une activité pérenne pour 12 à 15 emplois dans un but humanitaire. La ferme, dans sa première phase, va avoir 1200 m2 de bassin, soit une production de plus de deux tonnes par an. Et comme il faut cent grammes pour un enfant, cela permettrait de sortir 24 000 enfants par an de malnutrition.

Les Echos : Vos perspectives dans les prochaines années ?

M.-F. B. :
Mettre en route une deuxième équipe de sensibilisation sur le terrain.

Cela représente un investissement conséquent avec un bon budget de fonctionnement. Puisque nous faisons 120 jours de sensibilisation par an, nos capacités s’en trouveront doublées. On pourra alors couvrir d’autres régions – comme Kayes – en plus de Tombouctou, Gao et Mopti.


Propos recueillis par

Zufo Alexis Dembélé,

Genève (Suisse)