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C’est le constat qui se dégage des informations collectées auprès des mairies et centres d’état civil de Bamako. La conjoncture économique difficile y est-elle pour quelque chose ? Cela reste à démontrer.
Au lieu de se perdre en conjectures mieux vaut s’en tenir au fait : la nette réduction du taux d’unions constatée dans les centres d’état civil de Bamako.

En 2006, les chiffres fournis par les différents mairies et centres secondaires d’état civil du district faisaient état de plus de 400 unions célébrées au cours des quatre dernières semaines précédant le mois de carême. Il y en aurait eu beaucoup plus dans les mosquées et familles (les mariages religieux et coutumiers).

Cette année, les chiffres disponibles montrent qu’on est même loin de la cinquantaine de mariages célébrés par semaine, l’année dernière pour la même période dans les différents centres principaux d’état civil du district de Bamako.

« C’est la vie chère. Nous avons assez de difficultés à subvenir à nos besoins personnels pour ne point en rajouter. Même les parents qui nous contraignaient à le faire, sont devenus moins exigeants cette année. Je viens de célébrer mon mariage sans bruit, dans un centre secondaire.

Et c’est ma conjointe qui a d’ailleurs suggéré cette bonne idée alors que je multipliais les contacts avec des parents et amis pour m’aider dans l’organisation. Mon frère m’avait d’ailleurs envoyé 500 euros (325 000 Fcfa) en guise de contribution. Ma conjointe a souhaité qu’on utilise cette somme pour louer une maison. Et c’est ce qu’on a fait« , confie Lancine Doumbia, un jeune marié de Boulkassoumbougou.

Effet de mode:

De la mairie de la Commune I à Korofina, à celle de Sogoniko en Commune VI, en passant par les quatre autres centres principaux, la fréquence est toujours demeurée en deça de celle des années passées. Par exemple au centre de Missira en Commune II, une quarantaine de mariages « seulement » ont été noués entre le 31 juillet et le 25 août.

Alors qu’à Lafiabougou, Mme Yattara Bacoumba Sow, conseillère chargée de l’état-civil affichait sur ses registres 29 mariages pendant la même période. « Je ne pourrai pas donner une explication bien claire en la matière. Au constat, il y a eu moins de mariages en cette veille du mois de carême que les autres années« , confirme cependant l’édile du centre secondaire de Lafiabougou.

Son homologue de la Commune VI, Dramane Tounkara, officiait au rythme de 20 unions par semaine.

« La conjoncture est vraiment perceptible cette année sur les célébrations. Il y a moins d’affluence l’accompagnateur dans les mairies. Mieux, les cortèges ne sont pas démesurés. Il y a même des couples qui ont souhaité une réduction du tarif de 20 500 Fcfa pour la célébration. Le mariage est un mal nécessaire. Il faut donc le faire« , commente avec philosophie le maire Dramane Tounkara en Commune VI.

A la mairie de Commune I où le record de célébrations de la capitale est généralement battu, Oumar Diabaté, le chargé de communication, énumère le nombre de célébrations par fournée. Il est estimé à environ 20 mariages pour le centre principal de Korofina.

En tout état de cause, on est loin des centaines de mariages célébrés en l’espace de quatre semaines, l’année dernière dans les différents centres d’état civil de Bamako. Selon nos interlocuteurs, même les mosquées n’ont pas été considérablement sollicitées pour les mariages religieux, contrairement à la saison précédente.

Bamako s’est cependant efforcé de sauver les apparences et de justifier une réputation immortalisée dans le tube de Amadou et Mariam « Le dimanche à Bamako« . La ville a donc durant ces derniers jeudi, samedi et dimanche, fait résonner les coups de klaxon, ronfler les moteurs des autos et des motos. Elle a organisé des noubas dans les quartiers et sur les grandes artères. La réputation était sauve mais le compte n’y était pas.

A la mairie de la Commune VI, Diarra Doumbia, fait depuis plus d’une décennie, office d’interprète et de traducteur du Code de mariage lu par les officiers d’État civil, à l’attention des nouveaux mariés. Le sexagénaire estime que la fréquence élevée des mariages, à la veille du mois de Ramadan, est un simple effet de mode. « Autrefois, c’est l’approche de l’hivernage que nos parents choisissaient pour marier leurs enfants.

On pouvait assister dans nos villages à l’union de 20 à 30 jeunes, une même journée. Il s’agissait de renforcer les liens de solidarité, d’entraide et de cohésion sociale entre les familles. Et de responsabiliser, les garçons afin qu’ils ne soient pas tentés par l’exode rural. C’est tout le village concerné qui contribuait d’une façon ou d’une autre à la réussite de ces événements.

Aujourd’hui, les choses ont changé et avec elles, la conception du mariage. Elle est devenue individuelle. C’est pour cette raison d’ailleurs que les unions n’ont plus la vie dure« , confie l’interprète de la mairie de la Commune VI qui a fonctionné au rythme de 10 à 20 mariages au cours des deux dernières semaines, alors que le centre secondaire de Niamakoro officiait dans une fourchette de 2 à 6 célébrations.


Sous pression:

« C’est un mois, au cours duquel, les ménagères sont très sollicitées. Mais aussi, une période que les parents choisissent pour encourager les filles à se marier, car c’est la période par excellence pendant laquelle Dieu exauce les bénédictions.

Et les mariages sont généralement célébrés sous pression. Conséquence : au moins 50 % des nouvelles mariées retournent chez elles quelques temps après la célébration de leur mariage. Parce que ce n’est plus vraiment par amour qu’on se marie, la quasi totalité des conjoints s’étant déjà découverts, depuis leurs premières rencontres« , souligne un vieux griot de Bamako-Coura, sous le couvert de l’anonymat.

Le point de vue de Hamidou Diarra dit Dragon, sociologue et animateur à radio Kledu, est beaucoup plus élaboré : « Le jeun n’est pas le seul fait de l’islam. Nos sociétés traditionnelles étaient hiérarchisées de telle manière que certains patriarches arrivaient à se priver pendant des jours et des semaines de nourriture.

Les mariages s’effectuaient surtout à l’approche de l’hivernage, afin de permettre à la mariée de renforcer le taux de bras valides de sa belle-famille. En retour le nouveau marié et ses camarades s’occupaient des travaux champêtres de leur belle-famille. C’est la religion qui est venue changer les choses. Je ne pense pas que tous ceux qui scellent leur union en cette veille de Ramadan soient tous des croyants pratiquants.

Pourquoi donc attendre cette période pour se marier, alors que le prétexte de femme au foyer, brandi par beaucoup, ne se vérifie même pas ? Combien de femmes font aujourd’hui la cuisine ? Combien d’entre elles savent d’ailleurs cuisiner ? Les bonnes font plus souvent office de ménagères que d’aides dans les familles.

Je pense qu’on n’a même pas besoin d’attendre la veille du Ramadan pour célébrer un mariage. Il y a tellement de jours repères dans notre société traditionnelle pour célébrer un événement donné. Je pense qu’il nous faut aussi prendre en compte nos paramètres traditionnels dans nos décisions de mariage ou d’autres réjouissances. C’est peut être cela qui peut garantir la pérennité de nos unions« .

Peu de mariages ? Pas pour les marraines et les autres femmes proches des mariés qui ne savent plus où donner de la tête. Il faut assister au maximum de cérémonies et surtout piocher dans son porte-monnaie pour faire bonne figure. Le reste est entre les mains de Dieu.

M. N. TRAORÉ

27 Août 2008