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une-23.jpgA chacun, ses coutumes

Lorsqu’un jeune homme désire prendre femme, ses parents envoient le griot ou le démarcheur de sa famille auprès du père de celle dont il convoite la main. L’honorable émissaire accomplit sa mission en apportant un présent symbolique de 10 colas accompagnées d’un billet de banque (500 francs naguère, 1000 francs à présent). La réponse – positive ou non – est transmise quelques jours plus tard à la famille du jeune prétendant. Lorsqu’elle est négative, les présents sont restitués par le griot. Mais un tel cas se produit très rarement.

En cas d’accord, le nouveau fiancé fera apporter le plus tôt possible à son futur beau-père, 3 lots de 10 colas et une somme de 1500 francs. À partir de cet instant, les choses sont prises en main par la mère de la fiancée. En accord avec ses sœurs et belles-sœurs, elle fixera le montant de la dot qui varie selon les familles. Les parents du futur marié, en l’occurrence ses frères, apporteront un panier de colas et la somme arrêtée. Il faut souligner cependant qu’au sein de certaines familles, surtout lorsque le mariage se fait entre cousins et cousines, la dot n’est pas exigée. Elle est acquittée de manière symbolique.

Au Mali, chaque ethnie préserve jalousement et aussi longtemps que possible ses us et coutumes en matière de mariage. Même si ces derniers étaient des plus contestables. Ainsi dans certaines localités, les filles se retrouvaient fiancées dès le jour de leur naissance. Dans d’autres, c’est le caractère exemplaire du comportement de la mère qui valorisait sa fille et en faisait un parti très recherché. Cela en fonction du principe «  telle mère, telle fille « . Mais dans tous les cas, pour les anciens, le bon mariage c’était celui scellé sur la base de la réciprocité des sentiments, de l’égalité du statut social, de la beauté et de la santé.

Telle est la formule idéale. Mais on n’en retrouve pas les éléments au grand complet dans toutes les unions.

Chez les Soninkés par exemple, la réciprocité des sentiments tient peu de place et ne saurait constituer un préalable. L’on n’épouse pas forcément la femme que l’on aime, mais celle qu’on doit marier. Et dans cette logique là, le rang social s’avère donc déterminant. Quand un jeune homme veut faire sa vie avec une fille, il s’en ouvre d’abord à son père et à sa mère. Généralement, les parents vont à leur tour consulter le marabout afin de savoir si l’union s’annonce sous de heureux auspices. La notabilité religieuse peut ordonner des sacrifices à faire pour obtenir la protection de Dieu ou la faveur des esprits. C’est une fois passé ce cap strictement familial et souvent confidentiel que la demande en mariage est présentée à la famille de la fille. Il arrive parfois que la fille soit choisie par les seuls parents qui veulent trouver une épouse pour leur fils émigré.

Dans ce cas là, et si la demande de mariage est acceptée par les parents de la fille, le mariage peut être célébré même en l’absence de l’homme. Certaines femmes d’immigrés peuvent ainsi passer plusieurs années à attendre leurs maris partis à la recherche d’une fortune incertaine. Les plus chanceuses voient leur martyr abrégé et arrivent à rejoindre leur époux dans le pays d’installation de ce dernier. Mais nombreuses sont celles obligées de rester au village pour s’occuper des parents de leur époux et en espérant que ne tardera pas le retour de leur homme. Le mariage à distance présente donc d’innombrables inconvénients. Pourtant de nos jours, il devient de plus en plus une mode, dépasse largement le milieu soninké et prend une ampleur particulière à Bamako.

Pourquoi ? Parce que les jeunes émigrés constituent pour de nombreuses filles une chance de quitter le pays et d’échapper à une vie difficile. Il faut reconnaître que malheureusement les mères les encouragent dans ce calcul et s’avèrent être des complices plus qu’actives. Elles se mettent à l’affût des départs à l’étranger de fils d’ami, de parent ou même de voisin. Puis elles profitent de la première occasion qui se présente pour proposer leur fille en mariage à ce garçon sans même connaître la situation réelle de ce dernier.

Doussou Djiré

Essor du 05 juin 2008