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Sur le dossier de Kidal, le président français François Hollande ne regarde pas dans la même direction que son homologue malien qui se propose de défendre les intérêts de son pays. IBK doit s’armer de plus de courage et de détermination pour asseoir la suprématie de l’Etat dans la région nonobstant le soutien indéniable de la France au MNLA et à ses alliés.

Depuis plusieurs mois, les trois régions du Nord du Mali ont été libérées des terroristes grâce aux militaires de l’opération Serval et de soldats africains et maliens. Mais, une situation confuse règne toujours à Kidal, qui demeure un cas particulier. L’Etat malien n’a jamais réussi à s’imposer dans la localité malgré les vœux pieux et l’accord politique de Ouagadougou du 18 juin 2013. L’assassinat samedi dernier à Kidal des deux envoyés spéciaux de RFI a encore propulsé sur le devant de la scène l’atmosphère cauchemardesque dans la zone. Il aura fallu qu’un crime si odieux s’y produise pour que les langues se délient.

Presque tout le monde convient de la nécessité de remettre de l’ordre dans la 8e région malienne, avec d’abord la restauration de l’autorité de l’Etat du Mali et la mise en place d’un dispositif sécuritaire efficace. Si l’impératif du retour de l’Etat à Kidal est une évidence, la façon d’y parvenir l’est moins tant les cacophonies sont nombreuses. Et c’est le plus souvent la France de François Hollande qui est indexée à cause de sa position ambiguë sur Kidal.

La France a indubitablement été l’un des principaux artisans de la guerre de libération du Mali. A travers les gouvernants, les Maliens lui ont exprimé toute leur gratitude. Mais cette reconnaissance s’est vite transformée en un sentiment de méfiance au fil du temps. Des autorités de la transition au régime actuel, chacun a géré à sa façon le « positionnement stratégique » de Paris sur le dossier Kidal.

Ayant hérité de cette patate chaude et déterminé à rétablir la souveraineté du Mali sur tout son territoire et la dignité de ses fils, le président de la République souhaite visiblement jouer cartes sur table. Ibrahim Boubacar Keita semble convaincu que la France ne sert pas forcement les intérêts du Mali à Kidal. C’est pourquoi, l’on constate qu’en dehors des « entretiens secrets » avec François Hollande, IBK lance des pics souvent à son homologue français en public.

Recadrer Hollande

Lors du lancement de la première réunion ministérielle des Affaires étrangères de l’Onu pour les pays du Sahel et du Maghreb mardi dernier à Bamako, IBK s’est indirectement adressé aux dirigeants français, dont la complicité avec les mouvements rebelles à Kidal est plus que douteuse. « Il est impératif de mettre un terme à la situation de Kidal. Kidal doit revenir à la lumière du jour. Kidal doit être lisible, lisible dans le processus de paix », a martelé le chef de l’Etat. Et IBK d’ajouter qu’« il ne saurait en aucun cas tolérer davantage qu’une partie du Mali soit soustraite à la loi de la nation, à la morale tout court ».

Tolérance ou intolérance, IBK pourra-t-il surmonter les obstacles au retour effectif de l’Etat à Kidal ? Pour l’heure, il est difficile de répondre par l’affirmative. Avec la bénédiction de Paris et contrairement à l’accord de Ouagadougou, le MNLA et ses affiliés circulent librement à Kidal (avec tous les dangers que cela représente) tandis que les 200 soldats maliens dans la zone sont cantonnés dans le camp militaire de la ville.

Pis, le gouverneur nommé par Bamako, le colonel d’aviation Adama Kamissoko et ses préfets sont toujours dans les locaux de la mairie de Kidal pendant que le MNLA occupe le siège du gouvernorat. Hollande n’est-il pas au courant de tout ça ? Au lieu de renforcer les positions du MNLA, la France ferait mieux de favoriser le retour de l’armée malienne à Kidal avant le redéploiement effectif de l’administration. Ce n’est pas de l’envoi de 150 militaires francais en renfort à Kidal que viendra le bout du tunnel. Surtout que les forces françaises de l’opération Serval sont basées dans un camp militaire en dehors de Kidal.

Dans ces conditions, le destin du Mali ne doit plus être lié aux vœux du président Hollande. Celui-ci veut toujours que le MNLA et les mouvements irrédentistes soient choyés comme des entités à part. IBK doit maintenant chercher à s’affranchir de la France en dépit de la reconnaissance de la nation à l’ex-puissance coloniale. Les discours doivent être dépassés. A Paris, Bamako doit signifier toute son ambition d’exercer son autorité sur son territoire.

Ce qui est d’autant plus raisonnable que si les autorités s’entêtent à suivre le chemin tracé par Paris, l’on aura du mal à faire avancer le dossier de Kidal. Et le Mali restera le grand perdant à la veille d’élections législatives, qui devraient en principe marquer le point de départ d’un Etat fort doté d’institutions solides et légitimes.

Si Paris fait fi des actes que le MNLA et ses partenaires posent, Bamako devra les prendre au sérieux et prendre par conséquent les mesures qui s’imposent. Ces gens indignes de foi ont voulu empêcher l’organisation du scrutin présidentiel à Kidal et à la veille des législatives, ils complotent dans le but, entre autres, de priver cette partie du pays de vote. Or, il est inimaginable et inacceptable de voir Kidal sevré de représentants légitimes à l’Assemblée nationale à cause des méfaits d’un groupuscule d’individus bénis par une puissance étrangère. IBK est donc averti: Hollande est l’ami du Mali mais…

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

09 Novembre 2013