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Il voulut en connaître les causes. Ce que les autres élèves ne manquèrent pas de lui apporter : la veille de ce jour, au soir, on avait célébré son mariage (fouri) et elle avait regagné le domicile conjugal.

Attéré par cette nouvelle, le directeur se rendit successivement chez les parents de son élève Absatou, puis chez ceux de son mari, et tenta de leur faire comprendre la gravité de leur acte et ce qu’ils encourraient au vu de la loi, s’ils n’y renonçaient pas. Le message du directeur d’école sembla compris et sa démarche alors fut couronnée de succès car Absatou regagna le domicile paternel et reprit le chemin de l’école.

Brillante dans les études, la jeune écolière fut en juin admise au CEP et en août au concours d’entrée en 6e avec 124 points, ce qui la plaçait parmi les meilleurs à ce concours au plan national. La grande joie de son directeur d’école fit vite place à une profonde affliction quand il apprit que l’enfant, contrainte, était déjà repartie chez son époux !

A son âge, elle vivait donc déjà maritalement, pendant que ses camarades jeunes garçons et quelques fillettes qui ont eu de la chance s’ébrouaient sortant des eaux des marigots du village, joyeux, beaux dans leur insouciance juvénile. L’indécence commande peut-être de taire ici ce qu’elle devait subir dans la couche de son mari au moment où ses camarades d’âge font pipi au lit !

Ne pouvant supporter une telle situation mais impuissant devant l’obstination des parents de sa petite élève, le directeur porta la nouvelle à ses supérieurs hiérarchiques qui saisirent la police. Le commissaire Jules DABULGOU de Mogtédo et ses hommes firent une descente dans le village cité pour s’enquérir de la situation.

Mari et parents d’Absatou furent interpellés et soumis à un interrogatoire. En fait, Absatou ne serait que la victime expiatoire d’une faute dont elle est étrangère. Des explications de ses parents, elle a eu une grande sœur qui une fois au collège en ville se serait laissée engrosser par un homme dont ils ignorent jusqu’à ce jour l’identité. Or, selon la coutume peulh, la fille ne doit pas tomber enceinte dans la cour de son père. C’est pour qu’Absatou ne subisse pas le même sort que le doyen de la famille, un vieux de 66 ans, l’a donnée en mariage.

A 14 ans, Absatou se voit ainsi confisquer son adolescence. Pas encore sortie de son enfance, elle est déjà femme qui va bientôt enfanter car Absatou porte une grossesse de 4 mois. Il y a comme eu pour les parents et le mari une course contre la montre car sait-on jamais. L’autorité a en tout cas contraint les parents à laisser l’adolescente poursuivre ses études au collège mais le doute persiste. Aideront-ils réellement la petite matériellement et psychologiquement à bien étudier ?

En cela le ministère de la Promotion de la femme, celui de l’Action sociale et de la Solidarité nationale sont interpellés pour lui venir en aide et faire échec aux manigances de ceux qui par Absatou et ses anonymes semblables veulent faire échec à la scolarisation des filles.

Lavoisier | L’Opinion

5 octobre 2007