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Le tube du couple de musiciens Amadou et Mariam, intitulé « les dimanches à Bamako« , a révélé au monde entier, la dimension festive que le mariage revêt dans notre pays. Particulièrement dans la capitale.

Les dimanches, les boîtes de nuit, les restaurants et autres lieux de réjouissance sont terriblement sollicités. En effet, dans la plupart des familles, on ne lésine pas sur les moyens pour rendre inoubliable ce jour. Cortège, ripailles, « matinée » ou soirée dansante : on se saigne aux quatre veines pour garder la tête haute.

De fait, une sorte de mimétisme s’est installée : quel que soit ses moyens chacun tente d’imiter les autres. À qui viendrait-il aujourd’hui l’idée de célébrer son mariage à Bamako et dans les autres centres urbains sans camera et sans appareil photo ?

Conséquence de ce conformisme dispendieux, les mariages sont véritablement devenus l’occasion de grands gaspillages. Du coup, se marier devient de plus en plus onéreux. Un cauchemar pour les jeunes célibataires. Et ce n’est sans doute pas pour rien que l’âge du mariage ne cesse de reculer. « La vie devient de plus en plus dure. Surtout pour nous les jeunes confrontés au chômage. Sans travail, comment voulez-vous qu’on prenne une femme ?« , lance Alassane en guise de réponse à un oncle qui lui reprochait de se complaire dans son statut de célibataire endurci.

Le cas de ce jeune homme est loin d’être isolé. Le coût du mariage dissuade nombre de jeunes aujourd’hui de s’engager. Autre nouvelle tendance notable : le temps qui s’écoule entre les fiançailles et le mariage est toujours plus long.

UNE PROPOSITION INATTENDUE

Mais comme tous les casse-tête, celui-ci peut être résolu, à deux et avec un peu de courage. Des jeunes ont commencé à trouver la solution en optant pour le mariage … dans la simplicité. Amadou est un jeune marié âgé d’une trentaine d’années. Il explique, les raisons qui l’ont contraint à longtemps végéter dans le célibat. « J’ai fait près de dix ans de fiançailles. Chaque fois que décidais de célébrer le mariage civil, mes beaux-parents me demandaient d’attendre. Ils trouvaient toujours un argument pour me convaincre. Le plus souvent, le motif invoqué était que toutes les conditions matérielles n’étaient pas réunies« , raconte Amadou.

Très amoureux de sa fiancée, l’homme prit son mal en patience. Un beau jour, un membre de sa future belle-famille vint lui annoncer que le mariage pouvait maintenant être célébré. Mais l’émissaire ajouta que le jour du mariage, la fiancée désirait qu’une grande soirée soit organisée dans un prestigieux hôtel de la place.
« Je tombais des nues. Mes moyens ne permettaient pas une telle extravagance« , poursuit-il.

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A force de réfléchir, le jeune homme eut une idée. Il alla voir sa fiancée et lui expliqua avec beaucoup de pédagogie, sa situation. Ayant constaté que ce travail de persuasion avait fait son effet sur la fiancée, il poussa son avantage en faisant une proposition inattendue : il demanda à sa bien-aimée si elle acceptait de se rendre à la mairie pour sceller leur union de la manière la plus simple. « A ma grande surprise, elle accepta. Je ne l’ai que plus aimée encore« , confie l’homme dont le petit foyer vit aujourd’hui dans la paix et l’harmonie.

Le cas de Amadou n’est pas une exception à Bamako. « Le mariage sobre » a maintenant de nombreux de adeptes. Il n’est plus rare de voir un couple se rendre à la mairie avec, uniquement, ses deux témoins pour se dire oui devant le maire.

Comment expliquer le phénomène ? « Dans notre société les mariages étaient généralement sobres. Mais la matérialisation croissante de la société a crée de nouvelles habitudes. Montrer son aisance matérielle est source de bonheur pour les jeunes couples. Le drame c’est que même si on n’a pas les moyens, on s’efforce de faire l’impossible », explique le sociologue Karim Coulibaly.

On loue des voitures de marque pour le cortège. Certains organisent des dîners dans des grands hôtels de la place. D’autres louent des boîtes de nuit. « Personnellement je trouve paradoxal que les mariés se prêtent au jeu qui consiste à faire croire qu’ils possèdent les moyens qu’ils n’ont pas en réalité« , relève le sociologue.


DES DÉPENSES INUTILES

Cet avis n’est évidement pas partagé par tous. Par exemple pour Cheickna Traoré, ce n’est pas une question d’argent qui pousse les jeunes couples à aller vers le mariage simple. « Quand je me mariais l’année dernière, j’avais les moyens. Je pouvais prendre en location n’importe quelle boîte de nuit. Mais j’ai décidé de me marier dans la sobriété, car je ne voyais pas d’intérêt à effectuer des dépenses inutiles. J’ai préféré donner de l’argent à ma femme pour qu’elle entreprenne quelque chose« , explique-t-il.

Il faut préciser que Traoré est très attaché au respect des préceptes religieux. « En me permettant de me marier, Dieu m’a donné quelque chose qu’il a refusé à d’autres. Donc je ne peux pas me permettre de narguer ceux qui n’ont pas cette chance. Par ailleurs, du point de vu social, je n’aime pas déranger les gens. C’est pour ça que j’ai toujours détesté les cortèges« , précise-t-il.

« J’ai accepté la décision de mon mari de célébrer simplement le mariage, car je pense que cela n’enlèvera rien à la qualité de notre union« , renchérit de son côté Mme Traoré Aminata Dramé, ajoutant qu’en acceptant la proposition de son mari, elle a aussitôt eu le soutien de sa famille et de ses amies.

Certaines mairies encouragent même aujourd’hui les mariages dits simples. « Nous discutons régulièrement de cette question. Et nous enregistrons de plus en plus des mariages sobres. Depuis le début de l’année, nous avons déjà uni une demi-douzaine de couples dans la plus grande simplicité« , certifie Ibrahim Traoré, le chef du service état-civil à la mairie de la Commune III de Bamako.

Le responsable communal distingue deux catégories de personnes qui choisissent généralement les mariages sobres : les candidats à l’union d’âge assez avancé et les jeunes expatriés dont l’emploi de temps ne leur permet pas de préparer un mariage festif.

Dans tous les cas, avec ou sans faste, un mariage est un mariage.

L. DIARRA – L’Essor

18 Mars 2008.