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Elle coordonne, organise les cérémonies entre convoitises, excès et dérives.Cette brave femme est incontournable dans l’organisation du mariage traditionnel. Autrefois, scellé sur la base de la réciprocité des sentiments, du statut social, des liens d’amitié et de parenté, le mariage est devenu aujourd’hui une union d’intérêt économique.

jpg_balimamouso.jpgLes valeurs qui caractérisent le mariage dans nos cultures sont le respect mutuel, la fidélité devant Dieu et les hommes, l’engagement à vivre ensemble pour le meilleur et le pire. Sous le soleil d’aujourd’hui elles se sont dégradées en de vœux pieux.

Les cérémonies et rituels qui accompagnaient ces cérémonies de mariages ont carrément dévié de leur sens profond (voir L’ESSOR du16 Avril dernier). Aujourd’hui nous nous intéressons à la sœur organisatrice en chef, la « balima muso kuntigui»). Selon la tradition, la sœur organisatrice représente le mari dans la belle famille.

C’est elle qui est chargée d’apporter aux beaux parents tout ce dont la belle famille et la future mariée ont besoin avant et au cours de la cérémonie de mariage. La sœur organisatrice en chef est choisie parmi les sœurs, les cousines et même les amies du fiancé. Le choix ne vient pas forcément de la famille du marié.

Cette préséance dans le protocole en ce jour solennel suscite autour de cette responsabilité une véritable convoitise. La compétition devient plus rude s’il s’agit du mariage d’un frère fortuné. Dès l’annonce de la date du mariage, la sœur organisatrice en chef mobilise les autres sœurs et cousines de la famille du mari pour réunir le trousseau de mariage.

Elle coordonne le mariage dans les plus petits détails. Elle accompagne la mariée pour choisir sa robe de mariée et ses accessoires. Elle s’occupe de la coiffure de la future épouse. Elle veille sur le bien- être et le confort de la mariée, avant et après les cérémonies. L’octogénaire Djénéba Djiré explique le sens profond de cette pratique de confier l’organisation matérielle. « Chez les ségoviens, on peut se passer de la marraine, mais jamais de la sœur organisatrice.

En effet, à notre époque, les futurs mariés ne se connaissaient pratiquement pas. C’était la sœur qui représentait le marié. Elle rassurait la nouvelle mariée et s’occupait de ces moindres soins. Et après les cérémonies, elle était chargée d’accompagner l’intégration de la nouvelle mariée dans sa nouvelle famille (sa belle famille). Elle prenait la nouvelle mariée sous sa protection et lui prodiguait des conseils. Cette sorte de dame de compagnie était recrutée entre les sœurs et les cousines déjà mariées », développe notre interlocutrice.

Selon l’octogénaire, la sœur organisatrice en collaboration avec les autres sœurs et cousines mariées réunit le trousseau de mariage. Il est principalement constitué de bandes de cotonnade blanche qui servent pour confectionner une tenue typique à la nouvelle mariée pendant la semaine nuptiale. « Chaque sœur apportait une bande de cotonnade. La sœur organisatrice en chef en plus de sa part apporte la logistique nécessaire pour meubler la chambre nuptiale : la natte, la couverture, la jarre, la nourriture, a expliqué la vieille et sage Djéneba Djiré.

Elle a insisté sur l’importance de la sœur organisatrice en chef dans le mariage de son frère pour raffermir les liens de fraternité et d’amitié dans la famille. dissolution des valeurs culturelles. Aujourd’hui parler de sœur organisatrice en chef revient à parler de trousseau de mariage et de la valise dodue déposée sur la natte des vieux lors du mariage religieux (silamè furusiri valisi).

L’annonce du mariage, déclenche une guerre larvée entre les sœurs, les cousines et les parentes pour choisir la sœur organisatrice en chef. Celle qui dispose de grands moyens pour tout financer est facilement choisie. Le choix des célibataires n’est plus un outrage aux valeurs sociales. Le comble est que le marié peut même désigner sa sœur organisatrice en chef. Nous avons déploré la dissolution des valeurs culturelles traditionnelles à Bamako.

Certaines familles frisent le ridicule au moment du choix de la sœur organisatrice en chef. Une certaine famille dans un quartier de la ville a défrayé la chronique longtemps. Tous les noms des sœurs du futur marié avaient été déposés dans une urne en vue d’un tirage au sort.

Ironie du sort ou vengeance des mânes des ancêtres ? Le nom d’une fillette de trois ans est sorti de l’urne. Quel scandale ! Depuis les voisins boudent cette famille jugée coupable d’outrage à nos valeurs sacrées. Le choix de la sœur organisatrice en chef peut être laborieux. Mais elle est moins pénible que la constitution de la valise de mariage.

Une opération délicate ! Elle fait appel à toutes les sœurs d’un certain âge. Mais des familles bamakoises font même cotiser les bébés. Mme Traoré Astan maîtrise parfaitement ce thème. « Être sœur organisatrice est sans doute le rôle le plus difficile dans l’organisation du mariage. Aujourd’hui, en plus de responsabilité qu’engendre ce rôle, il elle-même paraître unique. Si les autres sœurs peuvent se permettre de n’apporter que trois pagnes de wax, moi je devrais apporter du Bazin riche, des brodés et d’autres accessoires indispensables au mariage » , témoigne notre interlocutrice.

Alimatou Sacko, élève est seulement âgée de 15 ans. Elle a déjà exercé cette responsabilité. « Dans ma famille, la sœur organisatrice en chef est désignée par tirage au sort. Toutes les filles âgées de sept ans doivent donner le pagne. Ce sont nos mères qui donnent à notre place. J’avais été choisie comme organisatrice en chef malgré les réticences de ma mère.»

Heureusement pour cette adolescente l’assistance financière du marié, qui était son cousin et l’apport de sa mère l’ont aidé à remplir son rôle à la satisfaction de tous.

Doussou Djiré

L’Essor du 23 Avril 2010.