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Historiquement délaissé par le pouvoir central, Kasserine, dans le centre de la Tunisie, est le premier territoire à avoir réclamé le statut de « région victime » auprès de l’Instance vérité et dignité (IVD). Une démarche qui suscite des attentes mais aussi du scepticisme au sein de la population. A l’heure où la Tunisie s’apprête à écouter des premières victimes de la dictature lors d’auditions publiques retransmises à la télévision jeudi et vendredi, des militants de la société civile veulent que la marginalisation par l’Etat de régions entières soit admise haut et fort. « L’Etat doit reconnaître qu’il a délaissé la région de Kasserine et l’a privée des droits les plus élémentaires à une vie digne durant des années et des années », déclare à l’AFP Zina Mhamdi, présidente du bureau régional du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES). C’est cette ONG qui a porté le dossier de Kasserine devant l’IVD, chargée en cinq ans maximum de recenser et réhabiliter les victimes d’atteintes aux droits de l’Homme, principalement sous les présidences de Habib Bourguiba (1957-87) et Zine El Abidine Ben Ali (1987-2011). Les documents, préparés avec l’aide d’Avocats sans frontières (ASF), démontrent que la situation socio-économique de Kasserine est « la plus dégradante » en Tunisie, fait valoir Souad Tlili, une responsable du bureau du FTDES à Kasserine. Kasserine « est le gouvernorat aux records les plus tristes. Plus d’un travailleur sur quatre est au chômage, un foyer sur trois n’a pas d’accès à l’eau potable et le taux d’analphabétisme atteint 32%, contre 12% à Tunis », relève l’ONG. Premier dossier du genre déposé auprès de l’IVD, la démarche a rapidement essaimé. Une trentaine de régions dont des quartiers ont fini par vouloir se constituer , via des associations et des ONG. Pour le FTDES, il s’agit de poser « la question des inégalités régionales provoquées » par des régimes dont les chefs ont souvent choyé leurs fiefs du littoral. »Certaines régions ont été tenues à l’écart de tout processus ».
AFP