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L’unité d’action des militants de diverses associations et organisations à caractère politique a été incontestablement un facteur déterminant dans la révolution de mars 1991. L’une des meilleures illustrations de cette unité d’action fut la marche unitaire du 30 décembre 1990. Cet événement majeur dans l’histoire politique récente du Mali démocratique mérite d’être célébré.

C’est pourquoi des acteurs du Mouvement Démocratique se sont réunis le 10 janvier 2009 au Centre International de Conférences de Bamako afin de renouer avec les valeurs fondatrices des partis, organisations et associations issus du Mouvement Démocratique. Parmi ces acteurs nous pouvons citer entre autres Issiaka Traoré, Me Mountaga Tall, Modibo Kadjoké du CNID, Aly Nouhoum Diallo, Soumeylou Boubèye Maïga, Dioncounda Traoré, Adama Samassékou, Mme Sy Kadiatou Sow de l’ADEMA, Youssouf Maïga de l’AJDP, Harouna Racine Keïta, reporter d’images ; Bakary Konimba Traoré dit “Bakary Pionnier”.


Les objectifs de la journée commémorative

Selon les initiateurs de la journée commémorative du 30 décembre 1990, les objectifs visés sont :

• L’instauration d’un cadre propice au débat sain et constructif entre tous les acteurs politiques en général et ceux du Mouvement Démocratique en particulier ;

• La préservation et la consolidation du processus démocratique ;

• La préservation de la mémoire des martyrs de la lutte pour la démocratie.

Le CNID-Association, l’ADEMA-Association, les organisations démocratiques telles que l’ADJP, l’ADIDE, la JLD, l’AEEM ainsi que des partis politiques issus du Mouvement Démocratique comme le CNID-FYT, l’ADEMA-PASJ, le RPM, l’URD, l’US-RDA, le BARA, le SADI, le PARENA, le MIRIA, le PIDS, entre autres ont été invités à témoigner.

Pourquoi l’ADEMA a décline l’offre du CINID?

Dix huit ans après la marche unitaire du 30 décembre 1990, le président du CNID-Association, El Hadj Issiaka Traoré a révélé à l’assistance qu’avant la tenue de leur assemblée constitutive, ils ont approché les signataires de la lettre ouverte à travers Feu Abdoulaye Barry et le président Alpha Oumar Konaré pour leur exprimer leur volonté de créer avec eux une association.

Ils ont décliné la proposition car, selon eux pour le moment, ils n’étaient pas dans la logique de création d’une telle association. Et pourtant, la tenue de l’assemblée constitutive du CNID Association le 18 octobre 1990 a enregistré la présence de Mme Sy Kadiatou Sow et de Feu Bengoro Coulibaly.

Quelques jours plus tard, l’ADEMA-Association fut créée, et immédiatement, le CNID-Association leur a adressé une lettre pour saluer la création de leur association et exprimer le désir de mener si possible ensemble des actions unitaires. C’est ainsi que le CNID-Association a informé l’ADEMA-Association de l’organisation d’une marche pour l’instauration ici et maintenant du pluralisme démocratique le 10 décembre 1990.

Le 9 décembre 1990, les dirigeants de l’ADEMA-Association ont répondu à la lettre en disant qu’une telle activité comportait des risques, par conséquent ils ne pourraient pas y participer. Le 14 décembre, le CNID-Association a fait une conférence de presse de restitution et d’évaluation de la préparation et du déroulement de leur première marche qui a regroupé près de trente mille participants (tes).

“Le 18 octobre 1990 et le 10 décembre 1990 sont deux dates inoubliables, elles ont marqué la fin de la peur et de l’incertitude. Et les Maliens et Maliennes ont dit enfin voilà ce qui nous manquait : la lutte à visage découvert”, a martelé le président du CNID-Association.

Après cette conférence de presse, des émissaires de l’ADEMA-Association ont demandé au CNID d’organiser une marche unitaire le 30 décembre 1990.

Fort des expériences acquises lors de la marche du 10 décembre 1990 le CNID-Association a élaboré un canevas de travail et le 24 décembre 1990 les deux associations ont organisé une conférence de presse unitaire au siège du CNID-Association à Faladiè-SEMA en présence de la presse nationale et internationale et toutes les associations et organisations du Mouvement Démocratique étaient invitées.

L’Isboullah a lancé un appel aux musulmans le 24 décembre 1990 leur demandant de participer massivement à la marche du 30 décembre pour l’instauration de la démocratie au Mali.

La marche des braves le 30 décembre 1990

Nous avons saisi la délégation spéciale de la mairie de la Commune III pour la tenue de notre marche du 30 décembre. Le maire a exigé de lui faire parvenir par écrit, quarante huit heures avant l’heure prévue pour la marche, une déclaration signée par trois organisateurs désignés engageant leurs responsabilités à prendre toutes les dispositions nécessaires pour que l’ordre ne soit pas troublé et s’engager à réparer les dommages, dégâts et préjudices causés à l’Etat, aux collectivités ou aux tiers.

Nous avons répondu en leur signifiant que leur demande est illégale, cependant pour prouver notre bonne foi, nous avons donné les noms des camarades Maître Mountaga Tall, Soumeylou Boubèye Maïga et Mohamedoun Dicko.

Pour la médiatisation de l’événement par l’ORTM, l’agent qui reçoit les avis et communiqués nous a demandé de saisir le Directeur Général qui nous renvoya au Directeur de Cabinet du ministre de la Communication qui a refusé. Et cela malgré l’acte d’Huissier Me Berthé pour les amener à diffuser notre marche, ils ne l’ont pas fait”, a témoigné le président du CNID-Association.

Le pouvoir a réagi aux annonces insérées dans la presse privée en exigeant un dépôt administratif, préalable à la mise en vente du journal, conformément, disait-il, à l’article 8 de la loi 88-58 AN-RM ainsi libellé : “Au moment de la publication et avant la mise en vente du journal ou écrit périodique, il sera remis à Bamako, au ministre chargé de l’Administration Territoriale et au Parquet du Procureur de la République etc, deux exemplaires signés par le Directeur de Publication”.

Les camarades Tiégoum Boubèye Maïga, Boubacar Keïta, Mountaga Tall, Sadou Yattara, Cheïbane Coulibaly et El Hadj Seydou Faganda Diarra, tous Directeurs de Publications ont réagi en disant “nous entendons nous en tenir à une saisine et stricte application de la loi en procédant au dépôt administratif avant la mise en vente de nos publications sans autre délai prévu par la loi”.

Malgré les intimidations, la marche du 30 décembre 1990 a mobilisé 30 à 50 000 manifestants (tes) dans l’ordre et la discipline. Le meeting qui devrait avoir lieu au Stade Mamadou Konaté se tiendra finalement sur un lieu public. La contre-marche, l’hélicoptère et le dispositif impressionnant de l’armée n’ont pas empêché Me Tall, Mme Sy et Oumar Mariko de prendre la parole pour lire une déclaration.

Après un tel acte de bravoure et de solidarité face à la mort, le CNID-Association ne pouvait pas imaginer que ces hommes et ces femmes, à cause du pouvoir éphémère de ce monde, pouvaient avoir un tel comportement les uns envers les autres.

“Mes frères, mes sœurs, la lutte est loin d’être gagnée, aux anciens dirigeants (tes) des associations, nous vous demandons, de vous réunir immédiatement pour créer un cadre de concertation dans la plus grande franchise, si vous êtes encore démocrates et convaincus des idéaux qui vous animaient en 1990 et 1991”, a conclu El Hadj Issiaka Traoré du CNID-Association.


L’échec des partis n’est pas celui du mouvement démocratique

La journée commémorative de la marche unitaire du 30 décembre 1990, célébrée kle 10 janvier 2008 a enregistré plusieurs interventions. Ainsi, au nom de l’ADJP, Youssouf Maïga a laissé entendre que son association a été la 1ère à marcher le 15 octobre 1990, soit 75 jours avant la marche unitaire du 30 décembre.

Pour le représentant de la Jeunesse Libre et Démocratique (JLD), le Mouvement Démocratique n’a pas tenu ses engagements envers le peuple, ses responsables se sont tout simplement accommodés aux régimes successifs.

Pour Dioncounda Traoré de l’ADEMA-PASJ, les acteurs du Mouvement Démocratique se sont trop dispersés. “Rien n’est jamais acquis définitivement. Camarade, la lutte n’est pas terminée”, a-t-il dit.

Selon Me Mountaga Tall du CNID-FYT, le Mouvement Démocratique a accompli sa mission historique. Ce sont les partis politiques qui ont pris la relève, et, l’échec des partis politiques ne peut pas être imputé au Mouvement Démocratique.

Daba Balla KEITA

12 Janvier 2009