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A moins d’une semaine de l’Aïd-el-kébir, communément appelée la fête de la Tabaski ou encore « la Grande fête », le prix des moutons ne cesse d’augmenter sur les différents points de vente de la capitale. La fête s’approche et les espoirs de connaître un renversement de situation laisse à désirer. Cela se justifie en grande partie par l’occupation des trois régions grandes zones productrices de bétail du Mali.

Depuis quelques semaines, les marchés de mouton de la capitale ont commencé à s’animer. Certains vendeurs encombrent les rues en circulant avec des troupeaux de petits ruminants pendant que d’autres sont fixés dans des sites destinés à la vente de moutons. Un peu partout, se multiplient les scènes de marchandages entre vendeurs et acheteurs.

Au cours de notre enquête dans les différents foirails de Bamako appelés par les populations «garbals», il s’est avéré que les marchés sont déprimés et l’affluence ne reflète pas la réalité des autres années à cette même période où on est à une semaine de la fête. Les prix, comparés à ceux de l’année passée, sont jugés très élevés par les acheteurs.

En faisant le tour des deux rives de la ville de Bamako, de Boulkassoumbougou au quartier «Sans fil» en passant par Lafiabougou, Badalabougou, Faladié, Niamakoro et Niamana, on se rend compte que le prix du mouton va de 35 000 à 250 000, voire 750 000 Fcfa selon un cas rencontré. Le prix, c’est selon la taille et la qualité du bélier.
Sur ces différents sites de Bamako, il faut noter que les moutons proposés entre 35 000 et 50 000 Fcfa sont de petite taille et selon la plupart des acheteurs trouvés sur place «ne sont que des agneaux». Pour avoir un bon bélier, il faut débourser jusqu’à 80 000 Fcfa voir 100 000 Fcfa.

A en croire Ibrahim Touré, éleveur et vendeur de moutons au marché de Lafiabougou, le marché n’est pas du tout bien approvisionné cette année. Selon lui: «D’habitude, ce sont essentiellement des localités des régions du nord Mali, notamment Bambara Maoudé, Diré, Tonka, Douentza, Léré, Gossi, Hombori, Koro qui approvisionnent Bamako en grande partie. Avec l’occupation, les échanges avec le Nord sont au ralenti. La capitale est approvisionnée par les zones du Sahel occidental et la ville de Nara joue un grand rôle dans ce cadre», indique notre interlocuteur.

Certains vendeurs de mouton qui sont venus de certaines régions du nord ont expliqué la montée du prix des moutons par les conditions de transport du bétail, notamment les tracasseries policières, militaires et douanières, de l’entrée de Mopti jusqu’à Bamako. Amadou Maïga fait partie des rares éleveurs qui ont acheminé des béliers à Bamako. Il affirme qu’en plus de la crise au Mali, les vendeurs sont découragés par les dépenses énormes liées au transport, les taxes et l’aliment de bétail. «Les charges sont considérables, rien que pour le transport. Nous avons déboursé une somme colossale pour les taxes, sans compter l’aliment pour le bétail qui nous a coûté très cher durant le voyage. De Gossi à Douentza, tout va pour le mieux. Mais de Kona à Bamako, nous avons énormément déboursé aux postes de police, de gendarmerie et de douane. A Kona, même les militaires font des sommations. On n’a pas d’autre choix. C’est surtout cette situation qui a empêché beaucoup de commerçants de moutons d’aller se ravitailler au nord», assure notre vendeur, en énumérant d’autres frais comme le coût de la location du véhicule pour le transport des animaux (entre 600 000 à 700 000 Fcfa).

Au grand «garbal» de Faladiè, les visages des commerçants reflètent le prix des moutons de la place. Ils reconnaissent qu’il n’y a pas assez de bêtes et que les ventes sont inhabituellement lentes. Ousmane Sidibé, un revendeur se montre catégorique: «Je suis moi-même chef de famille. Je sais que le mouton n’est pas vraiment abordable cette année. C’est trop cher. Les rares cargaisons qui nous arrivent sont insignifiantes par rapport aux besoins du marché. Beaucoup de bergers qui venaient des régions du Sahel refusent aujourd’hui d’emprunter ce trajet», laisse entendre Ousmane Sidibé.

Amadou Traoré, un chef de famille, accompagné de ses deux fils afin d’acheter son bélier pour la fête, se dit très déçu et inquiet. Après de longs pourparlers sans succès autour d’un bélier, il a fini par rentrer à la maison. «Les prix des moutons qu’on m’a proposés sont trop élevés. Est-ce que ces gens-là savent dans quelle situation se trouve le pays ? Nous faisons déjà tant d’efforts pour joindre les deux bouts. Regardez ce petit mouton qu’on veut me vendre à 75 000 Fcfa. En temps normal je ne donnerai même pas 30 000 FCFA pour cette bête», s’insurge Traoré.

Au marché de Lafiabougou, le prêcheur de Bagadadji communément appelé Bagadadji Moussa, entouré de près de 10 vendeurs de béliers, nous dira que le prix des béliers est fortement élevé cette année. Sur la même place, Yaya Traoré dit Rougeot se montre ferme en disant que «si il n’y plus d’exportation de notre bétail à l’extérieur du pays il faut forcément s’attendre à une hausse de prix».

Dans les différents marchés visités, les béliers s’écoulaient au compte-goutte. La plupart des acheteurs, déçus, ont préfère attendre le jour de la fête pour acheter leur bélier, tout en espérant que les prix vont baisser. Mais ce pari est toujours risqué comme cela s’est vérifié dans le passé, surtout pendant certaines années où une pénurie de moutons a sévi la veille de la fête. Il reste tout de même à espérer que dans les jours à venir, il y aura une évolution des prix du bélier sur le marché car, cette année, beaucoup sont prêts à se contenter de payer des moutons moyens à défaut de gros béliers. En effet, comme le dit l’adage : «A défaut du sein de la mère, on se rabat sur celui la grand-mère».


Les marchés de Bamako aux couleurs de la Tabaski : baisse de l’affluence par rapport aux années précédentes

Les marchés de Bamako, à l’approche de la fête de Tabaski, affichent les couleurs de la fête. Cependant, les commerçants se disent perplexes quant à la baisse de l’affluence des acheteurs par rapport aux précédentes fêtes.

Dans une société malienne ayant tendance à se décloisonner, les soucis d’esthétique vestimentaire ont acquis, au fil du temps, un statut dominant. Seulement, ce sont les moyens qui manquent. L’offre dépasse largement la demande; le pouvoir d’achat des Maliens a beaucoup chuté, dans l’ensemble. Néanmoins, plusieurs commerçants attestent que le bazin, les habits et les chaussures se vendent bien. Les prix, assure Moussa Koné, sont stables cette année. « Il n’y a pas de flambée cette année, les prix restent les mêmes que l’année passée. Mais, il n’y a pas une grande affluence. Les parents n’ont pas d’argent et la situation difficile du pays décourage plus d’un. En tout cas, je ne cherche pas de grands bénéfices sur ces marchandises. Je veux juste liquider ce que j’ai ici», indique t-il.

Les enfants d’abord

Toutes les grandes fêtes sont bien connues pour être celles des enfants d’abord. Leur habillement passe en priorité sur la liste des préparatifs, dans tous les foyers maliens. C’est ce qui explique l’abondance des articles qui leur sont destinés. Les habits et accessoires pour enfants sont exposés partout. Et les prix semblent abordables. Au Grand marché de Bamako, la robe de petite fille est cédée de 750 à 6000 Fcfa selon la taille et la qualité. Et le complet pour les petits garçons est vendu après un âpre marchandage entre 1500 et 8000 Fcfa. Les petits accessoires qui vont avec les habits coûtent 150 Fcfa pour les lunettes et les montres multicolores, 500 Fcfa le sac à main, 300 Fcfa le chapeau et 300 à 500 Fcfa pour la ceinture.

Le bazin en tête de liste

Si le bazin, habit de luxe par excellence, placé à la frontière de l’artisanat et de l’industrie, semblait être réservée à une élite, sociale ou économique, il s’inscrit désormais dans une évolution plus vaste. Le succès que le bazin connait au Mali est comparable à celui du Blue Jean en occident. La légende raconte que ce tissu fabuleux serait entré au Mali dans la valise d’un commerçant maure à son retour du Maroc dans les années 1900; et que la bourgeoisie marocaine le faisait venir d’Espagne pour la confection des draps, des nappes de table et rideaux brodés à la main.

Entre rêve et réalité, l’audace du bazin bouscule la mode contemporaine subsaharienne, et est récompensé par une fulgurante révolution vestimentaire au Mali. Le prix du mètre du bazin varie entre 7500 Fcfa et 1000 Fcfa. Dans chaque boubou, chaque tunique et robe en bazin, on voit le secteur d’élaboration de grandes tendances, revisitées et réinterprétées, et mises au service des impératifs de la vie quotidienne, par nos artisans couturiers, passionnément appelés les tailleurs.

Le Prétoire du 22 Octobre 2012


Préparation de la Fête de tabaski : des Maliens se prononcent

Dans le cadre de la fête de tabaski, nous avons pris l’initiative d’interroger des habitants de la ville de Bamako pour savoir comment ils préparent cette fête autrement appelée la fête des moutons, pour signifier que l’acquisition d’un mouton est une de leurs préoccupations centrales. C’est ainsi que nous avons donné la parole à des tailleurs, teinturières et tapeurs de bazin qui sont généralement sollicités à l’occasion.

Karim Coulibaly, batteur de bazin au marché de Hamdallaye:

Aujourd’hui, nous remercions le bon Dieu pour ses bienfaits. En ce qui concerne l’affluence des clients cette année, ce n’est pas comme les années précédentes. Cela aussi s’explique par le fait que notre pays est confronté à des problèmes avec cette occupation des régions Nord de notre pays. L’argent aussi se fait rare. Même nos clients teinturières qui nous amènent des tissus crient actuellement. Mais avec le peu que nous avons, nous remercions le bon Dieu tout en lui demandant d’avoir pitié de nous afin de mettre fin à cette crise qui secoue le pays.

Mme Neïssa Traore, gérante d’un salon de couture :

Cette année, les Bamakois sont en train de préparer la fête comme ils peuvent. Je trouve également que c’est la situation actuelle du pays qui impose cela. Mais, malgré les problèmes, nous parvenons à satisfaire quelques commandes de nos clients de l’extérieur comme la France, la Guinée. Bref, le marché n’est pas comme avant. Mais aussi, en dehors de ces commandes, nous sommes aussi parvenus à coudre pour des particuliers qui nous amènent du bazin pour la famille. Donc nous pouvons dire Alhamoudoulilah pour remercier Dieu sinon ce n’est pas facile.

Mme Coulibaly Fanta Sy, teinturière

La fête des moutons de cette année est très dure car les clients se font rares faute d’argent. Il y a aussi la situation actuelle du pays. L’année dernière, nous avons pu faire la teinture de beaucoup de tissus en basin, mais cette année ce n’est pas le cas. Nous sommes aussi conscientes de la réalité des choses et nous ne pouvons que prier le bon Dieu pour qu’il nous aide à sortir de cette crise. Je souhaite également bonne fête à tous nos compatriotes du sud, mais surtout ceux du Nord qui souffrent avec cette occupation par des islamistes.
Mbaye, tailleur sénégalais dans l’atelier de couture «Chez Rose»:
Au fait, la fête de tabaski de cette année n’est pas comme celle de l’année dernière.

La preuve est qu’à pareil moment, il était difficile d’accepter les commandes des clients qui attendent la dernière minute pour amener des habits à coudre. Alors que cette année, vous voyez, à quelques jours de la fête, nous continuons à en prendre. Cela aussi prouve à suffisance que ça ne va pas dans le pays, même si nous savons que beaucoup de personnes aiment la dernière minute pour faire la queue devant les salons de couture. Donc, il faut savoir que tout ceci s’explique par la situation du pays. Je profite de votre présence pour implorer de nouveau Dieu afin qu’il mette fin à cette crise qui secoue le pays.

Le Prétoire du 22 Octobre 2012


A l’approche de la fête de la tabaski : les vols de motos et de moutons s’intensifient

Depuis quelques années, à l’approche de chaque fête, nous assistons à un phénomène en recrudescence au sein de la jeunesse. C’est le vol de motos pour trouver de quoi payer des fringues et la tournée des grands ducs le soir des jours de fête. Si c’est à l’approche de la tabaski, tout comme les motos, les moutons deviennent les cibles de ces jeunes délinquants. Ces pratiques remettent à demain l’éducation que les parents ont léguée à ces enfants qui usent de tous les moyens y compris ceux illicites, pour gagner de l’argent.

Selon nos informations, le phénomène prend de l’ampleur parce que les jeunes gars font tellement des promesses aux jeunes filles à l’approche de chaque fête, qu’ils finissent par tomber dans cette tentation du vol. Le Bazin, les bijoux, la coiffure, la chaussure et la liquidité pour être à la hauteur le jour de la fête, c’est déjà en demander trop à un jeune sans emploi qui vit encore sous le toit familial où il est pris en charge même pour payer une paire de chaussettes. A défaut de ne pas mettre la main sur l’argent des parents, certains jeunes jettent leur dévolu sur les motos ou moutons d’autrui pour satisfaire les caprices de la copine.

Riposter contre ces jeunes délinquants lorsqu’ils viennent enlever une moto comporte beaucoup de risques de nos jours car ils n’hésitent pas à user d’armes pour faire lâcher prise au conducteur ou propriétaire. D’ailleurs à Bamako actuellement, les délinquants qui opèrent la nuit tirent des coups de feu à bout portant sur leur cible pour s’emparer de sa moto. Mais en contre partie, les populations de plus en plus excédées par ces pratiques barbares ont tendance à recourir à la justice expéditive, notamment par l’application du fameux article 320, pour brûler vif les voleurs. C’est pour dire que, dans un cas comme dans l’autre, le danger est présent. Il faut savoir que la mort n’est plus loin.

En un temps record, la moto achetée à 325.000 FCFA est revendue par le malfrat à un prix dérisoire. Si le phénomène a droit de cité, c’est parce qu’il y a aussi des receleurs qui facilitent la tâche subtilisés. Nul n’est plus à l’abri du danger avec ces jeunes qui sont difficiles à identifier car ils ne donnent pas du tout l’air d’être des criminels. En effet, que le chat soit noir ou gris, l’essentiel est qu’il attrape la souris. Les lieux de prédilection de nos jeunes délinquants ne sont que les avenues mal éclairées le soir. Combien de nos frères et sœurs ont connu la mort à l’approche des fêtes dans la Cité des trois caïmans ? C’est vraiment la honte pour ces jeunes qui ne font plus la fierté de notre pays. Vouloir coûte que coûte tordre le cou à son prochain pour s’emparer de son bien qu’il a acquis à la sueur de son front est vraiment triste.

Il n’est pas rare de retrouver aussi des jeunes filles dans des bandes de voleurs. Elles sont nombreuses ces filles qui, le jour de la fête, portent des tenues achetées à partir de l’argent du sang. De nos jours, nos sœurs constituent un grand danger pour la société parce qu’elles ne résistent pas devant l’argent qui, pour elles, n’a pas d’odeur et ne parle pas. En voulant exiger d’un homme qui vit sans grand moyen des choses impossibles, les filles deviennent pratiquement commanditaires ou complices des actes criminels de leur jeune copain. «Depuis un certain temps, je ne passe plus dans les zones obscures. Il n’y a plus de sécurité la nuit à Bamako pour les conducteurs de moto. Ce qui me fait mal est que non seulement ils vont prendre la moto, mais ils blessent ou tuent le conducteur», a martelé Siaka Sissoko. C’est sans commentaire.

Le Prétoire du 22 Octobre 2012