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Conjointement organisée par les Jeunes Patriotes et la Société Civile, à l’instigation de sa diaspora, une marche à Gao a dégénéré et enregistré trois (3) morts et une trentaine de blessés, dont des cas en urgence totale. Pourquoi une marche, annoncée pacifique, s’est-elle transformée en tragédie?

Quels manquements sont à l’origine de cette macabre réédition de l’affrontement entre la jeunesse et la Minusma, qui avait fait 7 morts et dont le Président de la République, venu sur les lieux, avait souhaité qu’elle ne se reproduise plus jamais. Eléments d’enquête de notre correspondant à Gao.

Partie hier mardi 12 juillet, vers 8 heures, du Monument de l’Indépendance pour rallier le Gouvernorat, aux fins de la remise de doléances au Chef de l’Exécutif régional, la marche de Gao a abouti, à mi-chemin, au niveau de la Direction Régionale de la Police, en affrontement ouvert avec un détachement de la Police, avant que celle-ci ne se replie pour laisser le service d’ordre à la Garde Nationale, puis à l’Armée.

Le torchon brûlait bien avant le mois sacré du Ramadan entre les autorités administratives de Gao et la jeunesse, organisée au sein du Mouvement des Patriotes. Le 24 mai dernier, une marche des jeunes avait abouti à la remise d’une lettre au Gouverneur Seydou Traoré, relative au cantonnement dans le cadre du processus de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR), sans contrepartie.

Les jeunes de Gao ont argumenté qu’après la libération de la Cité des Askia, au lendemain de l’Opération Serval, ils avaient été approchés par le Commandement militaire et la Mairie afin de rendre les armes et munitions en leur possession.
L’opération, organisée sous les caméras de l’ORTM, a abouti à la remise à l’armée de plusieurs dizaines d’armes à feu (kalachnikovs, fusils à pompe, pistolets UZI) et d’une grande quantité de munitions (grenades, balles).

Dès lors, les Patriotes estiment que leur cantonnement ne doit plus être conditionné à la fourniture d’armes, qu’ils n’ont plus en leur possession. Ou alors, il faudra que l’armée leur remette leurs armes afin qu’ils aient accès à la réinsertion, avec les mêmes chances que les éléments des autres mouvements (CMA, Gadan-koy, Ganda-Izo), qui n’ont pas été désarmés.

La lettre de la jeunesse, si elle a été acceptée par le Gouverneur, n’a jamais eu de suite, alors que les opérations de cantonnement sont en cours. Par ailleurs, la Société Civile commençait à lever un ton de protestation concernant les modalités de mise en place des autorités intérimaires.

Son argument est qu’au regard du lourd tribut que Gao a payé à l’agression narco-jihadiste, la mise en place des autorités intérimaires en l’état est inacceptable, d’autant plus que cela ressemble à une OPA des rebelles sur le Conseil régional de Gao et les Conseils de cercle, avec la complicité de l’Etat.

Le mouvement est emmené par un trio de la diaspora: Mme Coulibaly Ramata Maiga, icône de la cause malienne face à la CMA sur France 24 et Messieurs Idrissa A. Touré et Habiboulaye Maiga, du Ghana et de l’Arabie Saoudite.

C’est donc pour rappeler au Gouvernement la suite attendue de la revendication des Patriotes et pour alerter sur la problématique de la mise en place des autorités intérimaires que la marche du 12 juillet avait été programmée.

Il est apparu que l’autorisation de la Commune urbaine de Gao n’avait pas été donnée. En outre, le Gouverneur Seydou Traoré, qui avait eu tout le week end un dialogue tendu avec les organisateurs, a ordonné à la police d’interdire la progression de la marche, si elle venait à être organisée malgré l’interdit administratif.

La suite est, en lever de rideau, une échauffourée avec les policiers au niveau du Marché Washington, où une balle atteignit en pleine tempe le sieur Seydou Douka Maiga, commerçant de son état, alors qu’il fermait sa boutique pour aller se mettre à l’abri. Mort sur le coup.

Les organisateurs atteignirent le Gouvernorat, où une fin de non recevoir leur a été signifiée par le service d’ordre, avant que le Gouverneur ne déclare que le ministre de l’Administration Territoriale lui avait instruit de recevoir les doléances écrites. Trop tard, rétorquèrent les marcheurs, il y eu mort d’homme. «Les doléances seront remises au successeur du Gouverneur Seydou Traoré, disqualifié dès lors qu’il a ensanglanté le dialogue social».

Pendant ce temps, une course poursuite se déroulait dans les rues de Gao, occasionnant deux autres morts (Mahamane Housseiny, 22 ans et un homme non encore identifié).

Le soir, les forces de l’ordre se cantonnèrent aux abords de la Compagnie de Gendarmerie et les marcheurs devant le Conseil régional de Gao, pour une veillée et le départ d’un sit in de trois jours. Pour eux, la condition absolue à l’entame du dialogue avec le Gouvernement est le départ du Gouverneur de Gao.
Au moment où nous mettions sous presse, la délégation gouvernementale, dont font partie, entre autres, les ministres de l’Administration Territoriale, de la Sécurité Intérieure et de la Justice, était en conclave avec les organisateurs de la marche au Camp militaire de Gao.

Image émouvante qui pourrait présager de la suite heureuse des événements, un groupe de Jeunes Patriotes et un groupe de Gardes partageaient ensemble le déjeuner, soupe militaire et riz en sauce au menu. Une scène vécue à 14 heures, ce 13 juillet, devant la Pharmacie Officine Pasteur de de Gao.

A suivre.

Salam Maiga, Correspondance particulière

14 Juillet 2016