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Le manque de cahiers scolaires dans les établissements secondaires se fait beaucoup sentir cette année, une situation due au système de passation des marchés qu’à une pénurie réelle. Enquête.

La rentrée scolaire a démarré sur des chapeaux de roue dans les lycées et établissements techniques et professionnels du Mali. La semaine dernière, les élèves de l’Ecole centrale pour le commerce, l’industrie et l’administration (l’Ecica) avaient observé un débrayage de cours pour protester contre le manque de cahiers qu’ils devaient pourtant recevoir dès la rentrée des classes.

Chaque année, l’Etat lance un appel d’offres de fournitures scolaires (cahiers, bics, craies, crayons, etc.). Pour la rentrée 2008-2009, le marché est toujours au stade du dépouillement. Il avait été initialement attribué à Graphic Industrie d’Alou Tomota.

Selon une source autorisée à Graphic, « la direction générale des marchés publics (DGMP) avait adjugé l’offre à Graphic Industrie pour un montant de près de 2 milliards de F CFA. C’est après que le ministère des Finances a demandé à l’adjudicataire d’accepter un réajustement de prix à 1,7 milliards de F CFA ».

La même source révèle que la satisfaction d’une offre dans les délais obéît à des procédures de commande de matières premières qui se passe à l’extérieur et surtout de temps pour la fabrication.

La rupture de stock de cahiers dans les écoles est du point de vue de certains une situation voulue et entretenue par l’Etat. Transfopam de la société Yattassaye, l’un des soumissionnaires à l’offre de 2008 ne comprend pas à son tour pourquoi les appels d’offres de fournitures scolaires sont lancés au mois d’août ou de septembre pour un délais de livraison de 7 jours.

« Soit les produits sont stockés quelque part, soit l’attributaire est connu d’office », indique notre interlocuteur. Selon lui, on ne peut pas toujours attendre la veille de la rentrée des classes pour lancer une commande quand on sait que tout est à chercher hors du pays. « L’Etat même bloque l’école », s’insurge-t-il.
Marché de dupes

La DGMP avait lancé en septembre 2007 une offre de fourniture d’une quantité de 8 millions de cahiers pour les années scolaires 2007-2008 et 2008-2009. Une offre aussitôt annulée par la DGMP qui s’était rendue compte de son erreur suite à une plainte de Graphic qui avait estimé à son tour que le même marché lui avait été attribué.

Pourquoi y a-t-il alors crise de cahiers alors que cette offre couvre deux années scolaires y compris l’année en cours ? Graphic à ce niveau reconnaît l’erreur d’appréciation de l’administration, mais refuse d’admettre qu’il y a crise de cahiers au Mali.

« Les capacités de production de Graphic lui permettent de satisfaire les besoins nationaux en cahiers et d’en exporter dans les pays voisins » , témoigne notre source. Et de préciser qu’il est plutôt question de retard dans les procédures de satisfaction d’un marché.

En plus de Graphic Industrie, d’autres imprimeurs sont dans la fabrique de cahiers au Mali. Transfopam dispose de machines capables de produire 1,6 million de cahiers par mois. Un de ses responsables dit avoir 2 millions de cahiers en stock dans ses magasins et des matières premières pour 3 millions de cahiers, soit une capacité de 5 millions de cahiers.

De son côté, 2M Consulting qui évolue dans le créneau depuis peu, n’est pas en reste. Son promoteur Mohamed Kéita, joint au téléphone, dit n’avoir pas encore participé à des appels d’offre parce que son entreprise vient de naître. Mais il a eu la chance de recevoir la visite du ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce qui avait s’était rendu aussi à Graphic pour connaître leurs capacités de production. 2M Consulting estime sa production à 300 000 cahiers par an.

Abdrahamane Dicko

11 Novembre 2008